« Villes radiateurs » : comment réduire la chaleur en ville

Science

Par Felix Gouty le

Une nouvelle étude de chercheurs de Météo-France et du CNRS s’inquiètent de l’usage excessif de climatiseurs pour lutter contre la chaleur. Heureusement, des alternatives existent mais mériteraient d’être actées le plus rapidement possible.

Crédits : stevepb / Pixabay.

Bitume brûlant, courant d’air chaud étouffant, climatisation aussi peu rafraîchissante qu’écologique : en été, les conséquences de la pollution et du réchauffement climatique se font de plus en plus ressentir dans les grandes villes. Certains spécialistes vont même jusqu’à les qualifier de « villes radiateurs. » En effet, par manque de végétation et par abus de sols et murs bétonnés, les grands espaces urbains conservent la chaleur. Ainsi, en soirée quand le Soleil s’esquive et quand le mercure devrait donc théoriquement baissé, il n’en est souvent rien tant les surfaces artificielles des villes retiennent et restituent la chaleur plutôt que de la diluer comme le ferait un sol naturel. Une récente étude scientifique menée par des chercheurs français, notamment, du CNRS et de Météo-France s’en inquiète grandement. Selon les résultats publiés dans la revue Environmental Research Letters, seules des actions d’adaptation mises en place très tôt (pour ne pas dire, tout de suite) suffiront à remplacer l’usage excessif et dangereux de climatiseurs, si tant est que la réduction des émissions de gaz à effet de serre reste suffisante. Autrement, la climatisation massive des espaces urbains ne sera qu’une solution de courte durée, car non seulement polluante mais aussi susceptible de rejeter l’air chaud (filtré et refroidi à l’intérieur des milieux clos) à l’extérieur.

Plus de verdure et d’ombre

Parmi les solutions alternatives émises par les spécialistes et entrepreneurs interrogés par l’AFP (relayée par Sciences Et Avenir), trois aspects se démarquent. Didier Soulage, du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), évoque une combinaison des trois : « les solutions vertes, bleues et grises. » Autrement dit, il milite pour un mélange d’espaces verts, d’aménagements à base d’eau et une meilleure utilisation des matériaux. Concernant les premiers, ils existent par exemple la start-up Urban Canopee, qui propose d’installer des corolles artificielles de végétaux pour créer de l’ombre (voir ci-dessous). L’idée est de se soustraire aux grands arbres, comme le marronnier, dont la plantation est parfois impossible en ville (par rapport à des problèmes de charge relatifs à l’exploitation des souterrains) et qui nécessite beaucoup d’eau. Quand l’installation de quelques arbres est néanmoins possible, elle est à privilégier. L’évapotranspiration (rejet de l’eau excédante puisée dans le sol, pour moins souffrir de la chaleur) dont ils font preuve rafraîchit l’air ambiant. « Un arbre est comme un petit climatiseur, si vous l’installez sur une place, l’effet sur la température va être faible, et dilué, parce qu’il est à l’air libre », explique à l’AFP Julien Cravéro, de l’École nationale des Ponts et Chaussées. Sur le sujet de l’eau, certains murs des rives de la Seine bénéficient de pulvérisateurs d’eau. Selon les spécialistes, s’ils sont systématisés, ces changements pourraient abaisser les températures et améliorer les conditions de vie de millions de citadins. Comme le souligne Aude Lemonsu, chercheuse impliquée dans l’étude citée plus haut, « comme c’est (en ville) que se concentrent les populations et les activités économiques, ça peut avoir des conséquences dramatiques sur la santé, et sur la société plus globalement. »