Le Bitcoin a franchi un cap symbolique cette semaine en tombant sous la barre des 60 000 dollars, son niveau le plus bas depuis octobre 2024. La cryptomonnaie phare a ainsi perdu près de 66 000 dollars depuis son sommet historique de 126 000 dollars atteint en octobre 2025, une chute vertigineuse de 50 % qui efface l’intégralité des gains réalisés après l’élection de Donald Trump.
Cette correction marque la pire performance du Bitcoin depuis l’effondrement de la plateforme FTX en novembre 2022. Le 5 février, la cryptomonnaie a enregistré une baisse intrajournalière de 10,5 %, sa chute la plus brutale en une seule journée depuis cette débâcle qui avait secoué tout l’écosystème crypto.
L’hémorragie des ETF institutionnels
L’un des signaux les plus alarmants de cette crise provient des ETF Bitcoin, ces fonds d’investissement censés avoir démocratisé l’accès à la cryptomonnaie pour les investisseurs traditionnels. Entre novembre 2025 et janvier 2026, ces produits ont enregistré des sorties nettes de 6,2 milliards de dollars, la plus longue série de retraits depuis leur lancement en 2024.
Les chiffres récents sont particulièrement éloquents. Le 29 janvier, près de 818 millions de dollars ont quitté les ETF Bitcoin en une seule journée. Le 4 février, ce sont 545 millions supplémentaires qui se sont évaporés. Les poids lourds du secteur sont tous touchéset ce retournement est d’autant plus spectaculaire que ces mêmes fonds avaient acheté 46 000 bitcoins l’année précédente. Beaucoip d’insitutions réévaluent profondément leur exposition à cet actif.
La tempête parfaite des liquidations en cascade
Le marché crypto a perdu plus d’un milliard de dollars en seulement quatre heures lors du pic de volatilité du 6 février. Vincent Liu, directeur des investissements chez Kronos Research, résume la situation : « La chute brutale du Bitcoin ressemble à une tempête parfaite : liquidations forcées de positions sur-endettées, sorties de capitaux des ETF et institutionnels et un contexte macro-économique hostile aux actifs risqués. »
Le problème est structurel. De nombreux investisseurs avaient utilisé l’effet de levier pour amplifier leurs gains pendant la hausse. Mais ce mécanisme joue désormais contre eux. Lorsque le prix chute, leurs positions sont automatiquement vendues par les plateformes pour limiter les pertes, ce qui entraîne une pression vendeuse supplémentaire et fait encore baisser les prix. Un cercle vicieux implacable.
L’or triomphe, le Bitcoin s’effondre
La comparaison avec l’or est impitoyable. Depuis le pic d’octobre, les performances divergent radicalement. Le Bitcoin a perdu 41 % de sa valeur tandis que l’or a bondi de 70 %. Sur l’année 2026, le contraste est encore plus saisissant, le Bitcoin affiche une baisse de 26 % quand l’or progresse de 11 %.
Cette fuite vers les valeurs refuges traditionnelles révèle l’échec du narratif qui présentait le Bitcoin comme un « or numérique » ou une protection contre l’inflation. Dans les faits, ce stablecoin se comporte finalement comme un actif hautement risqué.
Les investisseurs institutionnels réallouent massivement leurs portefeuilles vers les obligations du Trésor américain, les actions européennes et asiatiques et les métaux précieux.
Le scandale Epstein éclabousse le Bitcoin
Comme si la situation technique et macroéconomique ne suffisait pas, le Bitcoin fait face à une crise de légitimité sans précédent. La publication des « Epstein files » par le Département de la Justice américaine a révélé des liens troublants entre le financier condamné pour trafic sexuel et l’écosystème Bitcoin à ses débuts.
Les documents montrent qu’Epstein a investi 3 millions de dollars dans Coinbase en 2014, 500 000 dollars dans Blockstream et surtout qu’il a financé le MIT Media Lab qui payait plusieurs développeurs clés de Bitcoin Core à partir de 2015. Des emails révèlent qu’Adam Back, co-fondateur de Blockstream et inventeur du système Hashcash (précurseur du Bitcoin), aurait visité l’île privée d’Epstein en avril 2014.
Plus troublant encore, un email d’octobre 2016 montre Epstein affirmant avoir parlé à « certains des fondateurs de Bitcoin ». Bien qu’aucune preuve ne lie Epstein à la création du Bitcoin, ces révélations soulèvent des questions légitimes sur l’implication de celui-ci dans le développement de la cryptomonnaie.
L’impact sur le marché a été immédiat : 2,56 milliards de dollars de positions crypto ont été liquidés dans les jours suivant la publication de rumeurs (rapidement démenties) suggérant qu’Epstein pourrait être Satoshi Nakamoto ont provoqué une nouvelle vague de ventes paniques.
