[Afrique, France, OVH] Le bilan sur les dernières révélations Snowden

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Par Elodie le

Cette semaine, les fichiers transmis par l’ancien agent de l’Agence de Sécurité Nationale américaine (NSA), Edward Snowden, au journaliste Glenn Greenwald (The Intercept) et à la documentariste Laura Poitras (Citizenfour), dévoilent de nouveaux secrets.

La surveillance et l’espionnage massif mis en place par les services secrets américains en collaboration avec leurs homologues britanniques (le GCHQ) se révèlent souvent éloignés des objectifs de lutte contre le terrorisme et touchent aussi bien Air France, OVH, Israël qu’un grand nombre de pays africains.

Le Caire, Nid d'espions
Le Caire, Nid d’espions

La NSA et son fidèle allié le GCHQ sont décidément pleins de ressources. On sait déjà qu’ils surveillent la planète entière, mais la terre ne saurait leur suffire et le ciel ne sera pas leur limite. Il pourrait même leur « appartenir », grâce à un domaine que l’on pensait oublié, mais qui explose : l’interception de communications par satellite. Petit tour d’horizon.

Air France

Parmi les documents exfiltrés par Edward Snowden figure cette lettre d’information interne du SID (Signal Intelligence Directorate), la Direction du renseignement électromagnétique, classée top secret, et cette question pour tout préambule :

« Quel est le point commun entre le président du Pakistan, un trafiquant de cigares ou d’armes, une cible du contre-terrorisme ou le membre d’un réseau de prolifération nucléaire ? Ils utilisent tous leur téléphone portable lorsqu’ils sont dans un avion. »

Plusieurs compagnies aériennes, dont Air France, ont ainsi été étroitement surveillées par la NSA et le GCHQ. Emballée par ce nouveau segment qui s’ouvre à elle, la NSA écrit : « Le ciel pourrait appartenir à la NSA ».

The agency
The agency

Le GCHQ n’est pas en reste puisque fin 2012, il se livre sur le programme Southwinds (vents du Sud). Objectif ? « Collecter tout le trafic, voix et data, métadonnées et contenu des connexions à bord des avions ». Les zones sont alors « encore limitées aux régions Europe, Moyen-Orient et Afrique, couvertes par les satellites Inmarsat », précise Le Monde.

L’ensemble des données et communications des passagers transitant dans ces avions sont susceptible d’être intercepté avec une facilité déconcertante : une collecte « quasiment en temps réel », un avion peut être suivi toutes les deux minutes, une altitude d’interception de 10 000 pieds seulement via des relais satellites couplés à des stations secrètes au sol, une localisation dès qu’un appareil est allumé et la faculté de perturber le fonctionnement d’un téléphone à distance afin que l’utilisateur le rallume avec ses codes d’accès, aussitôt récupérés par les services de renseignement.

Noms de code de ces opérations d’écoute en plein vol menées par le GCHQ et la NSA : « Pie voleuse » et « Pigeon voyageur ». Parmi ces pigeons voyageurs, Air France a fait l’objet d’une surveillance toute particulière. Son nom apparaît dans les documents de la NSA dès 2005 dans le cadre d’un programme né pour éviter « un nouveau 11-septembre ».

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Présentation du GCHQ sur son programme de surveillance des communications des compagnies aériennes

« La CIA considère que les vols Air France et Air Mexico sont des cibles potentielles des terroristes », la NSA estime donc qu’il n’y a « aucun problème légal pour cibler les avions de ces deux compagnies à l’étranger » et qu’« ils devraient être sous la plus haute surveillance dès qu’ils entrent dans l’espace aérien américain ».

Pour l’agence, Air France est tout autant une cible potentielle, qu’un « danger » pour la sécurité des Etats-Unis. L’intérêt de la NSA pour l’agence coïncide avec le premier test de l’utilisation d’un smartphone en plein vol en décembre 2007. Une pratique qui s’est poursuivie chez Air France, la compagnie préfère néanmoins aujourd’hui « passer directement au Wi-Fi à bord ».

En 2012, le GCHQ relève que 27 compagnies (British Airways, Emirates, Singapore Airlines, Turkish Airlines, ou encore Lufthansa) permettent à ses clients de téléphoner à bord, elles sont aujourd’hui près d’une centaine, soit autant de passagers sous surveillance.

Israël

Proche allié des Etats-Unis, aussi bien sur le terrain militaire, politique, économique que du renseignement, Israël n’échappe pas à l’œil de Washington, fait désormais connu, mais aussi à celui du GCHQ.

Les Snowden’s Files révèlent ainsi que les Britanniques surveillent de près le pays dirigé par Benyamin Netanyahou : diplomatie, entreprises privées du secteur de la défense et ses dirigeants, centres universitaires de pointe, etc.

L’autorité palestinienne a également fait l’objet d’un espionnage en règle malgré des alliances nouées entre agences de renseignement.

OVH

Premier hébergeur européen, OVH a suscité l’attention du GCHQ. Les services de renseignement britannique ont placé l’adresse e-mail de son fondateur et PDG, le français d’origine polonaise Octave « Oles » Klaba sur une liste de cible de l’alliance des agences de renseignement des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les « Five Eyes ».

