Un autocuiseur à riz permet-il de décontaminer son masque ?

Science

Par Antoine Gautherie le

Une équipe de recherche qui travaille sur la décontamination des masques avec des moyens grand public a récemment rencontré d’excellents résultats avec… un autocuiseur à riz. Cela suggère que la chaleur sèche pourrait être une très bonne piste pour stériliser nos masques. Il faudra toutefois attendre que les conclusions de cette étude soient généralisées à tous les types de masques, et surtout, que la méthode soit testée sur le SARS-Cov-2.

© Chamteut Oh et al., / University of Illinois

Depuis le début de la pandémie, chacun y va de sa technique (plus ou moins efficace) pour se débarrasser du virus, en particulier sur son masque. Nous connaissions le lavage en machine à 60°C, nous avons entendu parler des fameuses boîtes de stérilisation UV (très souvent inefficaces contre le SARS-Cov-2).. mais avez-vous pensé à l’autocuiseur à riz ? Les chercheurs de l’université de l’Illinois se sont en tout cas penchés sur la question pour vous ! En cherchant une méthode efficace pour stériliser un masque N95 standard, ils ont découvert qu’un passage de 50 minutes dans un cuiseur à riz permettait de le décontaminer correctement tout en conservant son potentiel filtrant et sans résidus. Les résultats de cette étude sont disponibles ici.

Il s’agit simplement d’un processus de stérilisation par chaleur sèche standard, comme il se déroule dans des appareils spécialisés utilisés en médecine et en laboratoire (on parle de stérilisateur Poupinel, du nom de son inventeur). Cette technique fonctionne avec n’importe quel cuiseur capable de produire 100°C de chaleur sèche pendant cette durée, et fonctionne même avec plusieurs masques.  Il faut cependant veiller à ce que le masque n’entre pas en contact avec la surface chauffée, par exemple en installant une serviette au fond du pot.

Des résultats incomplets mais encourageants

Il faut préciser que cette technique n’a été expérimentée que sur les masques N95 et que les conditions optimales pourraient varier avec d’autres masques. Cependant, les résultats sont encourageants : le processus a permis d’inactiver 99.9% des virus testés parmi quatre familles différentes, dont un coronavirus baptisé TGEV.  Il s’agit cependant d’un autre genre de coronavirus : on parle d’Alpharoconavirus, contrairement au SARS-Cov-2 qui est un Betacoronavirus.

Mais les deux appartiennent à la même famille. On peut donc raisonnablement espérer que ces conclusions s’appliquent également au virus responsable de la pandémie actuelle. La filtration a également été testée rigoureusement, et ils ont trouvé qu’après une vingtaine de cycles de décontamination, un masque N95 standard conserve plus de 97% de sa capacité de filtration. Il serait toutefois intéressant de compléter ces observations avec une batterie de tests rigoureuse sur d’autres types de masques, et sur le SARS-Cov-2.

Les masques, un potentiel désastre écologique ?

Cette étude montre tout de même qu’il est en théorie possible de décontaminer son masque grâce à un procédé facile à répliquer sans matériel médical. C’est une donnée importante, dans la mesure où certaines régions du monde ont toujours du mal à s’approvisionner. Dans d’autres pays, c’est le problème inverse : l’urgence a conduit de nombreux états à produire autant de masques que possible, parfois à l’excès. Et puisque cette situation sanitaire pourrait bien durer, il devient urgent de sortir de cette logique court-termiste.