Une immense tour de surveillance secrète de la NSA en plein coeur de New York

culture geek

Par Elodie le

Déjà pas mal éventés grâce aux révélations d’Edward Snowden, les secrets de la NSA n’ont pas fini de nous surprendre. Le dernier en date ? Un bunker titanesque dédié à la surveillance de masse situé en plein cœur de New York.

titanpointe-nsa-surveillance-new-york

On le croirait tout droit sorti du film Equilibrium. Gigantesque, terne, sans fenêtre, haut de 29 étages, le Long Lines Building interpelle par son architecture atypique et est « une source de mystère depuis des années » explique The Intercept.

Officiellement, cette tour abrite et protège les équipements du leader des télécommunications US, l’opérateur AT&T, officieusement, elle aurait également un tout autre rôle dont The Intercept vient de percer l’énigme.

AT&T dehors, NSA dedans

Construit entre 1969 et 1974 sous le nom de code « Projet X » (ça ne s’invente pas), cette immense tour verrait cohabiter les équipes d’AT&T avec celles… de la toute puissante agence de sécurité nationale, autrement dit, la NSA.

croquis-33-thomas-street-nsa
croquis du 33 Thomas Street à New York

Le site fondé par Glenn Greenwald, le journaliste qui a dévoilé les petits secrets de la NSA grâce aux documents transmis par Edward Snowden, révèle ainsi que la NSA dispose d’une station d’écoute au sein de ce building permettant de collecter les métadonnées (destinataire, date, heure, durée, localisation) et le contenu des communications passées dans le monde entier : « appels internationaux, télécopies, appels routés via Internet (Voice over IP – VoIP), vidéo-conférence, entre autres trafic Internet », tout y passe.

Une surveillance massive internationale

Les données récoltées sont ensuite transférées sur les serveurs de la NSA où elles sont rendues accessibles via XKEYSCORE, présenté comme le Google de la NSA. Les agents peuvent y puiser à peu près toutes les informations sur n’importe quel citoyen de la planète : emails, conversation, appels Skype, mots de passe et historique de navigation sur Internet.

« Le gratte-ciel de Manhattan semble être un emplacement central utilisé pour un programme controversé de surveillance qui a ciblé les communications de l’ONU, du FMI, de la Banque Mondiale et d’au moins 38 pays, y compris des alliés proches de l’Amérique comme l’Allemagne, le Japon et la France », indique encore le site américain qui fait référence à BLARNEY, un programme qui ratisse large : diplomatie, prolifération nucléaire, contre-terrorisme, économie, politique (militaire notamment) et cible aussi bien la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon (la banque centrale), l’Union européenne, la Grèce, le Mexique ou le Brésil.

33-thomas-street-nsa-ny

Contrairement à ce que prétend la NSA, les impératifs de sécurité nationale ne semblent pas être le but premier de ces écoutes, ce que n’a pas manqué de soulever le lanceur d’alerte à l’origine des révélations.

« Certains tentent toujours de prétendre que la surveillance de masse est affaire de lutte contre le terrorisme. Mais si vous regardez les cibles, vous trouverez une vérité beaucoup plus sombre ».

Le bâtiment peut résister aux conséquences d’une attaque nucléaire

Si BLAIRNEY a fait son apparition dans la presse en 2013 au moment des premières révélations, Glenn Greenwald l’évoque d’ailleurs dans son livre Nulle Part Où se Cacher, le programme date de 1978 sous la présidence Carter et en pleine Guerre froide. C’est pourquoi le bâtiment est conçu pour protéger le personnel d’une attaque nucléaire, avec assez de nourriture pour alimenter 1 500 personnes pendant deux semaines.

The Intercept ne s’arrête pas là. En consultant les documents confidentiels transmis par Snowden, il apparaît qu’AT&T est un « partenaire d’accès » des plus coopératifs (et pas qu’avec la NSA). L’opérateur aurait ainsi installé des équipements de surveillance sur 59 sites à travers les États-Unis

blarney-nsa-att-top-secret
Diagramme montrant l’équipement contrôlé par la NSA à l’intérieur de TITANPOINTE – The Intercept

Nom de code « TITANPOINTE »

Si le nom du bunker n’apparaît explicitement dans aucun document, The Intercept pense avoir retrouvé sa trace sous le nom de code « TITANPOINTE ». Dans un guide rédigé à l’attention des employés de l’agence, il leur est conseillé d’emprunter un « véhicule de couverture » au bureau du FBI situé juste à côté. Une théorie accréditée par d’anciens employés de l’opérateur américain qui lui est désigné sous le nom de « LITHIUM ».

Une grande partie de la surveillance effectuée à TITANPOINTE (appels et autres communications électroniques) s’opère à travers les câbles internationaux téléphoniques et de données d’AT&T. Mais le porte-parole de l’opérateur a tout de même tenu à préciser que la firme ne faisait que répondre aux ordonnances judiciaires qui lui étaient soumises.

Si d’aventure le nouveau président souhaitait visiter les locaux ou lancer une opération de surveillance, sa citadelle, qu’il ne quitte plus depuis son élection, ne se trouve qu’à quelques battements d’ailes d’hélicoptère.

Source: Source