Radioactivité, missile ballistique et opacité : retour sur l’explosion dans le Grand Nord russe

politique

Par le

Le 8 aout dernier, une explosion dans le Grand Nord russe a été suivie d’une augmentation ponctuelle de la radioactivité. Elle serait survenue dans le cadre de tests sur la propulsion d’un prototype de missile balistique.

Le 5 aout dernier, une violente explosion survenait dans une base militaire du Nord de la Russie. Le bilan officiel fait état de cinq morts dans les rangs de Rosatom, l’agence nucléaire Russe, ainsi que des militaires (les différentes sources parlent d’un à trois militaires décédés). Mais ce sont les circonstances qui inquiètent : autour de la base, la radioactivité s’est ponctuellement envolée après l’accident. D’après Le Monde, un taux de radioactivité d’1,78 microsievert/heure (3x la limite réglementaire et 17x le taux normal) a été détecté dans la ville voisine de Severodvinsk. Ce n’est normalement pas dangereux pour les humains, surtout que ce taux est retombé dans les deux heures suivant l’accident. Mais le long et très inquiétant silence des autorités nucléaires russe n’a pas manqué de faire rejaillir le spectre de Tchernobyl, et les locaux se sont rués sur les stocks de pastilles d’iode, l’une des contremesures en cas d’accident nucléaire.

Cette absence de transparence a d’ailleurs été ouvertement critiquée par l’ONG norvégienne spécialisée dans le nucléaire Belonna. Ce n’est que lundi que les autorités russes ont finalement communiqué sur l’origine de l’accident. Pas de centrale nucléaire cette fois : il ne s’agit pas d’un accident de grande ampleur qui serait maquillé par les autorités.

Le test d’un prototype de missile à propulsion nucléaire en cause

Mais le temps de réaction des autorités témoigne bien de la nature sensible du sujet. Et pour cause : l’explosion est survenue dans le cadre d’un “test sur de nouveaux armements”, dont le test d’une “source d’énergie isotopique pour un moteur de fusée à combustible liquide” qui a impliqué un petit réacteur nucléaire.

Ce “nouvel armement” serait en fait le prototype d’une nouvelle génération de missile à propulsion nucléaire, le Bourevestnik.  C’est un missile balistique à très longue portée, conçu pour pouvoir faire plusieurs tours de la Terre avant de frapper sa cible, de façon à éviter les trajectoires les plus surveillées et les potentielles contremesures d’interception déployées. Mais pour développer un tel engin, il y a la nécessité de miniaturiser un réacteur nucléaire et de l’embarquer sur le missile, ce qui est tout sauf évident. De plus, les tests sur des appareils de ce genre sont tout sauf sans danger, comme l’a montré cet accident.

La base de Nionoska, où s’est produit l’accident, jouit également d’une certaine réputation qui a participé à la montée de la paranoïa. En effet, il s’agit du principal centre de test et de recherche de l’agence nucléaire russe, et c’est notamment tout près de là, à Sarov, que les premières bombes atomiques soviétiques ont été développées. Pour autant, le gouvernement russe n’a aucune intention d’interrompre son programme de recherche militaire sur la seule base de cet incident, bien au contraire : d’après le Monde, Rosatom a déclaré vouloir “continuer le travail sur les nouveaux types d’armes, qui sera, dans tous les cas, poursuivi jusqu’au bout”.

Source: Le Monde