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Une éruption solaire de classe X a provoqué un blackout radio sur Terre

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Le Soleil est en ce moment dans une phase d’activité intense qui rappelle que sans céder au catastrophisme, il convient de rester humbles face à ses caprices.

Le soleil connaît en ce moment une période d’activité assez intense à l’approche du pic de son cycle d’activité. Plusieurs grosses séries d’éruptions solaires particulièrement violentes ont été documentées récemment (voir notre article). Pendant le week-end de Pâques, l’une d’entre elles s’est fait remarquer de la mauvaise façon en provoquant un “blackout radio” à plusieurs endroits du globe.

Très sommairement, les éruptions solaires ne sont ni plus ni moins qu’une grosse émission de lumière particulièrement intense. Mais elles peuvent aussi être associées à ce qu’on appelle des éjections de masse coronale. Lors de ces événements, du matériel constitué de particules chargées est catapulté à grande vitesse dans une direction précise.

Parfois, ces éruptions peuvent filer droit vers la Terre. Mais fort heureusement, notre planète dispose de son propre bouclier, à savoir le champ magnétique terrestre. Ce flux de plasma solaire s’écrase donc au niveau de la haute atmosphère, ce qui peut parfois donner lieu à des aurores.

Mais si elles n’ont aucune conséquence concrète l’archimajorité du temps, les plus puissantes d’entre elles peuvent tout de même avoir des effets perceptibles. Non pas directement sur les humains, mais sur les installations électriques et équipements électroniques. Et c’est exactement ce qui s’est passé le mois dernier, puis pendant le week-end de Pâques.

Des éruptions solaires de classe X

Des aviateurs, marins et opérateurs radio ont constaté des effets de propagation inhabituels à des fréquences inférieures à 30 MHz” en Amérique, rapporte le site spécialisé SpaceWeather.com mercredi 30 mars, quelques heures après l’événement en question. Et à Pâques, SpaceConnect a également rapporté des événements similaires en Asie du Sud-Est et en Australie.

Heureusement, aucun accident n’est à déplorer suite à cet incident; aucun bateau n’a coulé, et aucun avion ne s’est écrasé. Mais si ce projectile a réussi à transpercer le bouclier magnétique de la Terre, c’est qu’elle était particulièrement intense.

Les éruptions solaires sont classées à l’aide d’une nomenclature un peu particulière. Elle commence par une lettre (A, B, C, M ou X) qui désigne la catégorie de puissance. A désigne les plus petites; à l’opposé, X désigne les éruptions les plus violentes. La définition officielle explique qu’elles ont le potentiel pour “déclencher des blackouts radio à l’échelle de la planète et des tempêtes de radiations prolongées“.

Cette lettre est assortie d’un chiffre qui désigne la taille de l’éruption ans cette catégorie. Plus le chiffre augmente, plus elle est violente. A noter qu’il s’agit d’une échelle logarithmique, comme l’échelle de Richter qui classe les séismes.

Ici, il s’agissait respectivement d’éruptions de classe X1.3, puis X1.1. Nous avons donc eu affaire à deux événements certes très puissants, mais à l’amplitude relativement modérée. Et c’est tant mieux. Car l’Histoire nous a déjà prouvé que le scénario aurait pu être beaucoup plus rude, voire potentiellement catastrophique. Pour l’illustrer, on peut se pencher sur la tempête solaire la plus violente de l’histoire, baptisée Événement de Carrington en hommage à l’astronome anglais qui l’a étudié.

Une piqûre de rappel bien méritée

L’événement a eu lieu en 1859. À cette époque, Carrington a repéré des taches solaires anormalement grandes. En continuant de les observer, il a fini par repérer deux flashs extrêmement intenses; sans le savoir, il venait d’assister en direct à la plus grosse éruption solaire jamais documentée.

