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Selon cette étude, les rêves les plus intenses vous aideraient à mieux vous reposer

Vous vous réveillez parfois avec l’impression d’avoir mieux dormi après une nuit pleine de rêves très immersifs ? Une sensation à laquelle cette nouvelle étude apporte quelques explications.

Bonne nuit ou mauvaise nuit : vous le savez dès les premières secondes après le réveil, sans avoir besoin de consulter votre montre connectée ou votre smartphone. La profondeur subjective du sommeil est une thématique très étudiée par les neurosciences, car elle ne dépend pas uniquement d’indicateurs objectifs (durée, longueur des cycles de sommeil, temps passé en sommeil profond, nombre de réveils nocturnes). Malgré les progrès de la discipline, on ne peut pas encore expliquer pourquoi le ressenti au réveil diffère parfois des mesures biologiques.

Il y a certaines nuits qui nous semblent reposantes, desquelles on se réveille atrocement fatigué et d’autres, à l’inverse agitées de rêves intenses, dont on émerge parfaitement reposé. C’est sur cette contradiction que Giulio Bernardi et ses collègues de l’IMT School for Advanced Studies de Lucca ont décidé d’explorer dans une étude publiée le 24 mars dans la revue PLOS Biology. Selon eux, ce sentiment de repos profond serait, au moins en partie, influencé par l’intensité de nos rêves.

Dormir ou se sentir dormir : une nuance fondamentale

Quand vous dormez, votre cerveau traverse plusieurs stades, chacun caractérisé par une activité électrique propre. Pendant les phases de sommeil lent profond (NREM), les neurones se synchronisent et produisent ensemble de grandes oscillations régulières et lentes, appelées ondes delta. Sur un électroencéphalogramme, ces ondes ressemblent à de larges vagues qui se succèdent à un rythme paisible. Plus elles sont intenses, plus le sommeil est censé être perçu comme profond.

C’est le modèle que la recherche a construit depuis les années 1950, quand les premiers électroencéphalogrammes du sommeil ont permis de cartographier ses stades : un cerveau calme produit un sentiment de récupération. Un cerveau agité, à l’inverse, serait le signe d’une nuit de mauvaise qualité. Un cadre théorique qui a manifestement ses limites, puisque les travaux de l’équipe de Giulio Bernardi viennent de mettre en évidence un décalage entre l’activité cérébrale mesurée et la perception subjective du sommeil.

Les chercheurs ont enregistré l’activité cérébrale de 44 participants en bonne santé par électroencéphalogramme haute densité (une technique qui mesure l’électricité produite par les neurones à travers 256 capteurs posés sur le crâne), pendant qu’ils domaient. Ils les réveillaient à intervalles réguliers lorsqu’ils étaient en sommeil dit « léger », qui représente à lui seul environ 50 % d’une nuit normale.

À chaque réveil, les participants évaluaient sur une échelle de un à cinq la profondeur de leur sommeil juste avant d’être tirés du lit, puis décrivaient ce qu’ils avaient vécu mentalement pendant ce temps. Les chercheurs distinguaient quatre catégories d’expérience : le rêve avec contenu mémorisé, le rêve dont on sait qu’il a eu lieu sans en retenir le moindre détail, le simple sentiment d’avoir été présent ou conscient du passage du temps sans aucun contenu narratif, et enfin l’inconscience totale.

Pendant ce temps, les 256 électrodes enregistraient l’activité électrique du cerveau en continu. Sur les 1 024 réveils analysés au total, les chercheurs disposaient donc, à chaque fois, d’une double information : l’activité des neurones, et ce que ressentait le dormeur.

Un cerveau actif, mais un dormeur comblé

En croisant ces deux sources de données, les chercheurs ont réussi à dégager une nouvelle variable, absente du modèle classique de la somnologie. La relation entre inactivité cérébrale et profondeur perçue du sommeil ne vaut que dans un cas, celui où le dormeur ne rêve pas.

Dès qu’un rêve apparaît, et surtout dès qu’il est vivace, riche en images, en émotions et en sensations, cette relation s’inverse ou disparaît. Le cerveau peut alors produire des ondes alpha rapides proches de celles de l’éveil, sans que le dormeur ne le ressente comme un signe de mauvaise nuit.

Au contraire : les participants qui émergeaient des rêves les plus intenses et les plus sensoriels étaient systématiquement ceux qui rapportaient le sentiment de sommeil le plus profonds. Cela, même quand l’activité cérébrale sous-jacente ne correspondait en rien au profil d’un cerveau au repos. Ce que le cerveau vit dans un rêve intense prend le dessus sur ce qu’il se passe électriquement et c’est cette expérience vécue, et non l’inactivité neuronale, qui influence le sentiment de sommeil profond.

« La profondeur perçue du sommeil serait donc en grande partie façonnée par les processus qui génèrent et structurent les expériences oniriques », explique les auteurs dans leur étude. Le sommeil profond serait donc, à cet égard, une expérience subjective que le cerveau construit de l’intérieur, en partie grâce aux rêves qu’il forme. Un changement de perspective important pour les neurosciences et la somnologie, qui replace l’expérience vécue au centre d’un débat que la physiologie seule ne parvenait pas à expliquer. Si vous cherchez à améliorer la qualité de votre sommeil, gardez en tête que votre vie onirique compte pour beaucoup, aux côtés des indispensables que vous connaissez déjà : un bon matelas, une alimentation équilibrée, une bonne hygiène de vie en général, et surtout, une consommation moindre d’écran au moment du coucher.

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