Passer au contenu

GTA va officiellement devenir le support d’un cours d’histoire aux États-Unis

Ce n’est pas une blague, les jeux GTA vont être étudiés à l’école, dès le mois de janvier 2026, soit, avant la sortie de GTA 6 !

Nous voilà désormais dans la dernière ligne droite de l’année 2025. Dans un monde parallèle, GTA 6, le prochain jeu de la saga Grand Theft Auto (et donc, le nouveau jeu de Rockstar Games), aurait dû sortir dans les prochaines semaines. Hélas, le 2 mai dernier, le report du titre a été annoncé et il faudra désormais faire preuve de patience jusqu’au 26 mai 2026. Dans le meilleur des cas.

Cela ne fait pas les affaires de nombreux studios de jeux vidéo, qui avaient déjà reporté leurs jeux prévus pour la fin d’année au printemps 2026, et qui se demandent désormais s’ils doivent de nouveau reporter leur production ou espérer que ce soit GTA 6 qui ait le droit à un nouveau décalage. Les joueurs et les fans, qui attendent le jeu depuis 12 ans, ne sont pas des plus ravis non plus. Parmi eux, nous retrouvons le professeur Olsson.

Ce dernier est un passionné de jeux vidéo. C’est également un professeur de l’Université du Tennessee. En avril 2024, il faisait le buzz sur le Net en étant le premier professeur à réaliser des cours d’histoire basés sur les jeux Red Dead Redemption de Rockstar. Cette année, avec la sortie de GTA 6, il comptait faire de même. Hélas, avec le retard du jeu, les projets du professeur Olsson vont être bouleversés, mais ne sont pas annulés pour autant.

GTA au programme de l’année scolaire 2026

Le professeur Olsson de l’Université du Tennessee comptait sur la sortie de GTA 6 cet automne pour lancer ses nouveaux cours d’histoire centrés sur le prochain jeu de Rockstar. Bien que ce nouveau programme soit toujours attendu pour janvier 2026, il va être un peu modifié à cause de l’absence du jeu vidéo le plus attendu de ces dernières années. Mais, dans tous les cas, ses étudiants pourront tout de même assister aux premiers cours universitaires d’histoire basés sur les jeux Grand Theft Auto. Ce qui est une première mondiale.

Le professeur Olsson a lui-même conçu les cours « Grand Theft America : l’histoire des États-Unis depuis 1980 à travers les jeux vidéo GTA ». Le principal objectif, à travers les jeux GTA, sera de montrer ce qu’il y a de bon et de mauvais dans la représentation de l’Amérique contemporaine : « Imaginez combien de vétérans de GTA ont reconnu des monuments de Los Angeles et de New York grâce à leurs heures passées à Los Santos et Liberty City ! Dans mon cours, je prends au sérieux la représentation fictive des États-Unis dans GTA : ses personnages, ses paysages urbains et ruraux, et ses intrigues. Et j’utilise cet univers comme cadre pour un cours d’histoire sérieux qui examine ce qui s’est réellement passé aux États-Unis au cours du dernier demi-siècle », explique le professeur Olsson.

Bien entendu, il faut bien comprendre que ces cours vont plus être portées sur l’histoire américaine que sur les jeux eux-mêmes, mais GTA fournit le cadre qui structure l’exploration du passé. Et c’est pourquoi ils sont un support idéal pour le professeur.

La série GTA se déroule de 1984 à nos jours. Avec les jeux Vice City Stories (qui se déroule en 1984) et Vice City (qui se déroule en 1986), Rockstar couvrait les USA des années 80. Avec GTA San Andreas (qui se déroule en 1992), c’était les années 90 qui étaient à l’honneur. Avec GTA Liberty City Stories et GTA III, le début des années 2000. Et enfin, avec GTA 4, GTA 5 et prochainement, GTA 6, ce sont les années 2010 et 2020. Ainsi, les jeux de la série Grand Theft Auto sont un support idéal pour parler de l’évolution des USA au cours des 50 dernières années.

