Game of Thrones : George R.R. Martin se confie sur la série et ses livres

Série

Par Antoine le

Le père de la saga du Trône de Fer revient sur la position assez unique qu’il a occupée, partagé entre son ambition créatrice et les retombées de la série tirée de son œuvre.

George R.R. Martin fait aujourd’hui figure de référence dans le monde de la littérature fantastique, avec sa saga du trône de fer (Song of Ice and Fire). Ce n’est un secret pour personne, l’adaptation à la télévision a complètement bouleversé le paysage audiovisuel, et malgré une dernière saison polémique, la série restera dans les annales comme une œuvre majeure.

Cela place George R.R. Martin dans une position très particulière, dont il a discuté lors d’une interview au Guardian. Contrairement à beaucoup d’auteurs, il a longtemps été en partie privé de liberté dans son écriture, la faute à son implication dans la version télévisée. Cela lui a d’ailleurs fait accumuler un retard considérable : l’avant-dernier tome de la série, The Winds of Winter, est à peine commencé quand le dernier, A Dream of Spring, n’a même pas été débuté. Cela a petit à petit transformé son activité favorite en une infinie source de stress. « Il faut plus d’heures dans la journée, plus de journées dans la semaine et plus mois dans l’année, parce que le temps semble passer très vite… […] Il y a eu quelques années où j’aurais pu finir le livre, j’aurais pu rester en avance par rapport à la série… Le stress était énorme. (…) Je ne pense pas que la série ait été bénéfique pour moi. Ce qui aurait dû me motiver à écrire plus rapidement n’a fait que me ralentir. »

Pas évident de concilier la vie d’auteur et de consultant de luxe pour l’un des show télévisés ayant connu l’un des plus grands succès des dernières années. Cela lui a mis beaucoup de pression sur les épaules. Des années de tension donc, qui ont clairement fait du mal à sa productivité écrite. La fin de la série a donc été un” soulagement”, où il a pu retrouver le plaisir de travailler à sa propre allure. L’auteur a d’ailleurs rappelé que le livre différerait de la série : « Certains personnages qui sont morts dans la série, ne mourront jamais dans les livres. »

Très peu d’auteurs ont eu cette relation particulière avec une série tirée de leur œuvre. Le fait qu’elle soit inachevée y est certainement pour quelque chose dans la relation paradoxale qu’il entretient avec Game of Thrones. D’un côté, c’est cette série qui a été à l’origine de l’explosion médiatique qui a fait révélé Song of Fire and Ice à la Terre entière. De l’autre, c’est aussi un monstre du divertissement dont la croissance a vite échappé à tout contrôle, au point de bouleverser complètement ses habitudes de rédaction. Mais sa vie de tous les jours, également.

Ces moments me manquent, honnêtement. Je ne peux plus aller dans une librairie, alors que c’était une des choses que je préférais. Aller de pile en pile, prendre quelques livres, en lire un petit bout, repartir avec un sac entier dont je ne connaissais pas l’existence avant d’entrer… Maintenant, je suis reconnu en dix minutes et une foule se forme autour de moi.On y gagne beaucoup, mais on perd aussi des choses…

Le prix à payer pour une histoire qui aura passionné autant de monde. C’est d’ailleurs très paradoxal, puisqu’à la base, il s’agissait d’un monde considéré comme bien trop complexe et étoffé pour être filmé. “Et parce que cette vie est pleine de petites ironies, c’est ce travail impossible à filmer qui a fini par devenir l’une des émissions les plus populaires au monde”.

Une dualité omniprésente, mais lourde à porter

Ce mélange de reconnaissance et de mélancolie nostalgique qui caractérise aujourd’hui le personnage prend sa source dans ces paradoxes. L’histoire de Martin, c’est aussi celle d’un homme, père d’une histoire unique en son genre, propulsé sur le devant de la scène bien trop vite et bien trop haut à son goût. Au point d’éprouver un soupçon de regret au souvenir de la vie simple, presque austère qu’il menait auparavant, motivé uniquement par son énergie créatrice et le partage de son foklore avec des fans. Mais sans oublier que c’est cette série qui a présenté son travail au plus grand nombre, et qui en a fait un tel phénomène.

Song of Ice and Fire, c’est la décantation d’une vie entière à tenter de capturer avec brio l’essence de son imagination foisonnante pour la coucher sur papier. On imagine aisément l’hystérie des fans une fois le dernier tome achevé. Mais ce n’est probablement rien par rapport à l’immense légèreté que ressentira son auteur après des années de dur labeur, au moment du tout dernier point final. “Quand j’aurai fini A Dream of Spring”, il faudra probablement m’attacher sur Terre…”

Source: Gizmodo