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Pourquoi peut-on voir certains films en avance dans les avions ?

Avez-vous déjà remarqué qu’en avion, et surtout sur les vols long-courrier, certains films récemment sortis au cinéma sont déjà disponibles ? Malgré une législation française assez stricte au niveau des délais de sortie entre cinéma, vente physique et plateformes de streaming, certains films importants, et surtout récents, peuvent être visionnés gratuitement lors d’un vol.

Voici comment fonctionne le business du film entre les compagnies aériennes et les producteurs, et pourquoi des films qui n’ont pas encore quitté les cinémas sont diffusés en ce moment même à 10 000 mètres d’altitude.

La chronologie des médias en France

En France, les délais de diffusion entre plusieurs formats sont pris très au sérieux. Cela est dû à une politique qui vise à protéger les œuvres françaises et à allonger au maximum la durée de vie d’une production. Par conséquent, il existe des délais fixés entre une sortie au cinéma et sur les autres formats. Par exemple, un film sera disponible à la vente ou à la location VOD 4 mois après sa sortie au cinéma. Pour Netflix, il faudra attendre une quinzaine de mois. Pour la télévision, les délais peuvent atteindre 22 mois. A l’étranger, il existe des fenêtres de diffusion similaires, mais elles sont souvent définies au cas par cas, directement entre les producteurs et les diffuseurs.

Un délai raccourci en fonction de l’investissement dans les oeuvres françaises

Dans un effort de promotion du cinéma tricolore, la chronologie des médias est susceptible de connaître des changements et de permettre à certaines plateformes de diffuser des œuvres dans un délai raccourci. Dernier exemple en date : Disney+, qui, au lieu des 17 mois habituels, s’est vu offrir un délai raccourci de 9 mois en échange d’investissements plus importants dans le cinéma français. La plateforme s’est engagée à investir 25 % de son chiffre d’affaires net annuel généré en France pour financer des œuvres cinématographiques et audiovisuelles, européennes et françaises. Désormais, seul Canal+ bénéficie d’un délai encore plus court de 6 mois.

Une exception : l’avion

Si les règles sont si strictes et les accords si spécifiques, pourquoi peut-on tout de même retrouver des sorties récentes, et même des films qui n’ont pas encore quitté les salles obscures, lorsqu’on voyage sur un long courrier ? Les raisons sont multiples :

Tout d’abord, le concept de chronologie des médias est relativement ancien. Dès le début des années 80, les délais de diffusion entre cinéma et télévision sont réglementés. A l’époque, les écrans commençaient tout juste à être intégrés dans les avions, et les écrans individuels se sont généralisés seulement dans les années 90. La diffusion audiovisuelle était donc encore très limitée en vol. Il n’y avait pas non plus toutes les différentes plateformes et chaînes disponibles aujourd’hui. Les formats réglementés par la chronologie des médias étaient limités aux VHS et à la télévision.

A l’époque, l’avion n’était pas considéré comme un endroit qui pourrait rivaliser avec le cinéma. Le marché était bien plus restreint, les vols long-courrier moins fréquents, et les billets relativement chers. La chronologie des médias n’avait donc pratiquement aucune raison de s’attaquer à la diffusion de films en vol.

Un paysage juridique trop complexe

Un problème évident surgit lorsqu’on pense à la diffusion d’un film français dans l’avion : la chronologie cesserait-elle de s’appliquer une fois la frontière franchie ? Faudrait-il réadapter le catalogue en fonction de chaque pays survolé lors d’un long courrier ? Face à cette inconnue, les pouvoirs publics préfèrent ne pas intervenir et laisser les compagnies négocier leur catalogue avec les producteurs.

Comment sont choisis les films dans les avions ?

Sans chronologie des médias applicable, les compagnies aériennes sont libres de se procurer les droits auprès des producteurs pour diffuser des œuvres sur leurs écrans de vol. La compagnie va donc créer son répertoire en pensant à l’impact potentiel en termes de marketing, tout en respectant son budget. En effet, le catalogue proposé peut avoir une influence sur les ventes de billets d’avion : certaines compagnies misent sur un écran plus grand et un catalogue plus récent pour conquérir de nouveaux clients. Bien sûr, tout cela a un prix, et la licence d’un blockbuster mondial peut atteindre 100 000 euros pour une courte période de diffusion de quelques mois.

Avec des catalogues pouvant atteindre 300 films disponibles en même temps, le budget divertissement des compagnies est énorme. Emirates est celle qui mise le plus gros sur son catalogue : près de 2 000 films avec un budget pouvant atteindre 20 millions de dollars par an ! Une aubaine pour les producteurs, qui bénéficient d’un revenu supplémentaire tout en faisant la promotion de leurs films.

Pour une diffusion adaptée en vol, les compagnies veillent à proposer un catalogue susceptible de plaire à tous les passagers, tout en prenant la liberté de modifier certaines scènes moins adaptées à une diffusion à 10 000 mètres d’altitude (les crashs d’avion par exemple).

Une industrie en plein changement

Le futur du divertissement en vol sera fortement marqué par les nouvelles technologies. Le Wi-Fi est notamment en train de devenir un must pour les passagers, et beaucoup préfèrent avoir l’option de se connecter et choisir des contenus sur leurs propres plateformes plutôt que celle de l’avion. Air France, par exemple, a déjà commencé à déployer la technologie Starlink pour offrir une meilleure expérience de navigation à ses passagers.

Les compagnies aériennes pourraient en même temps abandonner progressivement l’écran individuel. Dans une logique de réduction des coûts, certaines compagnies ont déjà commencé à retirer les écrans des sièges, arguant que la grande majorité des passagers possèdent déjà leurs propres appareils.

On pourrait donc bientôt assister à l’abandon des écrans et du contenu préchargé au profit de nouvelles technologies plus immersives, et, par le biais de l’intelligence artificielle, plus personnalisées.

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