Edward Snowden célèbre ses victoires et alerte sur la loi Renseignement

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Par Elodie le

Dans une tribune à Amnesty International reprise en intégralité par quatre médias internationaux (le New York Times, El Païs, Der Spiegel et Libération), le lanceur d’alerte ayant mis à jour le système de surveillance tentaculaire érigé par la NSA, revient sur ses victoires, mais alerte également sur les dangers à venir, dont la loi Renseignement votée le 5 mai dernier.

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Deux ans jour pour jour après le début de l’affaire PRISM/NSA, vendredi 6 juin, Edward Snowden se remémore ses débuts, planqué dans une chambre d’hôtel de Hong Kong avec 3 journalistes (dont Gleen Greenwald de The Intercept), soucieux de l’impact qu’auront ces révélations sur le monde, moins des conséquences que ces dernières pourraient avoir sur sa vie, comme l’a brillamment illustré Laura Poitras dans l’oscarisé Citizenfour.

Si les premiers instants l’ont fait douter de l’intérêt des citoyens pour ce pour quoi il avait mis en jeu sa propre vie, la suite l’a rassuré sur son entreprise de vérité :

Je n’ai jamais été aussi heureux d’avoir eu tort.

Et le jeune analyste d’égrèner ses victoires :

– La collecte des données de l’intégralité des communications passées sur le territoire américain, telle qu’institutionnalisée et légalisée par l’article 215 du Patriot Act, est déclarée illégale par une cour d’appel fédérale le jeudi 7 mai 2015 ;

– la Chambre des Représentants, le 13 mai, puis le Sénat le 3 juin, votent l’USA Freedom Act, mettant fin au Patriot Act – et son célèbre et décrié art 215 – né des attentats du 11 septembre ;
Comme le souligne Snowden, « une enquête de la Maison Blanche a déterminé que ce programme n’avait pas permis d’empêcher une seule attaque terroriste, même le Président, qui avait plus tôt défendu son bien-fondé et critiqué la révélation de son existence, a fini par ordonner qu’on y mette un terme. »

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– depuis 2013, année des premières révélations, « des institutions à travers l’Europe ont déclaré des lois et des opérations similaires illégales et imposé de nouvelles restrictions à ce type d’activités à l’avenir » ;

– le Conseil de l’Europe a rédigé un projet de recommandations en faveur d’une protection des lanceurs d’alerte (adopté par le Comité des Ministres du Conseil le 30 avril 2014) ;

– les Nations Unies ont déclaré la surveillance de masse comme une violation des droits humains ;

– le Brésil est en tête des pays d’Amérique Latine à avoir pris les devants face aux grandes oreilles de la NSA et rédigé la toute première Déclaration des Droits de l‘Internet, baptisée Marco Civil ;

– les acteurs du numérique avancent sur le chiffrement, l’identification et la réparation des failles exploitées par la NSA et autres agences gouvernementales.

« De telles évolutions structurelles sur le plan technologique peuvent permettre un accès à une protection de base du droit à la vie privée au-delà des frontières, défendant ainsi les citoyens ordinaires contre l’adoption arbitraire de lois ne respectant pas la vie privée. »

Et de citer nommément la Russie comme pays mettant actuellement en œuvre ce type de lois, alors même que Moscou lui a accordé l’asile politique.

Néanmoins, si quelques batailles sont gagnées, la guerre n’est pas remportée pour autant puisqu’il reste toujours autant d’atteinte à la vie privée : interception de données personnelles, « d’une ampleur sans précédent » :
– Certaines entreprises du secteur collaborent, devenant ainsi « les partenaires des programmes de surveillance de masse de la NSA » ;

– les gouvernements font pression sur les géants du web et autres firmes, « afin qu’elles travaillent contre leurs clients plutôt que pour eux ». Notamment pour inclure des « portes dérobées » (backdoors) qui « transforment la vie privée en livre ouvert », estime Snowden ;

« Pendant que vous lisez ceci, le gouvernement note », assure-t-il.

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Par ailleurs, on se rappelle du voyage de Bernard Cazeneuve dans la Silicon Valley, un mois après les attentats de Charlie Hebdo, afin de proposer un « vrai deal » aux géants du web, à savoir une collaboration avec les autorités « contre l’embrigadement sectaire » sur Internet ;

– l’ex-agent de la NSA fait également référence à ces pays qui exploitent des événements dramatiques, surfant opportunément sur la peur des gens « afin d’essayer d’obtenir de nouveaux pouvoirs intrusifs, malgré des preuves éclatantes que ceux-ci n’auraient pas permis d’empêcher ces attaques. »
Snowden cite « les chefs des services secrets […] en France » (avec l’Australie et le Canada) dans une référence non dissimulée à la loi renseignement votée au début du mois dernier.

Répétant au Guardian, un message déjà énoncé : « Nous savons que dans l’attaque à Charlie Hebdo, […] les terroristes étaient connus des gouvernements avant leurs attaques. Cette incapacité à prévenir les crimes ne vient pas d’un manque de surveillance, mais plutôt d’un excès de surveillance et du fait que nous étions incapables de comprendre les informations dont nous disposions. »

Il nomme également le Premier ministre britannique, David Cameron, qui, au lendemain des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, s’attaquait aux applications de messageries chiffrées.

Néanmoins, loin d’être fataliste face à cette vague qui se veut sécuritaire, Edward Snowden croit au basculement des mentalités, refusant de céder au spectre de futurs attentats.

« Chaque fois que la justice nous donne raison, que la législation est modifiée, nous démontrons que les faits sont plus convaincants que la peur. Et, en tant que société, nous redécouvrons que la valeur d’un droit ne se mesure pas à ce qu’il cache, mais à ce qu’il protège. »

Pour le jeune whistleblower toujours réfugié en Russie, ce basculement est le résultat « d’une prise de conscience mondiale ». « Voilà le pouvoir d’un public informé ».

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