Le fémur fossilisé d’un oiseau géant de 450 kg découvert en Crimée

Science

Par Antoine le

Une équipe de paléontologues travaillant en Crimée (Ukraine), vient de retrouver la trace du plus gros oiseau jamais retrouvé dans l’hémisphère Nord.

Morphologiquement parlant, l’animal actuel le plus similaire serait l’autruche. Avec quelques différences majeures, tout de même : personne n’a jamais vu une autruche avec des proportions pareilles ! Baptisé Pachystruthio dmanisensis, l’animal a été identifié grâce à un fémur retrouvé en Crimée par l’équipe de Nikita Zelenkov, de l’Académie des Sciences russe. C’est à partir de cette formidable trouvaille qu’ils ont pu estimer la taille et la masse de l’oiseau : de près de 450 kg, pour environ 3,50m de haut ! Soit plus haut qu’un éléphant d’Afrique et à peu près aussi lourd qu’un ours polaire…

Malgré ces mensurations impressionnantes, l’analyse du fémur retrouvé a permis de conclure que l’animal était tout sauf pataud. Il faudra attendre des analyses plus poussées pour conclure définitivement à la parenté avec l’autruche, mais les ressemblances avec le fémur d’autruche sont frappantes : cela suggère qu’il s’agissait probablement d’un excellent coureur. Ce qui n’était pas un luxe à son époque puisque comme cette dernière, cet oiseau géant n’était probablement pas capable de voler.

Différentes vues du fémur de Pachystruthio (A, C, E, F) et un fémur d’autruche (B, D) – © Society of Vertebrate Paleontology

Avec 1.8 millions d’années au compteur, Pachystruthio dmanisensis a vécu à une période nommée Pléistocène. Cette époque présente plusieurs caractéristiques notables. Entre autre, elle est connue pour sa mégafaune qui comprenait notamment les mammouths et mastodontes… mais aussi une flopée de redoutables prédateurs, des tigres à dents de sabre aux lions de 400 kg en passant par les hyènes géantes.

Une rencontre potentielle avec nos ancêtres ?

Le Pléistocène présente aussi une autre particularité : il y a 1.8 millions d’années, Homo erectus, l’ancêtre d’Homo sapiens était en train de démarrer sa grande migration de l’Afrique à l’Europe. Il est donc possible que nos aînés aient pu croiser la route de cet énorme oiseau, et même potentiellement le chasser pour sa viande, ses os, ses plumes et ses œufs. Aucune preuve pour l’instant, mais cela pourrait se confirmer si on retrouvait des trace d’outils sur des os de cette espèce à l’avenir.

Les fossiles d’oiseaux géants ne sont pas monnaie courante : à notre connaissance, seules une poignée d’espèces (comme les moas de Nouvelle-Zélande ou les oiseaux éléphant), aujourd’hui disparus, ont atteint des tailles du même ordre de grandeur. Cela pose un certain nombre de questions : jusqu’à présent, il était communément admis que sous la pression de la sélection naturelle, les oiseaux ne perdaient leur capacité à voler et n’atteignait de telles tailles que s’il n’y avait pas de mammifères terrestres pour leur faire concurrence ou les chasser. La découverte de ce fémur dans une région où la présence de dangereux prédateurs terrestres va forcer les scientifiques à réévaluer cette hypothèse, ou tout du moins à l’affiner.

Il s’agit également d’une nouvelle pièce du puzzle très complexe de l’histoire évolutive des oiseaux géants, dont on ne connaît qu’assez peu d’exemplaires. Leur étude pourrait apporter une nouvelle perspective sur le fonctionnement de leurs écosystèmes respectifs, et affiner notre connaissance de ces périodes lointaines.