Tokenisation de la Joconde : l’union entre l’art et la blockchain ?

Crypto

Par Thomas Humbert le

50 milliards : c’est le prix auquel est estimée la Joconde de Léonard de Vinci. Si Jeff Bezos pourrait s’offrir ce joyau du patrimoine français en ne dépensant qu’un tiers de sa fortune, c’est loin d’être le cas du commun des mortels. Mais imaginez que demain, grâce à la blockchain,vous pourriez devenir propriétaire d’un morceau de la Joconde, c’est tentant non ?

Des tokens NFT au service de l’art

 NFT (non fongible token) : on qualifie de non fongible un token qui est unique et parfaitement identifiable.

Si l’œuvre la plus célèbre du monde est aujourd’hui la propriété de la France et réside au musée du Louvre, la représentation de Mona Lisa pourrait bientôt être distribuée en portions uniques à de multiples acheteurs grâce à la technologie blockchain. C’est du moins aujourd’hui une hypothèse envisageable techniquement parlant grâce aux tokens non fongibles (NFT). Il s’agit de jetons uniques et identifiables émis sur la blockchain Ethereum. Ces derniers sont ainsi particulièrement adaptés aux objets de collection, puisqu’ils permettent de créer l’unicité, et donc la rareté, recherchée par les collectionneurs. C’est d’ailleurs de cette manière que sont définis les tokens non fongibles sur le site officiel de l’ERC-721 (qui fait office de standard pour ce type de tokens).

L’émission de NFTs dans le domaine de l’immobilier existe déjà depuis plusieurs années bien que pour des raisons souvent légales et/ou juridiques, ce marché n’est pas encore très développé. Alors pourquoi ne pas appliquer cette technologie au monde de l’art et de la culture ? Ce projet, qui paraît fou pour certains, est pourtant bien réalisable. Pour preuve, certains artistes ont déjà fait se rencontrer l’art et l’univers blockchain ces dernières années. C’est le cas notamment de Kevin Abosch et de sa Forever Rose, tokenisée et répartie sous forme de jetons numériques entre les mains de 10 collectionneurs en 2018, pour un montant total de 10 millions d’euros. Plus célèbres encore, c’est sous cette forme que les fresques parisiennes du street-artist Pascal Boyart (bien connus dans l’écosystème cryptos français) ont pu être monétisées. On comprend donc que les NFTs pourraient à l’avenir être une source de croissance et de démocratisation de l’écosystème blockchain.

Fresque de PBOY -Pascal Boyart / Photo de Doalex

De là à tokeniser la Joconde, l’idée semble un peu folle, voire invraisemblable. C’est pourtant la proposition faite par Stéphane Distinguin, CEO de Fabernovel, et étayée par Albert Dessaint, consultant et analyste chez Blockchain Partner. Si l’idée volontairement provocatrice de ses deux hommes donnerait des sueurs froides aux adeptes d’art, il faut tout de même y voir une réflexion cohérente. De nombreux arguments avancés montrent en effet que la technologie rendrait de nombreux services au domaine de l’art et de la culture. Les passionnés d’art et les collectionneurs s’accordent à dire que ce qui fait la valeur d’une œuvre, c’est son inaliénabilité. Ils voient donc, dans la vente et le partage d’un chef-d’œuvre comme la Joconde, une hérésie. Toutefois, la tokenisation et les NFTs représentent aujourd’hui l’alternative la plus fiable pour rendre une œuvre immuable. Grâce à la technologie sous-jacente, basée sur la blockchain Ethereum, la Joconde pourrait devenir encore plus inaliénable qu’elle ne l’est déjà.

Pour s’en convaincre, prenons un exemple. Qu’adviendrait-il si par malchance l’œuvre était détruite ? Ce serait une catastrophe et c’est un scénario que nous ne préférons pas imaginer. Néanmoins, la blockchain apporte une solution à cette éventualité. En tokenisant la Joconde, on la rendrait immortelle ; jamais plus elle n’aurait à se soucier de ce genre d’inquiétude. Par ailleurs, les jetons émis pourraient s’échanger de pair-à-pair, instantanément et de manière sécurisée. Mais la Joconde elle-même resterait dans sa vitrine au Louvre, si bien que le musée en aurait toujours la possession physique.

Au-delà de ces considérations techniques, la distribution de la Joconde sous forme d’actifs numériques, aurait aussi un intérêt financier pour le monde de la culture. Et si la vente de Mona Lisa servait à financer de nouvelles œuvres ? L’hypothèse n’est pas absurde. On pourrait voir dans la tokenisation d’œuvres anciennes une sorte de mécénat technologique. L’idée est du moins à méditer.

Ce nouveau modèle économique pour le marché de l’art reste à l’heure actuelle qu’une option envisageable. Les réticences des collectionneurs ou amateurs seront certainement encore un frein à l’association de l’art et de la technologie blockchain. Mais une chose est sûre, lorsque ces verrous seront levés, la technologie sera prête à soutenir ce projet. Par ailleurs, nul doute non plus, qu’avec son esprit avant-gardiste, s’il l’avait connu, il y a fort à parier que Léonard de Vinci aurait participé d’une manière ou d’une autre à la démocratisation de la blockchain et de ses applications.