Cette illusion avec du faux caca pourrait aider les personnes souffrant de TOC

Science

Par Felix Gouty le

Pour les personnes souffrant de troubles obsessionnels et compulsifs relatifs à la propreté (peur de la contamination, etc.), certains traitements ne sont pas toujours faciles. Des chercheurs et médecins britanniques ont mis au point une thérapie alternative basée sur une illusion.

Les troubles obsessionnels et compulsifs sont « une prison de l’esprit », pour Baland Jalal, chercheur en psychiatrie.

Entre 2 et 3% de Français souffriraient de troubles obsessionnels et compulsifs, ou TOC. Pour aider ces personnes, des thérapies comportementales et cognitives leur proposent de dépasser leur mal-être et leurs peurs, parfois de manière très directe. Ces thérapies sont souvent si difficiles que près de 25% des patients les abandonnent. Une nouvelle technique mise au point par des chercheurs en psychiatrie et des médecins britanniques, et basée sur une illusion mentale, veut rendre ce traitement moins contraignant.

Surmonter ses peurs

Certaines personnes souffrant de T.O.C. sont, par exemple, très réticentes à l’idée de toucher la lunette des toilettes, de s’accrocher à une barre dans le métro ou d’interagir avec tout objet ou matière susceptible d’être contaminés par des éléments potentiellement infectieux. Cette peur de la contamination est généralement traitée de manière très directe : les thérapeutes invitent leurs patients à toucher des surfaces réellement contaminées et à se retenir de se laver immédiatement les mains. L’objectif est, d’un point de vue psychologique, de surmonter la peur et ainsi réduire l’intensité des T.O.C.

Baland Jalal, du Trinity College de Cambridge, et ses collègues se sont inspirés d’une illusion mentale pour expérimenter une thérapie alternative. Dans « l’illusion de la main en caoutchouc », une personne est invitée à positionner ses deux avant-bras sur une table. Ces derniers sont séparés visuellement l’un de l’autre par un carton ou une plaque de bois, fixé verticalement. Une fausse main en caoutchouc, comme sortant d’une manche de chemise, est placée entre le carton et l’une des deux mains. L’expérimentateur caresse les mêmes doigts de la vraie main cachée et de la fausse main en même temps à l’aide de pinceaux. Grâce à quoi, la personne a l’impression, au bout d’un moment qu’elle ressent les coups de pinceau effectués sur la fausse main comme s’il s’agissait de sa vraie main cachée. Un chercheur américain en neurologie en avait fait la démonstration en 2013 pour la BBC :

Dans la version pensée pour les personnes souffrant de T.O.C. (publiée récemment dans la revue scientifique Frontiers in Human Neuroscience), les pinceaux sont remplacés par deux feuilles de papier toilette : l’une propre et l’autre tâchée de fausses matières fécales. Ainsi, à la différence d’autres thérapies dites « d’exposition », l’objet utilisé ne présente en réalité aucun risque de contamination et reste une simple illusion. Les chercheurs ont pratiqué cette technique sur 29 personnes aux T.O.C. diagnostiqués, divisées en deux groupes – l’un où l’illusion était synchrone et l’autre où elle était désynchronisé, ce qui devrait normalement la rendre inefficace. 65% des personnes du premier groupe ont montré un sentiment de profond dégoût, contre 35% pour le second groupe, montrant un réel effet d’illusion. Puis, les expérimentateurs ont opéré un échange : ils ont touché la vraie main cachée avec le papier faussement contaminé. Ils ont alors observé une augmentation de 23% de dégoût pour le premier groupe. Au fil de l’expérience, en plus du dégoût et de la peur, certaines personnes ont exprimé de la surprise et ont même ri, suggérant une certaine prise de recul de leur part. « Tandis que la thérapie d’exposition traditionnelle peut être très stressante, l’illusion de la main en caoutchouc peut faire rire, et mettre les patients plus à l’aise », en conclut Baland Jalal. Selon ce dernier, avec assez de répétitions et le bon encadrement, cette technique alternative et peu coûteuse pourrait ainsi participer à atténuer certains troubles obsessionnels chez des personnes en souffrance.

Source: Inverse