[Chiffrement] Tim Cook : la loi de renseignement britannique aura de « graves conséquences »

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Par Elodie le

Le PDG sort du silence et se dit inquiet du projet de loi sur le Renseignement britannique, en cours d’examen outre-Manche. Adoptée, cette loi aura des conséquences inverses que ce qu’elle prétend défendre, la sécurité et la protection des données des internautes.

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La semaine dernière, le patron de Wikipédia, Jimmy Walles, souhaitait « qu’Apple refuse de vendre l’iPhone au Royaume-Uni si le gouvernement interdit le chiffrement de bout-en-bout. »

Si les autorités britanniques ont renoncé à imposer législativement des backdoors et interdire le chiffrement, le nouveau projet de loi, Investigatory Powers Bill, rebaptisée the Snoopers’ Charter (la Charte des espions), contraindrait les entreprises high-tech et FAI à conserver des moyens de déchiffrer les données utilisateurs stockées par leur service. Autrement dit, à renoncer au chiffrement de bout-en-bout, réputé indéchiffrable.

Apple utilise ce type de chiffrement pour ses services comme Facetime et iMesage, à ce titre elle ne conserve pas la clé de chiffrement de l’utilisateur et ne peut donc prétendre à la fournir aux autorités et autres agences de sécurité et de renseignement, quand bien même elles seraient détentrices d’un mandat délivré en bon et due forme.

Tim Cook a toujours justifié cela par souci d’offrir une réelle protection des données personnelles à ses utilisateurs. Affaiblir le chiffrement aurait « de très graves conséquences », a-t-il estimé dans une interview donnée à The Telegraph.

Pas de véritable sécurité sans chiffrement : « Pour protéger nos utilisateurs, nous avons besoin de pouvoir chiffrer leurs communications. Il suffit de regarder n’importe où pour voir ce qu’entrainent les fuites de données. Ces choses deviennent de plus en plus fréquentes », prévient le PDG d’Apple. Ces fuites « n’entrainent pas seulement des violations de la vie privée, mais aussi des problématiques de sécurité. »

« Nous croyons fermement au chiffrement point à point. Nous ne pensons pas que nos clients veulent que nous puissions accéder à leurs messages, et nous ne pensons pas que nous avons le droit de le faire. N’importe quelle porte dérobée est une porte dérobée accessible pour tout le monde. Tout le monde veut pouvoir aider à arrêter les terroristes. Tout le monde veut la sécurité. La question c’est comment l’obtenir. Et maintenir des portes dérobées peut avoir de très graves conséquences. »

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Le GCHQ, QG du renseignement britannique – crédits : Ho/Reuters

En adoptant cette loi, présentée par la secrétaire d’État à l’Intérieur et membre du parti conservateur, Theresa May, le Royaume-Uni se tire une balle dans le pied : « Le chiffrement est largement disponible […] Si vous limitez ou en empêchez le chiffrement, vous n’atteignez pas les gens qui veulent faire d’horribles choses, mais les bons citoyens. Les autres savent exactement que faire pour se soustraire à la surveillance ».

Les cybercriminels auraient ainsi une chance d’accéder à des données sensibles ou s’introduire dans les systèmes informatiques contrôlant nos infrastructures et réseaux de transports, « avec des effets potentiellement dévastateurs », présage-t-il.

Le projet de loi, en cours d’examen, offrirait en sus la possibilité aux services secrets britanniques, après l’aval du ministère de l’Intérieur, de pirater le téléphone et/ou l’ordinateur d’un suspect pour récupérer l’ensemble des données transitant sur l’appareil, et ce, afin de contourner les méthodes de chiffrement des communications. Les FAI quant à eux, se verraient dans l’obligation de conserver jusqu’à un an d’historique de navigation de leurs clients.

Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la vie privée, Joseph Cannataci, le qualifie de “pire qu’effrayant“.