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Une faille de sécurité permet de “voir” à travers les murs grâce au Wi-Fi

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Un réseau Wi-Fi, un petit drone, et 20 $ de matériel : c’est tout ce dont un attaquant a besoin pour savoir ce qui se passe de l’autre coté d’un mur.

Dans des travaux repérés par Interesting Engineering, une équipe de recherche basée à l’université de Waterloo, au Canada, a récemment mis en évidence une faille de sécurité qui pourrait permettre à une personne mal intentionnée de suivre les déplacements de certains objets — et par extension, des personnes qui les portent — à travers un mur.

L’appareil, baptisé Wi-Peep, est un petit circuit imprimé muni d’une interface Wi-Fi et de quelques autres capteurs tout ce qu’il ya de plus courants. Les chercheurs expliquent que l’ensemble du matériel nécessaire coûte moins de 20 $. Un prix quasiment négligeable compte tenu de ses capacités; il est en effet capable de « voir à travers les murs » en se servant d’un réseau Wi-Fi.

Lorsqu’un réseau de ce genre est contacté, l’appareil en question ne peut s’y connecter que s’il est authentifié — si l’utilisateur dispose du mot de passe, en somme. Mais dans le cas contraire, le réseau ne reste pas complètement muet pour autant. Il renvoie quelques bribes de données en retour, notamment pour indiquer que l’authentification a échoué.

Exploiter les réponses innocentes d’un réseau

Et c’est ce comportement, surnommé « politesse du Wi-Fi », que les chercheurs canadiens ont réussi à exploiter. Ils ont monté leur Wi-Peep sur un petit drone standard. En se déplaçant le long de la façade d’un bâtiment, il bombarde tous les points d’accès du réseau de requêtes. Et puisqu’il ne dispose bien évidemment pas du mot de passe, il reçoit donc des tas de réponses négatives.

Il mesure alors le temps de réponse associé à chaque signal collecté à partir d’un endroit différent; Wi-Peep peut ainsi procéder à de la triangulation. Cela permet à l’attaquant de déterminer la position physique de chacun de ces appareils. Le résultat n’est pas exceptionnellement précis. Mais il permet tout de même de localiser des objets avec une marge d’erreur de l’ordre du mètre. Et ce, même à travers un mur parfaitement opaque et assez épais.

© University of Waterloo

Cela pourrait permettre à des personnes malveillantes d’ausculter un domicile à la recherche de certains objets de valeur. On peut par exemple citer des TV connectées ou des ordinateurs portables. De plus, l’intrus potentiel pourrait aussi repérer certains systèmes de surveillance et d’alerte rudimentaires; on trouve des kits de ce genre un peu partout dans le commerce, et ils sont souvent très mal sécurisés.

Un système analogue pourrait permettre de suivre des personnes physiques à la trace. « Avec une technologie similaire, il serait possible de suivre les mouvements des vigiles dans une banque en suivant leurs smartphones ou leurs montres connectées », décrit Ali Abedi, auteur principal de l’étude.

Une faille pas forcément critique, mais tout de même significative

Ce qui est préoccupant, c’est qu’il s’agit d’un système facile à mettre en place. Il est possible d’acheter un drone rudimentaire pour quelques dizaines d’euros, et les 20 $ de composants nécessaires à la construction d’un Wi-Peep ne sont pas non plus un obstacle. De plus, la partie logicielle est suffisamment triviale pour que n’importe quel programmeur avec un minimum d’expérience puisse concevoir un équivalent et l’exploiter à des fins délictueuses.

Cette faille n’est pas absolument critique, puisqu’en pratique, les drones grand public auront bien du mal à s’approcher d’une infrastructure sensible sans attirer l’attention. De plus, les réseaux des bâtiments importants sont généralement bien protégés ; il n’y a donc quasiment aucun risque qu’un Wi-Peep puisse écouter aux portes de l’Élysée ou d’une centrale nucléaire, par exemple.

Mais à plus petite échelle, il s’agit tout de même d’une vulnérabilité assez significative. « Au niveau fondamental, nous devons réparer cette vulnérabilité de façon à ce que nos appareils ne répondent plus systématiquement aux étrangers », explique Abedi.

Malheureusement, elle ne pourra pas être véritablement colmatée à court terme, car le comportement exploité par le programme fait partie intégrante du fonctionnement des réseaux Wi-Ficlassiques. Les chercheurs canadiens espèrent donc que les ingénieurs tiendront compte de leurs découvertes à l’avenir. « Nous espérons que notre travail contribuera à la conception de la prochaine génération de protocoles Wi-Fi », suggère Abedi.

En attendant, l’équipe de recherche a tout de même proposé une contre-mesure. Les auteurs de l’étude expliquent que les fabricants de puces Wi-Fipourraient introduire des variations aléatoires du temps de réponse, ce qui diminuerait grandement la précision de la triangulation — et donc l’intérêt pratique de cette attaque.

Reste à voir si les fabricants tiendront compte de ces travaux lors du déploiement du Wi-Fi7, qui devrait commencer en 2024.

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