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Rien ne prouve que ses communications ont effectivement été interceptées par les services du renseignement américains et britanniques, toutefois Le Monde souligne que cela « montre, au minimum, que le PDG d’OVH était identifié comme une cible, et que les métadonnées de ses messages – avec qui il correspondait, à quelle heure, et d’où – étaient stockées par les services de renseignement ».
Des métadonnées qui sont considérées comme beaucoup plus intrusives sur la vie privée d’une personne (réseau, habitude, etc.) que le contenu d’une communication elle-même.

En 2009, l’entreprise est déjà un poids lourd du secteur, mais poursuit son expansion. Elle dispose de filiale dans 12 pays différents et est l’une des firmes disposant le plus de serveurs dans le monde. En outre, sa philosophie très libérale concernant la liberté d’expression lui ont plusieurs fois attiré les foudres des Nations Unies ou de différents pays : les Etats-Unis pour l’hébergement d’un site miroir de Wikileaks après sa suppression sur demande de l’administration US ou l’hébergement de sites permettant le téléchargement d’œuvres protégées notamment.

La France, otages et rançons

Les nouvelles révélations extraits par Le Monde en collaboration avec The Intercept dévoile le double jeu mené par Washington et Londres à l’égard de Paris. Si officiellement, leurs agences de renseignement aident la France à libérer ses ressortissants pris en otage, elles manœuvrent en coulisse pour les contraindre à stopper le versement de rançons exigé par les terroristes pour libérer les otages. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont toujours déclarés contre cette pratique : « On ne négocie pas avec les terroristes » se plaisent-ils à rappeler.

OSS 117
OSS 117

« Récentes contributions dignes d’intérêt venant de pays tiers (France et Allemagne), opportunité d’utiliser du renseignement à des fins diplomatiques (empêcher le paiement de rançons pour libérer des otages) », peut-on ainsi lire dans une lettre d’information interne des 27 et 29 mars 2009, diffusée au sein des services secrets techniques britanniques et dénommée « Frelnet ».
Classée « top secret strap 1 », l’un des plus hauts niveaux de classification, elle rend compte de l’actualité des relations du GCHQ avec ses partenaires.

France et intérêts en Afrique

Les ambassades françaises à N’Djamena, Niamey, Kinshasa ont été étroitement surveillées par la NSA et le GCHQ. Numéros de téléphone, adresses e-mail et autres coordonnées sensibles figurent sur les rapports d’écoute des agences américaines et britanniques.

Les fleurons de l’industrie de défense tricolores implantés en Afrique sont également étroitement surveillés, comme Total et Thalès et d’autres grands groupes sis sur le continent.

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« Les Français occupant des fonctions stratégiques au sein des organisations internationales ont aussi été visés« , précise Le Monde : Pascal Lamy, l’ancien patron de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ou encore Christine Lagarde, l’ancienne ministre de l’Economie du gouvernement Fillon aujourd’hui à la tête du FMI (Fonds Monétaire International).

Espionnage du continent Africain

Chefs d’État, premier ministre, leaders présents et passés, opposants politiques, diplomates (du continent et étranger) et ambassades, hommes d’affaires, chefs militaires ou du renseignement, les services secrets britanniques se sont adonnés à une surveillance en règle sur le territoire africain entre 2009 et 2010.
En tout, 20 pays sont concernés par cet espionnage satellitaire massif (Algérie, Libye, Mali, Soudan, Tchad, Burkina Faso, Congo, Kenya ou Somalie), dont des alliés du Royaume-Uni, d’anciennes colonies (Nigeria) ou d’importants partenaires économiques (Kenya).

« Ces rapports font état du succès avec lequel ils sont parvenus à détourner des flux de communications satellitaires et concluent qu’ils peuvent, désormais, passer à la collecte systématique », relève Le Monde.

source : Le Monde
source : Le Monde

Pourquoi par satellite ? Si la surveillance se fait aujourd’hui par l’interception des signaux passant par les nombreux câbles sous marins présent un peu partout à travers le globe, l’Afrique ne bénéficie pas encore des infrastructures nécessaires sur l’ensemble du continent, mais la plupart de ses habitants sont détenteurs d’un téléphone mobile, voire d’un smartphone.

Le satellite reste le meilleur moyen pour intercepter leurs communications. « Les télécommunications de grands groupes étrangers opérant sur le continent sont également surveillées. Il en va ainsi du spécialiste italo-suisse de logistique Mediterranean Shipping Company. La plupart des opérateurs de télécommunications sont espionnés, comme le sud-africain MTN, les Saoudiens de Saudi Telecom, France Télécom et Orange », souligne les journalistes.

Face à cette nouvelle salve d’information les deux agences gouvernementales incriminées ne change pas leur déclaration d’un iota. Interrogé par le Monde, le porte-parole du GCHQ explique ainsi au Monde :

« Nous ne faisons jamais aucun commentaire sur des sujets liés au renseignement. Notre travail est mené conformément au strict cadre juridique et politique qui veille à ce que nos activités soient autorisées, nécessaires et proportionnées, et à ce qu’un contrôle rigoureux puisse être effectué par le secrétaire d’État, par la commission parlementaire au renseignement et à la sécurité ainsi que par l’autorité de régulation des interceptions et du renseignement. De plus, le régime légal des interceptions pratiquées par le Royaume-Uni respecte totalement la Convention européenne des droits de l’homme. »

De son côté, l’Agence de Sécurité Nationale américaine (NSA) a fait savoir au Monde que « ses activités de renseignement sont en totale conformité avec le cadre juridique et politique en vigueur ».