Angela Merkel se prononce contre la neutralité du net

culture geek

Par Elodie le

Angela Merkel a une vision toute personnelle de la neutralité du net qu’elle juge à même de permettre à Internet d’innover et de se développer. Une vision à deux vitesses qui risque de se confronter, non seulement aux partisans de la neutralité du net mais aussi à son applicabilité.

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Ce n’est pas parce que la chancelière allemande souhaite développer un « Internet Européen » avec le concours de la France pour échapper à la surveillance des États-Unis et de son bras armé numérique la NSA, qu’elle est pour un Internet libre, ouvert et neutre. Enfin neutre surtout, même pétrie des meilleures intentions.

Jeudi dernier lors de la conférence Digitising Europe organisée par Vodafone à Berlin, Angela Merkel a appelé à un internet à deux vitesses, « l’une pour l’internet gratuit » tel qu’il existe aujourd’hui et « une autre pour les services spéciaux », ajoutant que c’était à Bruxelles de négocier pour déterminer comment cela fonctionnera.

En avril, le Parlement européen a consacré le principe de la neutralité du net et réduit la liste des « cas exceptionnels » proposés par la Commission européenne qui aurait permis aux FAI de bloquer ou ralentir Internet. Une bonne nouvelle à nuancer, le Parlement européen qui avait adopté en première et deuxième lecture un ensemble de réglementations devant rendre le principe effectif a finalement laissé tomber pour une « simple » déclaration de principe.

Angela Merkel lors de son allocution à la Digitising Europe conférence organisée par Vodafone
Angela Merkel lors de son allocution à la Digitising Europe conférence organisée par Vodafone

Un principe qui, s’il est consacré, reste donc fragile. Avec des avis aussi divergents et des arguments pas forcément mauvais, le Conseil de l’Europe s’apprête à connaitre des négociations difficiles.
Angela Merkel n’a pas pour autant des arguments mercantiles, elle argue du fait que, contrairement à ce que prétendent les partisans de la neutralité, cet internet à deux vitesses permettrait à des services de hautes priorités de se développer :

« Un Internet accueillant pour l’innovation signifie qu’il y a une garantie de performances pour les services spéciaux », estime-t-elle. « Ceux-ci ne peuvent se développer que lorsque des standards de qualité prévisible sont disponibles ».

« Si nous voulons avoir des voitures sans chauffeur ou si nous avons des applications spécifiques pour la télémédecine, alors il est impératif d’avoir des connexions fiables et toujours sécurisées ».

Précisant « nous ne pouvons pas parler de la neutralité du net si la capacité de la mettre en place n’est pas disponible ».

Les mêmes arguments maintes fois exprimés par les lobbyistes des télécommunications pour justifier l’avènement d’un internet à deux voies. Rappelons que la conférence où la chancelière a tenu ces propos était organisée par Vodafone (groupe de télécommunications britannique, ceci expliquant peut-être cela). Ce qui fait dire à ses opposants que les déclarations de Merkel illustrent une fois de plus la collaboration entre le CDU (Union chrétienne-démocrate, le parti de Merkel) et le lobby des télécoms.

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That is the question

Des déclarations qui ont évidemment soulevé l’ire des partisans de la neutralité du net outre-Rhin, déjà échaudés par la nomination de l’allemand Günther Öttinger comme commissaire à l’Économie numérique, et qui semble plus protecteur de l’économie que du numérique. La Quadrature du net tirait d’ailleurs la sonnette d’alarme lorsque ce dernier remettait en cause le principe sous couvert de vouloir réduire les inégalités d’accès à Internet dans les zones rurales notamment.

Outre ces arguments, les questions de son applicabilité restent en suspens : comment cet internet à deux vitesses sera réglementé, quelles sociétés auront accès à cette voie rapide, comment seront-elles choisies, devront-elles payer, les services de bien publics, ou « spéciaux », devront-ils également s’acquitter d’une obole, si oui, au même prix, comment le split sera-t-il effectué, etc. ?

