On ne l’avait pas vu venir. Cette semaine, Meta a réclamé l’abandon de poursuites judiciaires engagées par un tribunal de district américain. Le géant des réseaux sociaux est accusé d’avoir illégalement téléchargé des contenus pornographiques pour entraîner son système d’IA. La défense de l’entreprise repose sur une explication surprenante : elle assure que ces fichiers étaient en réalité destinés à un usage privé par ses employés. Malaise.
L’explication lunaire de Meta
En juillet 2025, Strike 3 Holdings, une maison de production et de distribution de contenu pour adultes, dépose une plainte historique contre Meta devant les tribunaux fédéraux de Californie. L’accusation est vertigineuse : le géant des réseaux sociaux aurait téléchargé illégalement plus de 2 400 films pour adultes via un réseau d’adresses IP fantômes reliées à l’entreprise. Selon la plainte, Meta aurait utilisé ces contenus pour entraîner ses modèles d’IA, notamment notamment Movie Gen et LLaMA. Le plaignant réclame aujourd’hui 350 millions de dollars de dommages et intérêts, rapporte le site de TorrentFreak.
Pour comprendre l’enjeu de l’affaire, il faut saisir comment fonctionne le peer-to-peer. En réalité, Meta n’aura pas directement utilisé les films pornographiques pour entraîner son IA (en tout cas, pas systématiquement). Contrairement à un téléchargement classique, le réseau peer-to-peer induit un échange bidirectionnel : plus vous partagez de fichiers, plus vous accédez rapidement aux autres. Strike 3 soupçonne Meta d’avoir utilisé le contenu adulte comme monnaie d’échange pour accélérer ses téléchargements massifs, et entraîner ses IA.
Le 30 octobre 2025, soit près de quatre mois après le dépôt de la plainte, Meta livre une défense pour le moins improbable : plutôt que de nier en bloc les accusations, l’entreprise reconnaît que du contenu adulte a bien pu être téléchargé via ses adresses IP. En revanche, elle assure que ces téléchargements n’étaient pas destinés à alimenter ou accélérer une IA. Il s’agirait de consommation purement “privée et personnelle“.
Selon Meta, les 157 films de Strike 3 identifiés avec certitude n’auraient représenté “qu’une demi-douzaine de titres par an, téléchargés de manière intermittente, un fichier à la fois”. L’entreprise invoque aussi le fait que ses conditions de service interdisent explicitement la génération de contenu adulte, contredisant logiquement l’idée que ce matériel aurait une quelconque valeur pour l’entraînement de ses IA. Reste que l’option de la monnaie d’échange reste valable. Aussi, à l’heure où OpenAI a confirmé que ChatGPT prendrait bientôt en charge les conversations explicites, il semble peu probable que Meta n’ait pas eu envie de suivre le même chemin.
L’argument chronologique, autant que la quantité de fichiers téléchargés, jouent pourtant en faveur de Meta : les téléchargements remontent à 2018, tandis que les recherches de Meta en vidéo générative et en modèles multimodaux ne démarrent sérieusement que quatre ans plus tard.
Qui est coupable ?
La question de la responsabilité est aussi l’un des axes de défense de Meta. L’entreprise affirme que des dizaines de milliers d’employés, de sous-traitants, de visiteurs et de tiers accèdent quotidiennement à son réseau d’entreprise. Attribuer ces téléchargements spécifiquement à Meta pourrait devenir très complexe à prouver devant un tribunal. Dans tous les cas, l’affaire témoigne de la difficulté de l’entreprise à sécuriser et surveiller ses serveurs internes.
Cette affaire ne tombe pourtant pas du ciel. Depuis des années, Meta navigue en eaux troubles concernant ses pratiques en matière d’entraînement d’IA. Il y a quelques années, l’entreprise était accusée d’avoir téléchargé 81,7 téraoctets de contenu piratés provenant de bibliothèques numériques pour entraîner ses modèles.
Coup dur pour Meta
Pour le moment, la justice fédérale doit trancher sur la finalité de l’affaire. Les magistrats accepteront-ils l’argumentaire selon lequel des employés ont simplement téléchargé de la pornographie sur leurs heures de travail ? Ou établiront-ils que Meta a orchestré à grande échelle le piratage de contenus illégaux pour faciliter l’apprentissage de ses algorithmes ?
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.