ITER aime décidément les machines XXL. Le chantier du réacteur expérimental de fusion nucléaire a présenté « Godzilla », le surnom donné à un robot industriel massif chargé de préparer une des opérations les plus délicates du programme : l’assemblage de la chambre à plasma du tokamak, la machine conçue pour produire de l’énergie par fusion nucléaire.
Des robots qui devront presque « sentir » les pièces
Installé dans le bâtiment de préparation du tokamak à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, ce robot affiche des dimensions dignes de son surnom : 4 mètres de haut, un bras de 5 mètres de long et une capacité de levage d’environ 2,5 tonnes. Ce qui en fait, selon ITER, le robot industriel le plus puissant actuellement disponible sur le marché.
Pour autant, Godzilla ne sera pas celui qui installera directement les composants les plus lourds à l’intérieur du réacteur. Certains éléments dépassent les 4 tonnes. Son véritable travail consiste plutôt à servir de laboratoire roulant pour mettre au point les outils et les technologies qui seront ensuite utilisés par les véritables robots d’assemblage.

Et il y a du travail : ITER doit installer près de 20.000 composants dans l’enceinte interne du tokamak. Des pièces souvent uniques, empilées sur plusieurs couches de systèmes, dans un environnement particulièrement encombré.
Pour réussir ce casse-tête industriel, ITER développe toute une panoplie d’outils spécifiques. Parmi eux, un « changeur d’outils » actuellement testé sur Godzilla. Ce système permettra aux futurs robots d’alterner rapidement entre différents équipements : bras de manutention, outils de soudure, systèmes d’inspection ou encore dispositifs de découpe. Plus de 30 outils différents seront nécessaires pendant l’assemblage.
Les équipes travaillent aussi à rendre ces robots beaucoup plus « sensibles » que les modèles industriels classiques. ITER explique que les futures machines disposeront d’un système de vision pour aligner précisément les outils sur leurs points de fixation, mais aussi de capteurs capables de mesurer les forces exercées sur les composants. « Dans cet environnement restreint et très dense, les sens de la vue et du toucher seront essentiels », explique Raphaël Hery, expert en robotique et télémanipulation chez ITER.
Godzilla commencera dès cette année à tester ces équipements sur des maquettes reproduisant les conditions réelles du tokamak. ITER prépare également une nouvelle organisation du travail : plusieurs équipes et robots travailleront en parallèle plutôt que d’attendre que chaque étape soit terminée avant de passer à la suivante. Une méthode qui permettra de réduire le temps global d’assemblage tout en limitant les risques liés aux opérations simultanées.
ITER vise toujours une montée complète en énergie magnétique vers 2036, avant les premières opérations utilisant du deutérium et du tritium en 2039. D’ici là, les robots auront encore largement le temps de s’échauffer.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.