Le GIF classé comme « arme mortelle » par le département de la Justice américain

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Par Elodie le

Un journaliste anti-Trump a été victime d’une crise d’épilepsie après avoir reçu un GIF malveillant connu pour sa dangerosité sur les personnes atteintes de troubles neurologiques. L’instigateur a été arrêté pour « coups et blessures volontaires avec une arme mortelle ». Le GIF donc.

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C’est une affaire peu banale qui promet de faire jurisprudence : lundi dernier, le GIF (Graphics Interchange Format) a été qualifié d’arme mortelle dans l’affaire opposant le journaliste Kurt Eichenwald et son assaillant John Rayne Rivello, 29 ans, arrêté le 17 mars dernier dans le Maryland.

La mise en accusation publiée par le grand jury de Dallas et le département de la Justice américain classe ce format star des internets comme une « arme d’assaut », au même titre qu’un pistolet ou un couteau, précisant que l’assaillant a utilisé « un tweet, un GIF, un dispositif électronique et ses mains », pour commettre son forfait avec arme mortelle. Que lui vaut cet honneur ?

Un GIF stroboscopique envoyé via Twitter

Petit rappel des faits : journaliste anti-Trump déclaré, Kurt Eichenwald n’a pas manqué de s’opposer au candidat républicain lors de la campagne présidentielle, aussi bien dans ses articles (pour Newsweek et Vanity Fair) que dans ses tweets diffusés sur son compte. Des diatribes qui lui ont valu pas mal de commentaires haineux, notamment après le débat télévisé qui l’a opposé au journaliste Tucker Carlson fin décembre sur Fox News. Dans la foulée, il reçoit de la part d’un certain Ari Goldstein (@jew_goldstein, son compte est suspendu) un GIF stroboscopique via Twitter accompagné de ce message : « Tu mérites une crise d’épilepsie pour tes posts ». Ce qui se produisit, sa femme précise l’avoir retrouvé « incohérent » après une « crise d’épilepsie partielle ».

Eichenwald, auteur de The Informant, adapté au cinéma par Soderberg, n’a jamais rien caché de sa condition, l’assaillant savait donc parfaitement ce qu’il faisait. Le journaliste s’est mis en tête de retrouver cet agresseur anonyme. Après enquête (mêlant Twitter, AT&T et Apple), le FBI a arrêté John Rayne Rivello, caché sous le pseudo @jew_goldstein et a retrouvé plusieurs messages envoyés à d’autres utilisateurs de Twitter, sans équivoque sur ses intentions à l’encontre d’Eichenwald : « J’espère que ça lui provoquera une crise d’épilepsie », « Je sais qu’il fait des crises d’épilepsie » ou encore « Spammez ceci à Eichenwald et voyons s’il meurt ».

Volonté de provoquer une crise d’épilepsie

Kurt Eichenwald sur Fox News

Pour ne rien arranger, les enquêteurs sont convaincus de l’antisémitisme nourri de Rivello : l’envoi de l’image aurait donc autant à voir avec les opinions anti-Trump du journaliste que le fait qu’il soit juif.

Inculpé pour « coups et blessures volontaires avec une arme mortelle », Rivello risque jusqu’à 10 ans de prison. Son avocat espère miser sur le premier amendement garantissant la liberté d’expression. Pour Steven Lieberman, l’avocat du plaignant, ce GIF stroboscopique est comparable « à une bombe envoyée par La Poste ou à de l’anthrax dans une enveloppe », l’assaillant ne pouvant ignorer qu’il « provoquerait un effet physique ».

Depuis la médiatisation de l’affaire, Kurt Eichenwald assure que « plus de 40 personnes m’ont envoyé des images stroboscopiques, après qu’ils ont su qu’elles pouvaient déclencher des crises d’épilepsie. Les détails de ces dossiers sont avec le FBI. Arrêtez de les envoyer. » Le journaliste et son avocat espèrent que les suites judiciaires données à cette affaire calmeront les ardeurs des personnes tentées de reproduire l’acte malveillant de Rivello.

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