Lorsque l’éjection de masse coronale correspondante a frappé la Terre 17 heures après les flashs, elle a commencé par provoquer des aurores absolument spectaculaires qui ont illuminé le ciel jusqu’aux Caraïbes, alors qu’elles se cantonnent habituellement aux régions polaires. Certains observateurs de l’époque ont même rapporté qu’il était possible de lire son journal en pleine nuit, à la seule lueur des aurores !

Le spectacle a dû être absolument saisissant… mais on peut aussi affirmer sans le moindre doute que l’humanité l’a échappé belle. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que cet événement aurait eu des conséquences très, très différentes s’il avait eu lieu aujourd’hui. En effet, une étude de 2004 a depuis estimé que l’Événement de Carrington était une éruption solaire de classe… X10+.

C’est un chiffre absolument colossal, et il suffit de rappeler l’analogie avec l’échelle de Richter pour s’en convaincre; chacun se souvient encore parfaitement du bilan terrifiant des deux derniers séismes à avoir atteint un score de 9 (Sumatra en 2004 et Sendai en 2011) sur cette échelle.

La vidéo ci-dessous, qui compare une simulation de cet événement avec les données d’une éruption modérée de 2006, permet d’apprécier l’ampleur invraisemblable du flux de particules; certains chercheurs ont estimé que cet événement a dégagé autant d’énergie que 10 milliards de bombes atomiques cumulées…

Autant dire qu’en 1859, ce vent solaire s’est comporté comme un véritable bélier cosmique lancé à pleine vitesse vers notre planète. À l’impact, il a temporairement enfoncé le champ magnétique terrestre, ce qui a eu pour effet de diminuer la protection contre les particules ionisées du vent solaire… avec tout ce que cela implique pour l’électronique.

Le réseau télégraphique a été mis à mal avec de nombreux incendies spontanés sur l’ensemble du réseau; de nombreux opérateurs ont même été victime de violentes décharges électriques. Et pourtant, en 1859, les installations électriques encore nettement moins développées qu’aujourd’hui; le télégraphe lui-même n’était âgé que d’une vingtaine d’années. Imaginez donc les conséquences d’un scénario de ce type aujourd’hui…

Un risque bien réel pour l’infrastructure et les équipements

C’est une perspective assez terrifiante pour bien des raisons. La première, c’est que l’électricité est devenue non seulement omniprésente, mais aussi indispensable à la civilisation telle qu’on la connaît. Si le réseau et en particulier certains satellites ou systèmes informatiques critiques était endommagé à grande échelle, il pourrait en résulter un chaos encore jamais vu dans notre société moderne.

Cela pourrait provoquer des problèmes dans des infrastructures critiques. Heureusement, les acteurs concernés font tout leur possible pour les protéger d’une telle éventualité. Mais le risque serait tout de même considérable pour des centrales électriques, y compris nucléaires, des hôpitaux, des réseaux de communication, des services sanitaires comme le traitement de l’eau, les chaînes logistiques qui gèrent l’approvisionnement en ressources dont la nourriture…

L’autre souci, c’est que ces éruptions de ce genre ne sont pas une anomalie statistique qui survient tous les quelques millions d’années. Bien au contraire; même à l’échelle d’une vie humaine, il s’agit d’une possibilité très concrète. Une réalité qui s’est rappelée à nous en 2012, lorsqu’un nouvel événement de ce type est survenu.

Heureusement, l’éjection de masse coronale ne s’est pas approchée de la Terre; mais des scientifiques qui se sont intéressés à la question ont estimé qu’il aurait pu falloir des années pour s’en remettre si elle avait filé dans notre direction. Et aujourd’hui, cette épée de Damoclès reste toujours suspendue au-dessus de notre planète. Par conséquent, de nombreux programmes actuels travaillent déjà à développer des contre-mesures.

Plusieurs approches sont explorées pour protéger nos infrastructures d’un événement de ce type, mais pour le moment, l’humanité semble relativement mal préparée à répondre à un incident de ce type. Sans paniquer outre mesure, il va donc falloir espérer que notre étoile ne fasse pas trop de caprices à l’approche du prochain pic d’activité solaire, prévu entre 2023 et 2026.

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