La péninsule coréenne est en ce moment le théâtre d’un conflit particulièrement étrange ; en ce moment, les deux voisins et rivaux du Nord et du Sud s’affrontent non pas avec des soldats et des missiles, mais avec… des ballons chargés d’objets particulièrement insolites.
Cette drôle d’affaire a commence à faire les gros titres en Asie la semaine dernière. Dans la nuit du mardi 28 au mercredi 29 mai, des militaires sud-coréens ont remarqué que plusieurs centaines de gros ballons blancs gonflés à l’hélium avaient traversé la zone démilitarisée sous haute tension qui sépare les deux territoires. Ces « objets non -identifiés » ont été pris très au sérieux par les autorités, certes habituées aux provocations du Nord, mais déterminées à faire valoir le principe de précaution. Après tout, personne ne savait ce que ces ballons transportaient ; pourraient-ils contenir des armes biologiques, par exemple ?
Des ballons chargés de détritus
Eh bien… tout dépend de votre interprétation. Une fois les ballons arrivés au sol, la Corée du Sud a pu constater qu’ils étaient chargés d’immondices en tout genre, comme des déchets domestiques et du papier toilette. Certains rapports mentionnent même des excréments.
Une farce de très mauvais goût qui, sans surprise, a fait monter le gouvernement au créneau. « Les actions de la Corée du Nord violent clairement la loi internationale et menacent la sécurité de nos citoyens », a déclaré un cabinet de représentants du gouvernement. « Toute responsabilité découlant des ballons nord-coréens incombe entièrement à la Corée du Nord, et nous avertissons fermement la Corée du Nord qu’elle doit immédiatement mettre fin à ses actions inhumaines », cite CNN.
Une réponse aux actions des transfuges
Les représentants du Nord, en revanche, ont une lecture très différente de la situation. Kim Yo Jong, la jeune sœur du dirigeant Kim Jong Un qui occupe le poste de directrice adjointe du département de la publicité et de l’information du régime, a estimé que ces actions relevaient de la « liberté d’expression », tout en se moquant de la réaction sud-coréenne. « Nous avons fait quelque chose qu’ils font régulièrement de leur côté », a-t-elle déclaré dans un communiqué de l’agence de presse nationale KCNA. « Je ne sais pas pourquoi ils en font toute une histoire, comme si une pluie de feu s’était abattue sur leur pays », a-t-elle minimisé.
Il s’agit d’une référence aux actions de certains activistes du Sud, et notamment des défecteurs du Nord qui cherchent à donner à leurs anciens compatriotes un aperçu de la vie en dehors de cette dictature quasiment hermétique. En effet, ces groupuscules ont l’habitude d’utiliser des ballons pour disséminer des brochures de propagande ainsi que des clés USB remplies d’émissions radio, de films, de séries, ou encore d’articles de presse de l’autre côté de la frontière. Du matériel strictement prohibé dans le pays de Kim Jong Un, qui veut absolument isoler sa population de l’influence sud-coréenne.
Et d’après l’agence de presse Yonhap, ce nouvel épisode a motivé les activistes du FNKM, un groupe constitué de transfuges qui ont fui la dictature pour se réfugier au Sud, à remettre le couvert. Ses membres ont décidé de répondre au dernier “bombardement” en expédiant à nouveau des centaines de clés USB remplies de célèbres chansons de K-pop et de séries télévisées de type K-drama.
« L’ennemi du peuple Kim Jong Un a envoyé de la saleté et des déchets aux citoyens sud-coréens. Mais nous, les transfuges, envoyons de la vérité et de l’amour à nos compatriotes ! », expliquait un poster tenu par un activiste dans une photo récente.
Un conflit insolite aux conséquences très sérieuses
Le côté insolite de ce conflit par ballons interposés pourrait prêter à sourire ; mais le gouvernement du Sud prend tout de même la situation très au sérieux. Pour rappel, cette pratique a été formellement interdite par le Parlement en 2020, par crainte que ces provocations ne compliquent encore davantage les relations déjà très tendues entre les deux voisins. Une décision compréhensible, dans un contexte où l’État ermite a multiplié les tests de missiles balistiques ces dernières années.

Mais malheureusement, ces nouveaux échangent de ballons semblent avoir fait déborder le vase. Selon Reuters, le président sud-coréen Yoon Suk Seol a récemment décidé de suspendre un accord signé en 2018 qui visait à réduire les tensions autour de la frontière. Ce texte prévoyait notamment l’arrêt des exercices d’artillerie et des haut-parleurs qui diffusaient des réclames anti-Kim Jong-un autour de la zone démilitarisée. La suspension de l’accord signifie que ces activités pourraient reprendre de plus belle, ce qui provoquerait assurément une réaction beaucoup plus vive de la part du Nord… et ainsi de suite.
Espérons donc que la situation ne va pas dégénérer ; il serait vraiment regrettable que tous ces efforts diplomatiques volent en éclat à cause d’un déluge de papier toilette…
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on va tous les mettre d’accord en leur envoyant des clés avec du Juliette Armanet, y vont comprendre à quel point c’est pas facile de vivre en France.
ou alors des clefs avec du Amanda Lear… 🙂