Coup dur pour C8. La chaîne du groupe Canal, régulièrement épinglée pour ses dérapages et ses manquements aux règles télévisuelles françaises, vient d’accepter un ultimatum aux airs de dernière chance. Afin d’éviter de nouveaux débordements de son présentateur star Cyril Hanouna, elle a annoncé ce mardi 9 juillet 2024, qu’elle était favorable à l’idée d’imposer un différé de quinze à quarante-cinq minutes à l’émission sur l’émission Touche pas à mon Poste. Une décision radicale, mais nécessaire pour la pérennité de la chaîne.
Des sanctions répétées, sans réelles conséquences
En imposant un différé à TPMP, C8 s’engage à “garantir la maîtrise de son antenne“, a déclaré Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+ France devant l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), fruit de la fusion entre le CSA et la Hadopi. Il faut dire que la chaîne est une habituée des directs non maîtrisés. Ces dernières années, C8 a fait l’objet de plusieurs condamnations suite aux dérapages de Cyril Hanouna, pour un total de 7,5 millions d’euros d’amende.
La dernière sanction en date remonte à moins d’un mois, alors que l’animateur vedette du groupe Canal avait présenté à tort des personnes handicapées comme des toxicomanes accros à la xylazine (surnommée drogue du zombie). Un peu plus tôt, en février 2023, il avait écopé d’une amende record de 3,5 millions d’euros, après avoir insulté le député (La France insoumise, LFI) Louis Boyard sur le plateau de son émission.
C8 pourrait perdre sa fréquence
Face à ces sanctions financières sans réelles conséquences sur les audiences, l’Arcom a dû sévir. Le gendarme de l’audiovisuel brandi depuis des mois la menace d’une confiscation de fréquence TNT pour la chaîne, ainsi que pour CNews, elle aussi sous l’égide du groupe de Vincent Bolloré. En effet, les fréquences TNT sont initialement attribuées gratuitement aux groupes, à condition évidemment de se plier aux règles imposées par l’Arcom. Cette dernière est d’ailleurs en mesure, si elle l’estime nécessaire, de retirer sa fréquence à une chaîne pour manquements graves. Cet ultimatum posé à C8 concernant la maîtrise de son antenne n’a donc rien d’anodin. Cette fois, la fréquence du groupe Canal pourrait vraiment être mise en danger.
À l’horizon 2025, quinze canaux de diffusion ont été remis en jeu par l’Arcom. Jusqu’au 17 juillet prochain, ce sont 24 candidats qui seront auditionnés pour tenter de récupérer une place laissée vacante. Si les fréquences déjà attribuées n’ont généralement aucun mal à obtenir leur propre succession, le cas de C8 et CNews fait débat depuis plusieurs mois. Plus tôt cette année, le rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les fréquences TNT, Aurélien Saintoul (LFI), avait écrit dans un bilan qu’il “ne comprendrait pas que les chaînes CNews et C8 puissent se voir en l’état renouveler leurs autorisations de diffusion“.
C’est donc avec l’espoir de calmer les tensions avec l’Arcom que C8 a consenti à imposer à TPMP un décalage sur son direct. Pas sûr que cela suffise à adoucir le courroux du gendarme de l’audiovisuel.