À première vue, tout va plutôt bien chez HP : les revenus progressent, même légèrement (+3,2 % sur l’année, +4,2 % au dernier trimestre). Pourtant, l’entreprise juge que la situation exige une nouvelle saignée. Entre 4.000 et 6.000 employés auront leur badge désactivé d’ici 2028. Le tout dans le cadre d’un programme « future-ready » qui, à défaut de préparer le futur des salariés, semble surtout préparer celui des coûts.
L’IA, meilleure amie des plans sociaux
Enrique Lores, le CEO, met en avant un argument devenu très pratique dans la Silicon Valley : l’IA. HP affirme que les nouveaux PC bardés de modèles génératifs ont « augmenté la productivité de 16 % ». Autrement dit, l’entreprise explique pouvoir faire plus… avec moins de monde. Les équipes les plus exposées sont celles du développement produit, des opérations et du support client, autant de métiers que les dirigeants espèrent désormais passer à la moulinette de l’IA.
HP a déjà économisé plus de 1,4 milliard de dollars grâce à sa restructuration en cours. Mais le groupe prévoit encore 650 millions de dollars de frais supplémentaires liés à ces nouvelles suppressions. Pendant ce temps, la division impression continue de s’éroder (-4 %), et la flambée du prix de la mémoire, qui représente 15 à 18 % du coût d’un PC, n’arrange rien. Les investisseurs, eux, ne semblent plus vraiment surpris : le titre reste chahuté, il perd 20 % sur un an, en montrant tout de même un petit regain depuis six mois. L’annonce de milliers de licenciements a malheureusement tendance à booster une action en Bourse.
HP n’est pas seul à s’appuyer sur l’IA pour expliquer — ou habiller — des coupes massives. Salesforce, Amazon, Meta, Intuit, Klarna, Duolingo… La liste est longue, et les justifications se ressemblent : « l’IA change tout », « l’IA augmente la productivité », « l’IA remplace certains postes ». Chez Salesforce, Marc Benioff s’est même permis un surprenant « J’ai besoin de moins de têtes », phrase qu’on imagine peu dans un discours RH traditionnel !
Résultat : depuis janvier, le secteur tech totalise plus de 140.000 suppressions de postes, selon le cabinet Challenger, Gray & Christmas. Une hausse de 17 % sur un an. Une trajectoire qui colle parfaitement avec l’enthousiasme (des directions) autour de l’intelligence artificielle. Sauf que les spécialistes, eux, ne voient pas encore l’IA transformer les entreprises au point de rendre des milliers d’emplois réellement obsolètes. Il existerait en fait très peu de preuves que l’IA élimine aujourd’hui les postes au niveau annoncé, car l’intégration de cette technologie est complexe et elle demande du temps.
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