Avec Safari, Apple se positionne contre Facebook

Business

Par Elodie le

Mieux vaut tard que jamais. La prochaine version du navigateur bloquera la collecte de données opérée par Facebook. Une nouveauté qui s’inscrit dans la tradition chez Apple, mais sent bon l’opportunisme à l’aune du scandale Cambridge Analytica.

Lundi 4 juin avait lieu la grande messe annuelle des développeurs. Les regards étaient donc braqués sur San José pour découvrir les nouveautés proposées par la firme à la pomme. Et ces nouveautés portent la marque des polémiques des derniers mois. De Cambridge Analytica en passant par la réduction volontaire des performances de l’iPhone pour préserver les batteries vieillissantes.

Apple ne s’est pas fait prier pour tacler le leader des réseaux sociaux Facebook. « Nous pensons que vos données privées doivent rester privées », a avancé Craig Federighi, l’un des VP d’Apple chargé des logiciels, et « nous pensons que vous devez contrôler qui les voit ».

Safari Vs Facebook

Feignant de découvrir l’existence des boutons sociaux intégrés aux sites internet, Federighi a ainsi expliqué que les cookies liés au bouton « J’aime » et « Partager », le fameux cookie Datr, peuvent être « utilisés pour vous pister » sur Internet, « que vous cliquiez dessus ou non. Donc cette année, nous allons y mettre fin ».

capture d’écran

Concrètement, lorsqu’une application tentera d’accéder aux données d’un internaute par ce biais, un système « intelligent de prévention du pistage » développé pour Safari préviendra l’internaute et lui permettra de refuser que ses informations soient partagées avec des sites ou applications tierces. Apple qualifiant au passage ces sociétés internet d’« entreprises de données intelligentes et impitoyables » s’assurant un écho certain dans l’auditoire.

Chevalier blanc

À noter que ces outils et leur utilisation sont connus depuis longtemps et qu’ils ne sont pas l’apanage de Facebook (Google et Twitter les emploient également).

Mais le scandale Cambridge Analytica est passé par là, alors il est de bon ton de se positionner contre ces ogres avides de données et lustrer un peu plus son image de chevalier blanc de la protection des données.

Deux modèles s’affrontent

Ce n’est pas la première attaque de la firme à l’encontre de Facebook. Tim Cook était sorti du bois lorsque l’affaire avait éclaté pour tancer les méthodes de Menlo Park en assurant qu’Apple « ne se serait pas retrouvé dans cette situation ». « La vérité, c’est qu’on pourrait faire un paquet d’argent si on ‘monétisait’ notre utilisateur – si notre utilisateur était notre produit. Nous avons choisi de ne pas faire ça », avait alors déclaré le CEO d’Apple. Une véritable déclaration de guerre contre Facebook et Google.

Même si cela peut faire rire sous cape, Apple a toujours mis en avant cette politique dans la conception de ses appareils. Opportuniste ou non, la bataille entre Cupertino et le FBI s’est concentrée autour de ces enjeux.

Apple et Facebook n’ont pas le même business model, l’une se rémunère sur la vente de terminaux électroniques quand l’autre est un réseau social dont les bénéfices reposent sur la publicité en ligne. Leur dépendance vis-à-vis des données utilisateurs est aux antipodes l’une de l’autre, Apple en collecte, mais son business model ne repose pas dessus. Ce qui permet à la firme à la pomme de tacler Facebook sur ce terrain.

Des performances préservées

En outre, Apple va empêcher les sites d’accéder aux données relatives aux smartphones qui permettent également de traquer les internautes. Paradoxal ou non, Apple souhaite aider l’utilisateur à se déconnecter numériquement, notamment en améliorant la fonction « Ne pas déranger » de ses terminaux afin de limiter les notifications d’applications, véritable « économie de l’attention » perpétuelle.

Apple semble aussi avoir appris les leçons de la récente polémique autour des batteries volontairement bridées pour préserver les performances de l’iPhone. Comme la firme l’avait précédemment annoncé, la nouvelle version d’iOS prendra en compte ses griefs.

iOS 12 sera certes plus performant qu’iOS11 – les applications pourront être lancées deux fois plus vite par exemple – mais l’OS préservera la batterie et sera compatible avec tous les appareils supportant le système d’exploitation précédent. Garantissant ainsi une large adoption au nouvel OS puisque iOS 11 est installé sur 81% des terminaux selon la firme.