Chine : de l’analyse des eaux usées pour lutter contre l’usage de drogues

Science

Par Elodie le

La Chine n’est jamais à court d’idées et de technologies pour surveiller sa population. Elle va désormais analyser les eaux usées à la recherche d’urine et d’excréments pour réprimer l’usage illicite de drogues.

Pulp Fiction

Le traitement des eaux usées permet de collecter un nombre considérable de données (qualité, pollution, consommation, etc.), en Chine, leur analyse est également utilisée dans un but plus répressif : contrôler et s’attaquer à l’usage illicite de drogues.

Une douzaine de villes chinoises appliquent une technique médico-légale « inhabituelle » d’analyse des urines et excréments (épidémiologie basée sur les eaux usées – wastewater-based epidemiology – WBE) pour déceler des traces de drogues ou de leurs métabolites, rapporte Nature. Les autorités espèrent ainsi remonter jusqu’aux fabricants et toxicomanes pour les traduire en justice.

Localisation et arrestation

Zhongshan, ville située au sud du pays, surveille les eaux usées afin d’évaluer l’efficacité de ses programmes de lutte contre la drogue. Cette technique aurait permis de remonter la piste d’un fabricant de stupéfiants pour procéder à son arrestation. D’autres villes chinoises seraient prêtes à utiliser l’analyse des eaux usées pour fixer des objectifs d’arrestation d’usagers de drogues aux forces de l’ordre, et ce, dès l’année prochaine. Bien évidemment, il ne s’agit pas encore de lier un échantillon d’urine à une personne en particulier, mais de localiser et traquer les délinquants.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une vaste campagne nationale de lutte contre la drogue, dont le président Xi Jinping est le fer de lance : faire la guerre à la drogue est une question de sécurité nationale pour le dirigeant, il en va du bien-être du peuple. Mais Jinping est empreint d’universalisme et souhaiterait voir cette méthode appliquée internationalement, notamment dans le cadre des politiques de contrôle des drogues des Nations Unies. Un activisme qui lui a permis de s’attirer le soutien du président philippin, Rodrigo Duterte, qui mène une guerre sanglante contre la drogue dans son pays.

Des données excréments sensibles

Toutefois, des questions se posent concernant l’usage de ses données par la police, la façon dont elles pourraient être collectées, sauvegardées et utilisées. Cette technique et son usage soulèvent également des questions de confidentialité. Si la Chine exerce une surveillance accrue de sa population (par la vidéo surveillance ou internet par exemple), il n’est pas dit que d’autres pays puissent être intéressés par cette méthode ou qu’ils soient convaincus de son efficacité répressive.

« En Chine, la population en général est habituée à suivre les directives données par le gouvernement, et les questions liées à la vie privée ne semblent pas être une préoccupation majeure – la situation est totalement différente aux États-Unis », explique ainsi Carsten Prasse, chercheur en santé environnementale à l’Université Johns Hopkins de Baltimore (Maryland).

L’analyse des eaux usées est déjà utilisée pour évaluer la consommation de drogues d’une population dans plusieurs pays (en Italie, en France ou au Canada notamment et mesurer l’efficacité des politiques gouvernementales anti-drogues.