Comme pour toutes les activités qui relèvent de la spéculation, ceux qui choisissent d’investir dans les cryptomonnaies le font bien souvent en espérant toucher le gros lot. La majorité d’entre eux risquent fort de voir leurs espoirs douchés au premier “dip”, mais certains parviennent tout de même à tirer leur épingle du jeu; c’est le cas d’un américain qui a fait fortune de cette façon, et qui compte désormais redistribuer 99% de son pactole.
L’histoire a d’abord été documentée par Bloomberg avant d’être relayée par Interesting Engineering. On y apprend que l’intéressé, Sam Bankman-Fried, a toujours gravité du côté de la finance. Il a fait ses armes du côté de Wall Street; c’est là qu’il a rapidement identifié un moyen de se faire beaucoup, beaucoup d’argent.
En 2017, l’écosystème des cryptomonnaies était largement moins bien défini qu’aujourd’hui. Dans cette jungle cryptographique balbutiante, il a remarqué que les prix de ces jetons virtuels pouvaient être très différents en fonction de la monnaie fiduciaire impliquée dans la transaction. Bloomberg explique qu’à l’époque, il pouvait y avoir jusqu’à 10% de différence entre le prix d’un Bitcoin en yens japonais ou en dollars américains.
Un détail apparemment trop beau pour être vrai; cela a immédiatement sauté aux yeux de cet analyste rompu à la comparaison de données. Ni une ni deux, il s’est empressé de créer une entreprise spécialement dédiée à l’exploitation de cette faille du système. Cette différence a fini par s’estomper au fil du temps. Mais la réactivité de Banker-Fried lui a permis d’empocher ses 20 premiers millions de dollars afin de lancer la machine.
Un succès construit sur les cryptomonnaies
Ce pécule lui a ensuite permis de fonder la plateforme FTX d’échange de cryptomonnaies avec ses amis. Elle a immédiatement rencontré un succès flamboyant; un an plus tard, l’équivalent d’un milliard de dollars passait déjà sur la plateforme chaque jour.
À l’heure actuelle, Bloomberg affirme qu’il s’agit de la troisième plateforme de ce type au monde, avec plus de 2 milliards de milliards de dollars d’échange à son actif. Forcément, ce succès s’est révélé très rémunérateur pour Bankman-Fried. Il pèserait aujourd’hui 24 milliards de dollars à tout juste trente ans.
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Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser avec ce genre de success story à l’américaine, il ne s’est pas précipité chez un armateur pour s’offrir un yacht à plusieurs dizaines de millions.
Bloomberg dresse en effet le portrait d’un drôle d’oiseau. Malgré son succès, l’intéressé continue apparemment de vivre de façon assez précaire, comme lorsqu’il était à l’université. Mais surtout, la fortune a été l’occasion de mettre en pratique une philosophie qui fascinait son esprit très cartésien depuis longtemps : l’altruisme efficace.
Le principe est assez simple. En substance, elle se concrétise par ce que l’on pourrait décrire comme de la philanthropie analytique. Comme toutes les initiatives de ce genre, l’idée globale consiste à donner la priorité à toutes les démarches qui pourraient avoir un impact positif sur le monde.
Mais dans le cadre de l’altruisme efficace, il s’agit de se baser sur une méthode relativement scientifique. L’objectif est de déterminer précisément où, quand et comment utiliser ses ressources; ses partisans cherchent ainsi à maximiser cet impact positif de la façon la plus objective possible. Et ce indépendamment de tout affect personnel pour une cause en particulier.
Dans son interview à Bloomberg, il s’attarde longuement sur les initiatives qu’il a mis en place avec ses partenaires de FTX dans le cadre de sa démarche d’altruisme efficace.
Un partisan de la philanthropie analytique
Le journal a en effet retrouvé la trace de plusieurs dizaines de millions de dons à diverses institutions restées anonymes. Notons toutefois qu’à l’heure actuelle, sa plus grosse dépense n’a toujours rien à voir avec la charité. Il s’agit du nom de l’arène du Miami Heat, récemment rebaptisée FTX Arena; une griffe qui lui aura coûté la bagatelle de 125 millions de dollars.
Mais ce qui est plus intéressant, c’est qu’il applique aussi cette philosophie avec son épargne personnelle. Il affirme qu’il va continuer de le faire et même augmenter la cadence. Il compterait ainsi donner jusqu’à 99% de ses revenus annuels.
Sam Bankman-Fried souhaite simplement pouvoir continuer à vivre confortablement; le fondateur de FTX explique qu’il gardera au minimum 100.000$ dollars par an. Soit environ 6 fois le SMIC français. En revanche, il affirme qu’il donnera absolument tout le reste, des cryptomonnaies au moindre centime fiduciaire.
Il sera donc intéressant de voir s’il tiendra parole, même s’il n’a pas l’air d’être particulièrement communicatif sur la nature de ces dons. Il convient toutefois de rester lucide et de rappeler qu’il pourrait s’agir d’une belle publicité gratuite à destination du lectorat de Bloomberg, qui reste un magazine de référence dans le monde des affaires et de la finance. Mais ce n’est pas non plus la première fois qu’il parle de sa philosophie, et ses dons précédents parlent déjà en sa faveur.
Qu’elle soit justifiée ou non, il s’est en tout cas offert une image de crypto-Robin des Bois qui fait figure d’exception dans le monde de la finance. Et elle risque de lui coller à la peau quelque temps.