Obama à l’Allemagne : « Donnez-nous le bénéfice du doute sur l’espionnage de la NSA »

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Par Elodie le

Lundi 9 février, le président Barack Obama a prié les Allemands d’accorder le bénéfice du doute aux Etats-Unis concernant l’espionnage de la NSA.

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Une demande qui a de quoi surprendre et qui n’est pas non plus dénuée d’un certain culot.
Lors d’une conférence de presse avec la chancelière allemande, Angela Merkel, en visite officielle afin de proposer un plan de paix européen sur le dossier ukrainien, le président américain a concédé que les relations avec son allié allemand s’étaient étiolées à cause des pratiques de surveillance de la NSA. Cependant, il a demandé le « bénéfice du doute » et de ne pas supposer le pire des États-Unis.

« Ce que je demanderais ce serait que le peuple allemand reconnaisse que les États-Unis ont toujours été à l’avant-garde pour tenter de promouvoir les libertés civiles, que nous avons des traditions de procédures officielles que nous respectons, que nous avons été votre partenaire au cours des 70 dernières années, et certainement les 25 dernières années dans le renforcement des valeurs que nous partageons », a-t-il amorcé en préambule. « Alors, de temps à autre, j‘aimerais que les Allemands nous donnent le bénéfice du doute, compte tenu de notre histoire, plutôt que de présumer le pire. »

Un discours qui aurait été difficile à accepter il y a encore quelques mois pour la chancelière allemande. Mais les choses semblent avoir changé depuis. La menace terroriste grandissante ayant fait son œuvre.

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« Si nous prenons en compte la dimension même de la menace terroriste, nous sommes plus que conscients que nous devons travailler ensemble étroitement, concède Angela Merkel. Avant de poursuivre : les institutions américaines nous ont fournis et continuent de nous fournir nombre d’informations importantes, des informations primordiales pour notre sécurité. Nous ne voulons pas faire sans. »

Et le président d’appuyer ses propos en réaffirmant sa volonté d’instaurer plus de transparence et ainsi « restaurer la confiance des Allemands, mais aussi de nos partenaires du monde entier ».

Outre le fait que la collaboration des services de renseignement allemands – BND et BfV – avec la NSA (et ce, depuis des décennies), a été démontrée par les documents collectés par Edward Snowden, on se remémore la colère et la déception d’Angela Merkel suite à la découverte de la mise sur écoute de sa boite mail et son téléphone personnel par l’agence américaine.

Elle, mais aussi une trentaine d’autres leaders internationaux.
À la suite de ces révélations, la chancelière avait annoncé en février dernier vouloir s’allier avec la France afin de mettre en place un réseau de communication 100% Européen dans le but affiché de contrer la NSA.

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Après plusieurs demandes, la chancelière n’avait pas réussi à obtenir des garanties de la part de l’administration américaine que l’Allemagne ne ferait plus l’objet de surveillance en tant que pays «allié».

Une idée qui a continué à germer dans son esprit, achevant de cristalliser les tensions entre les deux pays. Quelques mois plus tard, en juin, le gouvernement allemand annonce ne plus vouloir travailler avec Verizon, géant des télécoms US, empêtré dans le scandale de la surveillance massive de l’agence de sécurité nationale américaine.
Un mois plus tard, nouvelle polémique lorsqu’un agent double allemand du BND travaillant pour le compte de la NSA est démasqué et arrêté.

Novembre 2014, l’Allemagne sort un projet de loi « sécurité internet » de ses cartons. Celui-ci prévoit d’obliger les entreprises américaines à fournir leur code source si elles souhaitent travailler avec les entreprises allemandes alors qu’un contrat est en jeu dans les secteurs stratégiques.

Aujourd’hui, la realpolitik a repris ses droits.

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