[Critique] Hitman: Agent 47 — Loin du jeu, loin du coeur

Cinéma

Par Gaylord le

Pour le commun des (gamers) mortels, Hitman est reconnu pour ses talents de tueur à gages. Le film d’Aleksander Bach décide de ne s’intéresser qu’en surface à cet aspect pour basculer complètement sur le thème du rogue agent qui échappe à tout contrôle. À la fois second film et premier reboot de la franchise, Hitman: Agent 47 sort volontairement de son sujet pour nous plonger dans une longue course poursuite, bien loin des missions proposées par le jeu vidéo qui demandent tact et discrétion.

hitman poster

Après tout si Hitman: Agent 47 avait l’ambition de proposer un film d’action solide, on aurait pu très vite lui pardonner cet écart. Le problème majeur, c’est que le film passe son temps à interroger son spectateur sur un thème hautement casse-gueule lorsque l’on tente de nous vendre du piou-piou à toute berzingue : la part d’humanité en chacun de nous, même toi petit agent chauve expert en tueries.

Agent 47 (Rupert Friend) est un clone meurtrier en contrat à durée indéterminée. Rapide, impitoyable, le pinacle en termes de meurtres froids et efficaces après 46 tentatives insatisfaisantes. Élevé pour tuer, motivé par l’argent et la satisfaction du travail accompli, et ce peu importe les hectolitres de sang versés pour arriver à ses fins. Une machine de guerre surentraînée dans un joli costume qui enchaîne les missions tranquillou, jusqu’à la prochaine cible à battre, Katia (Hannah Ware), un personnage solitaire et amnésique à la recherche d’un proche qui hante ses journées. Bien mal partie face à un implacable Agent 47, elle peut compter à ce moment de l’histoire sur l’arrivée inopinée d’un mystérieux personnage du nom de John Smith (Zachary Quinto). Un monsieur en costume blanc (donc gentil) qui semble avoir certains éléments de réponse sur le passé de Katia (bah tiens). Spoiler qui n’en est jamais un de notre côté de l’écran : John Smith nous apprend très vite que ce personnage mystère n’est autre que son papa scientifique qui l’a abandonnée pour éviter qu’elle ne se fasse tuer par les méchants qui voulaient mettre la main sur ses travaux. À partir de là le film s’enfonce un peu trop, ne nous épargnant aucun retournement de situation forcé, ni aucune machination grandiloquente pour renverser l’organisation secrète qui poursuit le finalement-pas-si-méchant Agent 47.

gallery-hitman1-gallery-image

Sans vous dévoiler l’intrigue dans sa totalité, retenez au moins que le film Hitman: Agent 47 tourne autour du triangle assassin chauve, fille au passé trouble et gentil monsieur en apparence. Cette équation se cristallise autour de Katia qui suscite l’intérêt de tous, dont la fameuse organisation secrète de vilains messieurs qui en veulent après ses capacités extraordinaires. Des capacités bien utiles dans un film d’action qui se repose essentiellement sur les illuminations de son personnage féminin pour suivre sa feuille de route.

Katia peut en effet tantôt lire dans l’esprit des gens à proximité d’elle, tantôt anticiper les mouvements d’un ennemi pendant une bagarre ou simplement avoir des visions du futur proche. Elle s’adapte extrêmement vite à son environnement, mais ne bouge jamais de sa position exaspérante de demoiselle en détresse — élément extrêmement perturbant pour un personnage brillant, présenté comme supérieur aux autres. Katia est sans cesse en proie aux figures masculines, constamment au bord des larmes dans une position de fragilité qui amène des dialogues du type « fais attention petite fille, tu vis dans un monde dangereux » lorsqu’elle décide de se procurer un faux passeport. Vé-ri-dique.

gallery-hitman4-gallery-image

Il y a dans ce Hitman: Agent 47 beaucoup d’emprunts aux grands films d’action. On arrête très vite de les compter — Terminator et Matrix en peloton de tête, avec un soupçon de Jason Bourne. Ces emprunts ne sont pas toujours malheureux, comme en témoigne la belle empoignade entre Agent 47 et John Smith dans le métro berlinois, à coups de patates de forains sur les rails en mode même-pas-peur. Très étrange toutefois qu’à ce moment précis que l’Agent 47 ne se débarrasse jamais de son opposant. Trois fois mis à terre violemment mais sans en finir qui laisse trois occasions à John Smith de se relever, de surprendre (!!!) l’assassin, et de manquer de le tuer. Trois. Fois. L’assassin semble en effet habité par une notion du bien et du mal qui défie toutes logiques. Tantôt il tue sans sourciller des pelletées de bonshommes des forces d’intervention avec tout ce qui lui passe sous la main en termes d’objets contondants (un marteau, une matraque, un réacteur d’avion en marche), tantôt il épargne sa victime sans raison, comme ce flic empâté dans la scène de l’interrogatoire vers le début du film. Tout ça parce qu’il a une alliance, une femme et des enfants, lui, pas comme tous ces soldats inhumains lâchement planqués dans leurs combinaisons.

C’est malheureusement le leitmotiv que nous évoquions un peu plus haut et qui ne peut s’empêcher de surgir un peu au hasard dans le film. L’Agent a été élevé comme un assassin brutal, modifié génétiquement pour ne rien ressentir, mais [SPOILER SPOILER SPOILER] il ressent des choses. Le personnage féminin est d’ailleurs là pour constamment lui rappeler que l’on choisit son destin, que tous les humains ressentent quelque chose, qu’il faut être gentil parce que c’est bien d’être gentil, etc. Le film porte de bout en bout cette maladresse d’écriture, il veut à tout prix créer un lien emphatique avec le spectateur au détriment d’une structure et d’une cohérence narrative. Voilà tout le problème du film d’Aleksander Bach qui ne sait pas sur quel pied danser tout du long de son premier métrage. Octroyons toutefois au publicitaire un certain appétit pour les beaux effets de caméra lors des courses-poursuites en voitures, quelques belles chorégraphies, et une haine prononcée pour les hélicoptères qu’il ne peut s’empêcher d’exploser dans de généreux patatras de feu et d’acier.

gallery-hitman5-gallery-image

Que reste-il à Hitman: Agent 47 pour nous divertir ? Des références très appuyées au jeux vidéo — quelques travestissements un peu ridicules, encore le coup du canard et du grille-pain — et une séquence finale mêlant arts martiaux et coups de pistolets à bout portant plutôt rythmée. Le reste n’est qu’une redite de trente ans de cinéma d’espionnage et d’action enrubannée d’un scénario confus et grandiloquent. Vous l’aurez compris, Hitman: Agent 47 passe un peu à côté de son sujet, surtout pour les fans de la franchise vidéoludique. Autant rallumer Blood Money.