C’était un pari audacieux et un symbole pour Mercedes, transformer l’icône brute et vrombissante du tout-terrain, le Classe G, en un ambassadeur silencieux de l’ère électrique. Sur le papier, l’idée avait de quoi séduire les amateurs de gestes forts. Mais près d’un an après son lancement en grande pompe, la réalité du marché est brutale. Le G 580 EQ, version 100 % électrique du baroudeur de luxe, prend la poussière dans les concessions.
En coulisses, les langues se délient : « La voiture reste en concession comme une brique, c’est un flop complet », lâche un cadre de Mercedes au quotidien allemand Handelsblatt. Un autre manager tempère à peine, le qualifiant de « modèle de niche aux volumes très faibles ».
Les chiffres, froids et implacables, confirment ce constat amer. Fin avril 2025, seulement 1 450 unités du Classe G électrique avaient trouvé preneur en Europe. Dans le même temps, sa version thermique, forte de ses six ou huit cylindres, s’est écoulée à près de 9 700 exemplaires. Le mythe a la vie dure et le tableau est encore plus sombre sur les marchés clés : 58 ventes en Chine, 61 en Corée du Sud… et pas une seule livraison enregistrée aux États-Unis.

Officiellement, le constructeur se veut rassurant, affirmant que les ventes sont « conformes au plan ». Une communication de façade qui peine à masquer une déception palpable en interne.
Les raisons d’un pari manqué
Alors, pourquoi la clientèle boude-t-elle ce mastodonte à batteries ? La première raison est sans doute son positionnement. Affiché à un tarif de départ avoisinant les 180 000 euros en France, il se heurte à une concurrence… interne. Même s’il faut faire un effort financier supplémentaire, les clients historiques peuvent s’offrir la légende, la vraie : le G 63 et son V8 expressif. Alors oui, il y a un malus écologique de 70 000 euros sur les versions thermiques et cela alourdit considérablement la facture… mais cela ne semble pas être un obstacle insurmontable face au désir d’exclusivité et de caractère. Surtout dans cette gamme et pour un modèle de ce genre.
Outre le tarif, la fiche technique fait aussi grincer des dents. Pour électrifier son icône sans renier son design de coffre-fort sur roues, Mercedes a fait des compromis lourds. Littéralement. Avec près de 3,1 tonnes sur la balance, le G électrique voit sa charge utile limitée à seulement 415 kg et, comble pour un tel véhicule, se voit priver de la possibilité de tracter une remorque.

Si ses capacités en tout-terrain impressionnantes, grâce à ses quatre moteurs indépendants, lui permettant de tourner sur place comme un char, son autonomie fond comme neige au soleil. Les 473 km promis en cycle WLTP se transforment difficilement en plus de 200 km sur autoroute. Un détail qui pèse lourd face à l’image de robustesse et de polyvalence sans faille du Classe G originel.
Un virage stratégique en perspective
Cet échec cuisant est symptomatique des difficultés de Mercedes dans sa transition électrique. L’approche « Electric only », qui visait à ne vendre que des véhicules électriques d’ici la fin de la décennie, a été mise au placard. Les ventes des autres modèles de la gamme EQ patinent, et même le marché global du luxe électrique montre des signes de faiblesse.
La leçon semble avoir été retenue et le revers du Classe G électrique pourrait forcer Mercedes à revoir ses plans pour l’avenir, à commencer par le très attendu « petit Classe G » prévu pour 2027. Annoncé comme exclusivement électrique, il pourrait finalement, selon les informations du Handelsblatt, se voir doté d’une motorisation thermique. « La question est à l’étude », confie une source interne.
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