« Je crois sincèrement que les années 1980 à aujourd’hui marquent une époque distincte et cohérente de l’histoire américaine. Si nous voulons comprendre les États-Unis divisés et inégaux d’aujourd’hui, nous devons nous pencher sur ce qui s’est passé à cette époque. Il y a 45 ans, les ardeurs politiques qui brûlent si fort aujourd’hui étaient bien plus modérées. La plupart des Américains s’informaient sur les trois chaînes de télévision – ABC, NBC et CBS – qui présentaient un discours très centriste sur des sujets controversés. En 1980, le salaire moyen d’un PDG était environ 25 fois supérieur à celui de ses employés de base ; aujourd’hui, c’est près de 400 fois plus. Il y a 45 ans, un peu plus de 5 % des Américains étaient des immigrés ; aujourd’hui, ce chiffre dépasse 15 %. Et la population carcérale américaine a quadruplé entre 1980 et 2005 ».

Propos du professeur Olsson lors d’une interview accordée à IGN.

Cours Grand Theft America Gta Histoire
© Art & Sciences

On est tout de même en droit de se demander, comment GTA pourrait être le support principal de vrais cours universitaires, pour raconter l’histoire des États-Unis contemporains ? En effet, GTA est une satire, le but principal est donc de grossir les traits, de se moquer et de ne pas coller totalement à la réalité. Et sur ce point, le professeur Olsson est bien conscient et souhaite d’ailleurs pointer du doigt certaines « erreurs » que GTA peut faire :

« Chaque jeu GTA dépeint une Amérique ravagée par la violence et la criminalité. C’est assez ironique, sachant que les homicides et les vols de voitures, par exemple, ont chuté de façon spectaculaire du début des années 90 jusqu’à la pandémie. Les jeux imaginent une Amérique largement dépourvue de banlieues et de circulation. (Avez-vous déjà visité Los Angeles ?) Ils présentent une société où la plupart des femmes semblent trouver leur principal emploi dans le commerce du sexe, et où les personnes de couleur sont souvent membres de gangs. On perçoit facilement les défauts (et la laideur) d’une telle représentation. Et que dire du fait qu’aucun véhicule ne semble avoir de serrures ? ».

En revanche, derrière la satire et la nécessité d’apporter de la nuance sur certains points, le professeur insiste sur le fait que les jeux Grand Theft Auto sont capables de montrer, de manière subtile, certains faits et évolutions importantes de la société américaine : 

« Los Santos, Liberty City et Vice City abritent chacune des ports à conteneurs animés – ce que 5 appelle « l’orifice du capitalisme américain » – souvent situés à proximité de zones industrielles rouillées. C’est tout à fait exact : aucune technologie n’a sans doute autant transformé l’Amérique d’après 1980 que le conteneur maritime, qui a facilité la délocalisation de l’industrie américaine à l’échelle mondiale. Il y a aussi les stations de radio de GTA, où se déroulent une grande partie des commentaires sociaux les plus percutants des jeux. Dans 4 (qui se déroule en 2008) et 5 (2013), on découvre un paysage médiatique très polarisé où des commentateurs politiques rivaux s’insultent mutuellement depuis des stations distinctes. Mais les talk-shows de l’époque de Vice City et de San Andreas sont très différents : ici, un assortiment de personnes excentriques débattent entre elles sur une seule station. C’est une référence intéressante (et peut-être involontaire !) à la manière dont Ronald Reagan a commencé en 1987 la déréglementation de la télévision et de la radio avec l’abrogation de la « doctrine de l’équité » de 1949, qui a ouvert la voie à des réseaux ouvertement partisans comme Fox News et MSNBC ».

Ainsi, à travers ses cours, le professeur Olsson montre à quel point Rockstar Games a réalisé un travail extrêmement minutieux et précis autour de l’écriture de ses jeux. Que ce soit dans la disposition de ses villes, ou les différentes radios qui occupent une place primordiale dans la licence GTA.

Au delà du contenu des jeux, le professeur compte bien s’appuyer sur les scénarios et les intrigues des différents GTA qui sont, là encore, ancrés dans l’histoire des États-Unis. L’exemple le plus marquant étant sans doute GTA San Andreas qui se déroule dans une période très sombre des USA et de la ville de Los Angeles :