The Verge s’est fait l’écho des informations du Frankfurter Allgemeine (journal allemand) selon lesquelles des sources au gouvernement allemand préciseraient que les services de VOD feraient partie des sociétés autorisées à payer pour avoir accès à une voie rapide, Netflix, Youtube et consorts, gros consommateurs de bande passante, seront certainement les premiers visés pour payer les coûts d’infrastructures que leurs services nécessitent aux opérateurs, mais également les premiers demandeurs si un tel système est mis en place.

On revient ainsi aux arguments et contre arguments de départ sur la neutralité du net créant une inégalité entre ceux qui pourront d’offrir la voie royale et ceux qui devront se contenter des charrettes à bœufs.

Si certains préfèrent en rire qu’en pleurer, c’est par ici :

John Oliver (HBO) – Neutralité du net (VOSTFR) par Numerama

Source: Source

21 réponses à “Angela Merkel se prononce contre la neutralité du net”

  1. jai remarqué un truc avec les articles d’Elodie : se sont les plus complets du JDG

    j espère que tu garderas cette constante.

  2. Mais bien sûr…
    Un internet « haute qualité » payant, pour les sociétés qui le veulent en somme.
    Sur qui répercuteront-ils les couts ?
    Comment feront les sociétés aux revenus modestes pour se développer ?

    Cela revient à verrouiller internet et à le confier à une puissance politique ou commerciale.

  3. Je suis vraiment le seul à détester cette femme ? C’est même pas en rapport avec cet article en particulier, j’ai juste vu sa gueule dans la vignette de la news et j’ai arrêté de sourire, en pensant à toutes les conneries qu’elle pu dire ou faire…

  4. « Un article complet et documenté : c’est Élodie. Enfin du vrai journalisme sur JDG ! »

    Bof, les articles un peu « technique » comme ça ok, mais pour ce qui est des articles un peu plus polémique sur des sujets plus sensibles elle est quand même à chier, faut dire ce qui est

    Et puis sérieux le JDG c’est pas non plus le Figaro, je demande pas aux rédacteurs qu’ils aient des compétences journalistiques de haut vol, c’est de l’actu High-Tech quoi, et pour le moment c’est les plus agréables à lire

  5. @ cocol’asticot : Ok, c’est pas le Figaro, mais Élodie est quand même un cran au-dessus des autres rédacteurs du site ! Les articles sont plus complets et elle nous épargne les articles buzz insupportables qui polluent le site depuis quelques mois !

  6. Moi ce qui qui me gêne aussi avec la Merckel c’est « un internet à deux vitesses, « l’une pour l’internet gratuit » tel qu’il existe aujourd’hui »… Où elle a vu qu’internet était gratuit ! Tout le monde paye pour accéder au réseau, je connais personne qui branche un modem à la prise mural et se connecte sans rien payer. Nous payons déjà pour avoir une connexion à internet qui soit fiable, stable et sécurisée, même si dans les faits ce n’est pas toujours le cas. S’ils n’y arrivent pas aujourd’hui je vois pas comment, sous le seul prétexte de payer plus, ils y arriveraient plus demain.

  7. Stop le leche minou… Elodie fait de tres bons articles, et c’est clairement un plus au JDG, mais de toute évidence c’est pas le meme registre que les autres rédacteurs.
    Je doute qu’on ai besoin d’un roman pour nous présenter le dernier smartphone, ou pour un quelconque test… Et je dis pas ça pas pour dégrader qui que ce soit.
    En revanche il y a un point sur lequel on est complétement d’accord : avec Elodie c’est toujours propre, bien écrit et surtout relu. Et ça c’est franchement appréciable.

