Des scientifiques hongrois créent accidentellement un poisson hybride particulièrement moche

Science

Par Felix Gouty le

Le « sturddlefish », un poisson hybride mêlant l’esturgeon au spatulaire, est né par accident dans un laboratoire hongrois. Des biologistes, dont l’intention était de stimuler la reproduction de la première espèce, en danger critique d’extinction, ne s’attendaient pas à ce que le résultat aille si loin.

L’un des poissons hybrides issus d’un esturgeon et d’un spatulaire (Crédits : Florian Toth / New-York Times).

Après le mulet (né d’une reproduction entre un âne et une jument) ou le « liger » (ou ligre, hybride d’un lion et d’un tigre), voici le « sturddlefish » ! Sauf qu’à la différence des deux premiers hybrides cités, l’existence de ce poisson pas comme les autres est purement accidentelle. Les biologistes hongrois qui en sont responsables l’attestent dans une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Genes. « Nous n’avons jamais voulu faire de l’hybridation, le résultat de nos travaux n’était absolument pas notre intention », affirme au New-York Times l’un du Centre de recherche et d’innovation agricole de Hongrie, Attila Mozsár. A l’origine, cette étude hongroise portait sur une méthode génétique de conservation de deux espèces de poisson en danger critique d’extinction : Acipenser gueldenstaedtii, surnommé esturgeon diamant ou esturgeon du Danube, et Polyodon spathula, connu sous l’appellation spatulaire. Le premier est un poisson carnivore d’Europe de l’est, hautement prisé pour ses œufs qui composent le caviar. L’autre est un poisson filtreur de zooplanctons à long museau d’Amérique du nord. Leur dernier ancêtre commun vivait il y a environ 184 millions d’années : les deux espèces ne se sont jamais croisées depuis.

Une vraie fausse fertilisation

Néanmoins, les biologistes hongrois ont eu l’idée d’utiliser le sperme de spatulaires mâles pour seulement stimuler – et non féconder – des œufs d’esturgeons femelles, pour renforcer la population d’esturgeon diamant. Ils comptaient en effet sur la gynogenèse, une forme de reproduction asexuée de certains animaux proche de la parthénogenèse (où une cellule reproductrice femelle se divise elle-même jusqu’à former un nouvel être). Elle requiert simplement du sperme mâle dépourvu d’ADN pour déclencher la division cellulaire des gamètes femelles, comme dans une sorte de fausse fertilisation. Seulement, en l’occurrence, la fertilisation a vraiment eu lieu dans le laboratoire hongrois. L’ADN des deux espèces se sont mêlés et ont fait naître une centaine d’individus hybrides, aujourd’hui surnommés « sturddlefish » (une contraction de « sturgeon » et « paddlefish« , les noms anglais respectifs de l’esturgeon et du spatulaire). Après analyse de l’ADN des hybrides, les biologistes ont constaté qu’en réalité, leur tentative de gynogenèse avait partiellement fonctionné. Seule une partie de la progéniture inattendue partageait autant d’ADN d’esturgeon que de spatulaire, et autant de caractères visibles des deux espèces – comme à la fois une bouche de carnivore et un long museau de filtreur. Le reste n’aurait hérité que d’une infime dose d’ADN de spatulaire et ne pourrait réellement appartenir à une espèce hybride. Malgré les millions d’années qui séparent ces deux espèces de poisson, les scientifiques ne sont pas tant étonnés du résultat que cela. Comme les chercheurs le font remarquer au New-York Times, les deux poissons possèdent une peau sans écailles, des intestins dotés de valves en spirale et un endosquelette cartilagineux. Cependant, selon eux, ils restent génétiquement trop éloignés pour que leur mélange devienne fécond, une fois adulte. Les lobbys du caviar ne pourront donc pas faire commerce de leurs œufs, au grand bonheur des défenseurs des deux espèces parentes en voie d’extinction.