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Samsung verse 290 000 euros de prime à ses salariés pour éviter la grève de l’IA

Samsung a évité une grève de 18 jours en accordant 290 000 euros de prime moyenne à 78 000 salariés de sa division puces. Derrière l’accord, une fracture interne entre les gagnants et les oubliés du boom de l’IA.

290 000 euros de prime annuelle en moyenne pour 78 000 salariés. C’est l’accord que Samsung Electronics vient de conclure avec sa confédération syndicale, mercredi 21 mai, après des négociations de dernière minute qui ont évité une grève de 18 jours. Les salariés votent sur le texte depuis ce vendredi. Derrière le chiffre spectaculaire, une situation qui dit beaucoup sur ce que le boom de l’IA est en train de faire aux grandes entreprises tech.

Comment en est-on arrivé là ?

Le conflit est survenu sur fond de boom de l’intelligence artificielle, qui a dopé l’activité de Samsung dans les puces mémoires. L’entreprise a vu son bénéfice d’exploitation du premier trimestre bondir d’environ 750 % sur un an, tandis que sa capitalisation boursière a dépassé début mai un seuil historique. Quand les profits explosent à ce rythme, la question de leur distribution devient inévitable, et les syndicats ne l’ont pas laissé traîner.

La prime prévue représente environ 12 % du bénéfice d’exploitation du département des puces mémoires, et sera versée principalement en actions. C’est un mécanisme d’intéressement direct aux profits générés par l’IA, pas une augmentation de salaire de base. La nuance compte.

Le problème que l’accord crée en le réglant

Samsung n’est pas une entreprise monolithique. C’est un groupe avec des divisions aux performances très inégales. L’accord entérine les écarts entre les salariés du département des puces, qui bénéficieront des nouvelles primes, et ceux des autres sections, écrans, téléphones, électronique grand public, dont les bénéfices d’exploitation stagnent ou reculent. Autrement dit, cela résoudre la crise sociale dans la division puces mais cela créer une nouvelle tension avec les 200 000 autres salariés du groupe qui regardent leurs collègues toucher 290 000 euros de prime pendant que leur division perd de l’argent.

C’est exactement la fracture que le boom de l’IA est en train d’ouvrir partout car une partie de l’entreprise devient extrêmement rentable grâce aux semiconducteurs et aux data centers, pendant que les autres divisions, plus exposées à la concurrence chinoise, à la stagnation du marché des smartphones, aux aléas de l’électronique grand public, naviguent dans des eaux difficiles.

L’accord n’est pas encore signé

Deux obstacles subsistent. Un collectif d’actionnaires individuels s’oppose à l’accord, jugeant les dispositions illégales faute de feu vert de l’assemblée générale, et se dit prêt à saisir la justice pour le bloquer. Si les actionnaires obtiennent gain de cause, Samsung devrait soit convoquer une assemblée extraordinaire, soit renégocier les termes.

L’autre pression vient du gouvernement sud-coréen lui-même. Le président Lee Jae-mung, connu pour ses positions en faveur des travailleurs, s’est montré extrêmement prudent sur ce dossier. Le gouvernement avait menacé d’enclencher un arbitrage d’urgence pour suspendre une éventuelle grève, et le 12 mai, son secrétariat avait évoqué la nécessité de réfléchir au partage de la manne de l’ère IA via un dividende national pouvant financer un revenu de base. Séoul regarde ce qui se passe chez Samsung comme un test grandeur nature de ce que la redistribution des profits de l’IA pourrait ressembler à l’échelle d’un pays.

Ce que ça préfigure

Samsung n’est pas un cas isolé. C’est le signal d’alarme le plus visible d’une question qui va se poser partout où les profits de l’IA se concentrent dans une seule division d’un groupe plus large. TSMC, SK Hynix, Micron, les grandes entreprises de data centers, toutes vont faire face à la même pression syndicale quand leurs salariés regarderont les chiffres de rentabilité de leur département et se demanderont quelle part leur revient.

290 000 euros de prime pour les ingénieurs de puces mémoires. Zéro pour ceux qui fabriquent des écrans. Le boom de l’IA crée des riches et des oubliés dans la même entreprise. C’est probablement l’un des défis sociaux les moins anticipés de la révolution en cours.

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