  8. Finalement c’est jluc Melenchon qui a raison quand il lui dit : Maul zu, Frau #Merkel ! Frankreich ist frei » (« Fermez-la, Madame Merkel ! La France est libre ») à propos des réformes françaises qu’elle juge insuffisantes.
    La c’est pareil, qu’elle s’occupe de ses élections prochaines et qu’elle nous fiche la paix

  9. les politiques controlent tous les médias (télé, presse…) le seul qu’ils ne contrôlent pas à 100% c’est internet (E&R, fdesouche) La liberté d’expression ça les emmerde surtout si elle ne va pas dans leur sens…

  10. Euh, de mémoire, il existe deja un rezo fibre européen, accessible uniquement pour les entreprises, payé à grand frais par nos impots.
    Sinon, merkel, c’est plus possible, qu’elle s’occupe de prévoir le deficite de natalité qui va lui revenir en pleine face, car, je sais pas qui va payer les retraites allemandes d’ici quelques années!

  11. Sinon, qu’ils se construisent leur propre réseau ‘si ce n’est pas fait), mais qu’ils ne viennent pas piétiner notre espace de droit

  12. Allez mémé Merkel une tisane et va te coucher. Encore un politique qui ne connaît pas la technologie et qui sert l’intérêt des grandes firme…

  13. Encore une fois, les politiques sont au services de grosses entreprises qui les récompensent grassement. Les entreprises utilisent les politiques à des fins économiques, leur objectif étant dicté par les marchés financiers exigeant toujours plus de profit à court terme, ce qui donne pour résultat des lois liberticides et pénalisantes pour la population, l’objectif étant au passage de faire cracher toujours plus au consommateur. Et à chaque fois, des arguments creux, et bien entendu complètement faux sont systématiquement mis en avant pour flouer le public crédule et prompt à se ranger du côté du pouvoir. En l’occurrence les fameux services « spéciaux », qui sont présentés comme relevant de la sécurité routière et de la médecine, sous-entendent sournoisement que le fait d’être contre vous range dans le camp d’individus contre les progrès de la médecine et se fichant éperdument de la vie de leurs concitoyens.
    Et se cachant lâchement derrière cet argument fallacieux, ces mêmes politiques privilégiant soi-disant l’intérêt général, se gardent bien de préciser que les services « spéciaux », terme éminemment vague, seront constitués de tout ce qui fera partie de leur bon vouloir, la santé économique de telle ou telle entreprise pouvant acquérir à volonté le statut de spécial , car sa santé relèverait de l’intérêt collectif, façon détournée de nous imposer l’internet à deux vitesses.
    Traduction en substance: Ils nous font croire que l’internet à deux vitesses n’existera pas, mais le mettent en place de manière détournée en prétextant que cela relève de services critiques estampillés « spéciaux », mais au final les services « spéciaux » vont regrouper tout ce qu’il veulent mettre dedans.
    Ah ouais, ils nous tartinent bien la rondelle de vaseline sur ce coup!

  14. Trois commentaires sur le fond de l’article, trois ! Les autres, des Kevin qui sont là à faire de la pauv’ dragouille numérique …. J’espère juste que l’auteur de l’article s’appelle en fait Gédéon et qu’il ressemble à un bucheron.
    La neutralité du net, y’en a comprendre les Kevin ? Les allemands, l’Europe ?

    gnnnn gnnneuû pa compis kevin … fifille … boobs
    (et ça a le droit de vote)

    allez, j’suis sympa, j’ai une photo des boobs de Gédéon euh … Elodie
    http://nsa34.casimages.com/img/2014/12/08/141208100512511232.jpg

  15. l’Europe du fric tout puissant et du profit !!! cette Europe pue et j’espère qu’un jour les peuples européens se réveilleront !!!

  16. COURAGE LES GARS !!! CES POLITIQUES N’Y CONNAISSENT RIEN EN INFORMATIQUE !!! DONC, ILS N’ARRIVERONT JAMAIS À LEURS FINS (pour ce qui est d’internet) !!! ON EST PLUS FORT QU’EUX !!!!!!! (mal de gorge)

  17. @tralala : c’est sur que ton commentaire est bien plus constructif…

    Sinon j’ai pas bien compris cette histoire de double vitesse, d’ici peu tout le monde sera en fibre optique, qu’est ce qu’on s’en fout de la double vitesse, 100mo c’est pas assez rapide? Même 50? C’est juste une grosse blague , ils nous volent internet pour le convertir en espace publicitaire exclusif et réservé à leurs amis.

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