Branle-bas de combat chez le géant du porno. Depuis hier, les sites Pornhub et Youporn sont de nouveau accessibles en France. Cette réouverture fait suite à la suspension, par le tribunal administratif de Paris, de l’arrêté imposant une vérification stricte de l’âge des utilisateurs sur les plateformes pornographiques situées dans l’Union européenne. Une décision qui relance un affrontement juridique et politique majeur entre l’industrie du X, les autorités françaises et les défenseurs de la protection des mineurs.
Une suspension qui fait polémique
On en parlait il y a quelques heures. L’arrêté suspendu, entré en vigueur début 2025, imposait aux sites pornographiques européens de mettre en place des dispositifs robustes de contrôle de l’âge, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu’au blocage ou au déréférencement par l’Arcom. Cette obligation, issue de la loi SREN de mai 2024, visait à endiguer l’accès massif des mineurs à la pornographie en ligne.
Mais le tribunal administratif, saisi par la société Hammy Media (propriétaire de Xhamster), a jugé en référé que l’arrêté soulevait un “doute sérieux” quant à sa compatibilité avec le droit européen, notamment sur la libre prestation de services et la protection des données personnelles. En conséquence, l’obligation de vérification est suspendue jusqu’à un jugement sur le fond, permettant la réouverture des sites concernés.
Le gouvernement contre-attaque
Le gouvernement français, par la voix de la ministre chargée du Numérique, Clara Chappaz, a immédiatement annoncé un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État, espérant rétablir au plus vite l’obligation de contrôle d’âge. Cette bataille judiciaire s’inscrit dans une série de contentieux opposant depuis plusieurs années autorités publiques, associations de protection de l’enfance et plateformes X, ces dernières multipliant les recours pour échapper à des obligations jugées intrusives ou techniquement inadaptées.
Pornhub jubile
Le groupe Aylo, propriétaire de Pornhub, Youporn et Redtube, avait choisi de rendre ses sites inaccessibles en France dès le 3 juin 2025, dénonçant une réglementation jugée “dangereuse pour la vie privée” et difficilement applicable. Malgré la mise en place d’un référentiel technique français, élaboré par l’Arcom et validé par la CNIL, sur le principe du double anonymat, Aylo plaide pour une vérification de l’âge opérée au niveau des systèmes d’exploitation des appareils, afin d’éviter la collecte répétée de données sensibles et les risques de contournement par VPN.
Sur ses sites, Aylo ne cache pas sa victoire. La fenêtre pop-up “Avez-vous plus de 18 ans” est de retour, et le géant du porno s’est fendu d’un communiqué de presse public, appelant les autorités à comprendre que “les contenus pour adultes existent sur des centaines de milliers de sites Internet, et pas seulement sur les 17 désignés par l’arrêté ministériel du 26 février 2025“.
Un débat européen
La France n’est pas isolée dans cette démarche : d’autres pays européens, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, imposent également des restrictions d’accès aux sites X pour les mineurs. Au niveau communautaire, la Commission européenne a ouvert une enquête contre plusieurs plateformes soupçonnées de ne pas prendre de mesures suffisantes pour protéger les mineurs, et travaille à une harmonisation des pratiques.
Au-delà de la seule question technique, le débat met en lumière des enjeux majeurs : la protection des mineurs face à une exposition précoce à la pornographie, la préservation de la vie privée des internautes adultes et la responsabilité des plateformes dans la régulation des contenus sensibles. Avec sept millions de visiteurs quotidiens en France revendiqués par le groupe Aylo, l’issue de ce bras de fer aura des conséquences majeures pour l’écosystème numérique et la société dans son ensemble. En attendant la décision définitive du Conseil d’État, les sites Pornhub, Youporn et Redtube sont de retour en France.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.