Les promesses brisées du Bitcoin
Au-delà des chiffres, c’est toute la rhétorique autour du Bitcoin qui s’effondre. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, ne mâche pas ses mots sur BFM Business : « Tous ceux qui nous expliquaient que c’était la monnaie de demain, décentralisée, libertaire… Je n’ai jamais cru ces discours, ils sont en train d’exploser. »
Les faits lui donnent raison sur plusieurs points. Le Bitcoin ne s’est jamais imposé comme moyen de paiement mainstream. Son adoption par les commerces reste anecdotique. Il n’a pas servi de protection contre l’inflation comme promis, évoluant au contraire dans la même direction que les actifs risqués lors des crises géopolitiques et économiques. Et loin d’être décentralisés, son développement et son financement ont été fortement concentrés aux mains de quelques acteurs, comme le révèlent désormais les dossiers Epstein.
L’indice Fear and Greed, qui mesure le sentiment du marché, affiche 14 sur 100, correspondant à une « peur extrême ». C’est son niveau le plus bas depuis juin 2023. Certains analystes, comme Barry Bannister de Stifel, estiment que le Bitcoin pourrait tomber jusqu’à 38 000 dollars si la dynamique actuelle se poursuit.
L’ami des cryptos finalement leur plus grand ennemi ?
Alors que Donald Trump a toujours été un fervent défenseur des cryptomonnaies, il semble que les décisions politiques du président américain aillent en ce moment à l’encontre de leur epanouissemnt. Les menaces tarifaires répétées de l’administration Trump créent une incertitude commerciale globale. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, en Iran et au Venezuela ajoutent à la nervosité ambiante.
Un « crypto winter » qui pourrait durer
Les analystes parlent désormais ouvertement d’un « crypto winter », une période prolongée de baisse qui marque l’histoire du Bitcoin. Matt Hougan, de Bitwise, estime que ces hivers durent généralement 13 mois. Si le cycle actuel a commencé en janvier 2026, nous n’en serions qu’au début.
« Les crypto winters » ne se terminent pas dans l’enthousiasme, ils se terminent dans l’épuisement », explique Hougan. En d’autres termes, le marché doit toucher le fond avant qu’une véritable reprise soit possible.
Malgré 106 millions de détenteurs de Bitcoin dans le monde, l’intérêt pour la cryptomonnaie semble s’amenuiser. Les recherches Google, les téléchargements d’applications crypto et l’activité sur les réseaux sociaux sont en chute libre.
Le Bitcoin entre les autres dans sa chute
Si le Bitcoin souffre, les cryptomonnaies alternatives (altcoins) sont dévastées. Ethereum a chuté de 29 % en sept jours, se négociant autour de 1 900 dollars. Solana a brisé le seuil psychologique des 100 dollars le 4 février avant de s’effondrer sous les 80 dollars. XRP a perdu plus de 20 % en une journée, devenant l’un des pires actifs du top 100.
Vers un effondrement définitif ou simple correction encore une fois ?
La question qui hante tous les investisseurs est simple, s’agit-il d’une correction temporaire ou du début de l’effondrement définitif du Bitcoin ?
Les arguments pessimistes sont nombreux. La concentration institutionnelle (ETF et grandes entreprises comme Strategy) crée une fragilité structurelle. Si ces acteurs sont forcés de vendre, l’effet sur le marché serait dévastateur. Les révélations Epstein entachent durablement la réputation du Bitcoin. Le narratif initial (monnaie décentralisée, or numérique, protection contre l’inflation) s’est révélé largement faux, et les conditions macro-économiques restent hostiles aux actifs spéculatifs.
Les optimistes rétorquent que le Bitcoin a déjà survécu à plusieurs « morts » annoncées. En 2018, il avait chuté de 84 % par rapport à son pic de 2017. En 2022, l’effondrement de FTX avait été présenté comme fatal. Pourtant, à chaque fois, la cryptomonnaie s’est relevée. Les investisseurs de long terme continuent d’accumuler malgré la baisse.
Les autorités financières traditionnelles ne cachent pas leur satisfaction. François Villeroy de Galhau résume l’opinion de nombreux régulateurs : « Ceux qui nous disaient que c’est un placement sûr avec un rendement élevé et pas de risques : ça n’existe pas en matière financière. »
Le gouverneur de la Banque de France estime qu’il n’y a « pas de risque systémique » pour le système financier dans son ensemble. Les institutions financières traditionnelles restent peu exposées au Bitcoin, ce qui limite le risque de contagion. Mais pour les investisseurs particuliers qui ont misé sur la cryptomonnaie, les pertes sont bien réelles.
Février 2026 restera probablement une date charnière dans l’histoire du Bitcoin. Entre la pire chute technique depuis FTX et la crise réputationnelle liée aux dossiers Epstein, la cryptomonnaie fait face à sa plus grande épreuve. Pour les détenteurs de Bitcoin, les prochains mois seront déterminants. Soit le marché trouve un plancher stable et entame une reconstruction sur des bases plus saines, soit la spirale baissière s’accélère et entraîne la cryptomonnaie vers des profondeurs encore inexplorées.
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