« Le point culminant narratif du jeu survient lorsque ces policiers sont innocentés de leurs crimes, ce qui déclenche une vaste rébellion urbaine contre cette erreur judiciaire. « Los Santos va brûler ce soir », déclare un présentateur du journal télévisé dans le jeu, d’un ton menaçant. Il est probablement évident pour beaucoup que ce drame est une allusion aux émeutes de Los Angeles d’avril et mai 1992, l’un des tournants les plus marquants de l’histoire contemporaine des États-Unis, mais aussi un événement largement mal compris. Expliquer les origines et la signification de cette violente secousse est un objectif clé de mon cours. La plupart des gens voient les émeutes de 1992 comme une réaction instinctive au passage à tabac filmé de Rodney King, un automobiliste noir, et à l’acquittement quasi total des policiers inculpés. Mais cette explication manque de contexte, que San Andreas suggère en partie, mais dont une grande partie est absente du jeu. Immigration, maintien de l’ordre, capitalisme, drogue, politiques gouvernementales : autant de dilemmes majeurs de l’Amérique contemporaine. J’ai l’intention d’utiliser l’allusion de GTA à ces questions comme point de départ d’une histoire qui, je l’espère, sera originale et actuelle pour de nombreux étudiants ».

Malgré tous ces propos pleins de sens, cela semble assez difficile d’imaginer la série Grand Theft Auto être un support crédible pour la réalisation de vrais cours dans une université. Pourtant, là encore, le professeur Olsson vise juste.

Il confirme qu’il y a une cinquantaine d’années, cela aurait été impossible d’imaginer avoir des cours sur le rock’n’roll ou d’autres divertissements en raison de la réputation osée et osée de ces derniers. Il en est de même avec le jeu vidéo. En 2025, ce divertissement est désormais ancré dans la pop culture et il peut clairement être utilisé pour étudier. En revanche, le professeur confirme que toute la satire des jeux GTA n’est pas forcément drôle et que, dans ses cours, il n’exploite pas l’intégralité des jeux :

« Quant au manque de sérieux propre à GTA, j’y ai suffisamment joué pour me familiariser avec son humour cynique, irrévérencieux et cru. Parfois, c’est amusant ; souvent, non. Dans ma classe, j’évite les satires les plus odieuses du jeu. Je privilégierai les éléments qui évoquent le plus les grands paradoxes sociaux, culturels et politiques – et ils sont nombreux ».

Bien entendu, le professeur aborde également la question de la violence. Au cours des 28 dernières années, la licence GTA fut de nombreuses fois pointée du doigt en raison de son contenu et de son ultra-violence. Là encore, Olsson confirme que cette partie du jeu ne sera pas évoquée dans ces cours, car ce n’est pas le but :

« Il y a aussi la question de la violence nihiliste de GTA, qui a suscité de nombreuses controverses au cours de sa carrière. Je ne célèbre ni ne cautionne en aucun cas ce carnage numérique. En effet, le message principal de mon cours est profondément anti-violent, révélant l’humanité et les aspirations communes de tous les Américains. J’espère que les étudiants repartiront de ce cours avec la compréhension que les Américains sont divisés aujourd’hui parce que des forces puissantes profitent de cette division, et qu’un avenir plus harmonieux est possible ».

Hélas, pour le professeur Olsson et pour les élèves, GTA 6 ne pourra pas obtenir une place majeure dans ce programme d’étude. Le report du jeu au 26 mai prochain a forcément bouleversé les plans. En préparation depuis plus d’un an, ces cours devaient mettre en avant et laisser une place majeure à GTA 6. Malheureusement, Olsson a dû faire quelques changements pour pallier au décalage du jeu. En revanche, le professeur compte bien intégrer le titre dans son programme, quoi qu’il arrive !

« J’espérais au départ que ce serait un élément majeur ! J’ai commencé à planifier ce cours il y a plus d’un an, alors que la sortie de GTA 6 était prévue pour la fin de l’automne 2025 – pile au moment opportun pour le début de notre semestre en janvier 2026. Bien sûr, le récent report à mai 2026 a rendu cela impossible. Alors oui, c’est pour ça qu’on a eu un cours d’histoire universitaire sur GTA avant GTA 6 ! (J’espère vraiment que la sortie de GTA 6 ne tombera pas pendant la semaine des examens finaux de printemps, car je m’inquiéterais beaucoup de la concentration de mes élèves…) Je compte bien intégrer le nouveau jeu dans les prochaines versions du cours, mais pour l’instant, je vais devoir me fier aux anciens jeux. Heureusement, ça fait beaucoup de matière ».

Tout comme avec ses travaux sur Red Dead Redemption, le professeur Olsson devrait partager de nombreuses choses sur ses réseaux sociaux ( X/Twitter , Instagram et TikTok). N’hésitez pas à le suivre pour suivre cela. N’hésitez pas à lire également l’intégralité de son interview chez nos confrères d’IGN.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Mode