Pas de flambée brutale, pas de baril de pétrole en crise, juste une mécanique administrative et fiscale qui glisse dans les tarifs comme un engrenage discret. Au 1er janvier, plusieurs mesures vont se combiner pour faire grimper le prix du litre, et cette hausse n’a rien d’anecdotique car elle est structurelle, programmée, et quasiment impossible à éviter !
Le premier levier s’appelle CEE
Le CEE est un dispositif ancien, pensé pour encourager les distributeurs d’énergie à financer des économies de consommation chez les particuliers et les entreprises. Le principe paraît abstrait, mais l’effet est très concret, quand l’État renforce les obligations, les fournisseurs doivent acheter davantage de certificats, ce qui augmente leurs coûts. L’Union française des industries pétrolières estime que la nouvelle phase du dispositif, la cinquième période dite “P5”, entraînera un surcoût de quatre à six centimes par litre dès 2026. Total, Esso, Avia ou les indépendants pourront absorber une petite partie, mais une hausse à la pompe semble inévitable.
Cette progression n’a rien à voir avec le marché mondial du pétrole. C’est une hausse administrative, inscrite dans les textes, qui sera appliquée même si le baril se stabilise. Pour les automobilistes, c’est un signal assez clair, le prix à la pompe dépend autant de la régulation que des fluctuations internationales. Et dans un contexte de transition énergétique, le curseur fiscal ne s’oriente que dans un sens.
Le second levier est le Superéthanol-E85
Le second effet Kiss Cool touche un carburant devenu refuge pour des centaines de milliers de conducteurs, le Superéthanol-E85. Après des années de prix attractifs, souvent autour de 0,90 € le litre, ce carburant pourrait perdre son principal argument dès l’an prochain. Le projet de loi de finances 2026 prévoit en effet une hausse significative de la taxe qui lui est appliquée. Selon les premières estimations, si la mesure est retranscrite intégralement dans le prix final, le litre pourrait grimper de 40 à 50 centimes. Une bascule qui ferait voler en éclats l’avantage économique des véhicules flex-fuel ou reprogrammés pour l’E85.
Ce changement est majeur, car l’E85 a explosé en 2023 et 2024 avec plus de 500 000 boîtiers homologués installés, et une adoption massive dans les régions rurales et périurbaines. Son prix bas compensait en partie la hausse du SP95-E10 et du gazole, offrant une alternative crédible aux automobilistes à budget serré. En s’attaquant à cette niche, l’État reprend une marge fiscale importante, mais réduit aussi un amortisseur qui jouait un rôle réel dans le pouvoir d’achat.
Combinée à la hausse liée aux certificats d’économies d’énergie, l’addition de janvier 2026 pourrait donc être sensible. Une voiture essence classique verrait son plein augmenter d’environ deux à trois euros. Un conducteur roulant à l’E85 pourrait perdre jusqu’à la moitié de l’économie qu’il réalisait chaque mois. Et cette fois, aucune remise gouvernementale, aucun prix coûtant massif et aucune opération commerciale ne semblent à l’ordre du jour.
Ce changement intervient par ailleurs dans un climat déjà pesant. Le diesel continue de se renchérir à moyen terme à cause des capacités de raffinage européennes en tension et de la dépendance aux importations. L’essence reste volatile, au gré de la demande internationale. Et, en toile de fond, les réformes énergétiques s’accélèrent pour orienter progressivement les usages vers l’électrique, comme si les carburants fossiles n’étaient déjà plus un horizon durable pour l’État.
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