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Pour combattre la corruption, l’Albanie nomme le premier ministre IA au monde

Diella aura la lourde responsabilité de superviser objectivement les appels d’offres publics, un des principaux leviers utilisés par les politiciens corrompus.

Un nouveau ministre vient de prendre ses fonctions en Albanie, un pays tristement célèbre pour ses problèmes de corruption systémique. Selon Reuters, ce nouvel arrivant devrait être impossible à menacer, à soudoyer ou à faire chanter, et pour cause : il s’agit d’un ministre virtuel, et plus spécifiquement d’un agent conversationnel dopé à l’IA.

Cette entité, appelée Diella (« soleil » dans la langue locale), a été officiellement assignée au poste de Ministre d’État à l’Intelligence artificielle. Sa mission principale sera de prendre en charge toutes les décisions liées aux appels d’offres publics, ces procédures par lesquelles le gouvernement invite des entreprises à candidater pour des contrats financés avec l’argent du contribuable.

La décision est tout sauf anodine. Ces appels d’offres impliquent des sommes considérables dont la gestion est souvent laissée à l’appréciation des responsables du dossier ; il s’agit donc d’un des canaux de corruption les plus répandus dans le monde.

C’est particulièrement vrai en Albanie. Reuters explique notamment que plusieurs gangs majeurs utilisent ce canal pour blanchir de l’argent issu du trafic d’armes et de drogues. Le pays s’est donc régulièrement retrouvé dans le viseur d’institutions comme la Commission européenne ou Transparency International pour ces raisons.

Un ministre objectif et incorruptible

Les instigateurs du projet espèrent qu’en confiant les appels d’offres à une intelligence artificielle, ils pourront s’appuyer sur un arbitre totalement objectif, transparent et incorruptible pour éliminer les biais, les conflits d’intérêts et les pratiques douteuses.

« Diella est la première membre du gouvernement à ne pas être physiquement présente, mais à être virtuellement créée par l’IA », a déclaré le Premier ministre Edi Rama lors d’un discours cité par Reuters. Elle contribuera à faire de l’Albanie « un pays où les marchés publics sont totalement exempts de corruption ».

Quand l’IA se glisse dans la politique

L’idée de marier la politique et l’intelligence artificielle n’est pas totalement nouvelle. On se souvient, par exemple, qu’en mars 2024, le gouvernement anglais a annoncé son intention de confier certaines tâches administratives chronophages et redondantes à des agents IA, notamment pour réduire le nombre de fonctionnaires en chair et en os. Quelques mois plus tard, un parti politique indépendant a même présenté un candidat 100 % virtuel aux élections parlementaires.

Plus largement, de plus en plus de gouvernements s’appuient désormais sur des outils IA pour automatiser certaines tâches administratives, améliorer la transparence, détecter les fraudes et optimiser la prise de décision publique.

 

Révolution démocratique… ou fausse bonne idée ?

Mais jusqu’à aujourd’hui, personne n’avait encore osé confier des responsabilités aussi importantes à un agent IA. Les raisons de cette frilosité sont nombreuses : la question de la responsabilité en cas d’erreur, le problème de la sécurité des données sensibles, l’absence de cadre légal clair ou encore le risque que le système puisse prendre des décisions totalement aberrantes. Il n’est donc pas surprenant qu’aucun gouvernement n’ait osé franchir le pas jusqu’à présent.

L’expérience de l’Albanie constitue donc une grande première très audacieuse qui pourrait bien lancer un vrai changement de paradigme dans le domaine de la gouvernance – pour le meilleur et pour le pire.

En cas de succès, elle pourrait véritablement transformer le paysage politique de l’Albanie, en aidant le pays à résoudre un problème majeur qui a non seulement coûté cher aux citoyens, mais aussi compromis son entrée dans l’Union européenne. Mais en cas d’échec, elle pourrait également mettre en lumière les limites et les risques de confier de telles responsabilités à une intelligence artificielle.

Il sera fascinant de suivre les premiers pas de Diella, et de voir si elle réussira effectivement à assumer son rôle d’agent public incorruptible pour redorer le blason du pays.

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Source : Reuters

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