Masques : comment est-on passé de la pénurie à la surproduction en France

Après avoir connu la pénurie au début de l’épidémie, la France produit aujourd’hui près de 30 millions de masques par semaine. Les invendus commencent à s’accumuler dans les entreprises, victime de la concurrence chinoise.

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En quelques semaines, la France est passée d’un stade de pénurie absolue de masques à une situation de trop-plein, expliquent les Echos. Alors que chacun redoutait une pénurie durable, de nombreuses entreprises ont adapté, voire entièrement modifié leur activité pour produire des masques et participer à l’’ “effort de guerre” demandé par Emmanuel Macron. Mais voilà : une fois la frénésie initiale passée, la Chine a recommencé à en exporter massivement et depuis, les entreprises fabricant des masques réutilisables en tissu n’arrivent plus à écouler leurs stocks. RTL cite l’exemple de la bonneterie Chanteclair dans l’Aube. Son masque haut de gamme, porté par le Président de la République en personne, ne trouve plus son public et l’entreprise se retrouve avec plusieurs centaines de milliers de masques sur les bras. Cela implique évidemment un trou conséquent dans la trésorerie; un constat partagé par d’autres entreprises travaillant dans le milieu du textile. Nombre d’entre elles qui ont adapté leur production pour répondre à l’appel du gouvernement sont aujourd’hui désemparées, car les plus gros clients ont tous délaissé les masques en tissus – plus onéreux – et se sont retournés vers les masques jetables chinois.

Vers une prise en charge par l’État ?

Pierric Chalvin, délégué général d’Unitex, l’organisme qui rassemble les entreprises du textile en Auvergne Rhône-Alpes, a été interrogé par Europe 1. Il explique que sa fédération a adressé un message d’alerte au gouvernement. “Il faut quand même qu’il y ait un retour de la part de ceux qui ont demandé aux entreprises de se mobiliser”, déplore-t-il. Il dénonce également la commande de 10 millions de masques passée au Vietnam. Il dénonce un non-sens aux Échos, expliquant qu’on “ne peut pas demander à la filière de se mobiliser et la laisser tomber deux mois plus tard”.

Certains acteurs du milieu jugent qu’il pourrait être intéressant pour le gouvernement de faire d’une pierre deux coups en achetant ces surplus pour se constituer un stock. Il pourrait ainsi dédommager les entreprises qui ont fait l’effort de réorganiser leur production et leur logistique et de former leurs employés, tout en reconstituant un stock de masque dont l’absence avait largement fait jaser au début de l’épidémie. D’autres demandent à ce que la commande publique soit réalisée prioritairement à la production française, et que les importations venues d’Asie soient limitées. S’il est certain qu’il vaut mieux avoir trop de masques que pas assez, cette situation est en effet difficile à vivre pour les entreprises, dont certaines petites PME, qui ont souhaité donner de leur personne et se sentent aujourd’hui abandonnées. D’après RTL, la question des invendus et des stocks de tissu sera en débattue à Bercy dès lundi.