[Trois questions à] Nicolas Prothais, animateur de Zootopie

Cinéma

Par Malo le

A la rédaction, nous avons tous beaucoup aimé Zootopie, le dernier classique d’animation Disney réalisé par Byron Howard. Nous avons pu poser quelques questions à Nicolas Prothais, animateur au sein de la maison de Mickey, et en apprendre plus au sujet de son travail sur le film et les principales ficelles de son métier.

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Nicolas Prothais débarque chez Disney lorsqu’il prend le crayon pour dessiner « Les Mondes de Ralph » en 2009. Avant cela, l’animateur avait travaillé pour le studio d’animation français Mc Guff Line (« Moi, Moche et Méchant ») et pour Double Negative (« Paul »). Il a même travaillé sur le dessin animé pour enfants Rolie Polie Olie au début de sa carrière ! En 2013, il rejoint l’équipe d’animation du film « Zootopia » et collabore en ce moment sur le projet « Vaiana, la légende du bout du monde ».

JDG : Quel a été votre travail sur Zootopie ?

Nicolas Prothais : Mon travail a été de produire le « body language ». En termes simples, je fais bouger les personnages et je crée les émotions. Je leur donne vie. J’utilise le logiciel d’animation Maya dans lequel je dessine les images une par une avec comme base un squelette 3D créé par une autre équipe. Les dialogues étant enregistrées auparavant, la tâche la plus complexe est de ne pas faire se contredire le « body language » [la communication par les mouvements du corps] et les sons [communication verbale entre autres]. Comme le message relayé par le « body language » prime dans notre perception finale d’une émotion, je dois être extrêmement minutieux pour être le plus fidèle possible aux voix. Au total, j’ai animé dix séquences d’environ deux minutes chacune, ce qui représente des milliers d’images à raison de vingt-quatre par seconde. Une scène que j’ai animé ? Le moment où Judy et Nick découvrent la limousine saccagée par l’animal enragé !

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Comment avez-vous réussi à vous hisser jusqu’au poste d’animateur pour Disney ?

En 1998, je commence à me former tout seul à la 3D. Je fabrique des images dans mon coin : je ne fais même pas encore d’animation. Puis je commence à travailler sur quelques projets qui me familiarisent avec le métier. C’est en 2005 que tout s’accélère lorsque j’arrive chez Mc Guff Line. Puis je pars en Espagne et reviens à Paris. J’ai beaucoup voyagé ces temps-là. C’est à Londres que Disney me recrute quelques années plus tard et m’envoie à Burbank, en Californie, pour animer « Les Mondes de Ralph ». Je dirais que mon parcours est fait de bons enchaînements, non d’ambition.

Etre animateur français chez Disney, ça a quelque chose de particulier ?

S’il y a une vraie difficulté quand on est animateur français aux Etats-Unis, c’est bien la barrière culturelle. 90% de nos expressions, gestes et émotions sont basées sur la culture, voire la sous-culture. Seules quelques mimiques sont universelles et elles se comptent sur les doigts d’une main ! Comme pour tout autre étranger, je dois m’affranchir de mes repères culturels français. Je dois créer un « body language » américain. C’est à dire faire bouger les personnages comme bouge le public d’outre-atlantique. Cela demande une grande force d’adaptation et beaucoup d’observation. En France et ailleurs, on a pas conscience de bouger au rythme des américains.

Pour aller plus loin : Nicolas Porthais explique le métier d’animateur dans une interview autour du film Les Nouveaux Héros.

Zootopie est maintenant disponible en Blu-ray 3D, Blu-Ray, DVD et a VàD.

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