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La Chine muscle sa fibre de carbone

Exclue pendant des années des fibres de carbone les plus avancées à cause des restrictions occidentales, la Chine affirme désormais produire en masse de la fibre T1200, un matériau ultrarésistant utilisé dans l’aéronautique, le spatial ou l’armement.

Dans l’industrie des matériaux composites, certaines références ressemblent presque à des trophées technologiques. La fibre de carbone T1200 fait clairement partie de cette catégorie. Et jusqu’à récemment, ce genre de produit restait surtout l’affaire du Japon et des États-Unis. Le groupe public chinois CNBM (China National Building Material Group) a présenté en mars dernier, lors du salon JEC World à Paris, ce qu’il décrit comme la première production de masse de fibre de carbone T1200 au monde.

Des avions aux taxis volants

Pour simplifier : plus le chiffre qui accompagne le « T » grimpe, plus la fibre résiste à la traction. La T1200 dépasse les 8 gigapascals de résistance, soit environ dix fois celle de l’acier classique, tout en restant beaucoup plus légère. Les filaments utilisés sont en outre extrêmement fins : moins d’un dixième de l’épaisseur d’un cheveu humain. La télévision publique chinoise CCTV affirme même qu’un câble de seulement deux millimètres d’épaisseur composé de ces filaments pourrait remorquer un autobus rempli de 54 passagers, pas un de plus.

Le plus frappant reste surtout la vitesse de progression chinoise. Les fibres de carbone haut de gamme figurent depuis longtemps dans les listes de technologies sensibles contrôlées par l’Arrangement de Wassenaar, un accord international auquel participent notamment le Japon et les États-Unis, mais pas la Chine.

Pékin a donc appliqué une méthode désormais bien connue : investissements publics massifs, recherche universitaire et grands groupes industriels travaillant main dans la main. Le même modèle utilisé pour les batteries ou les semi-conducteurs. La Chine n’a produit sa première fibre T300 qu’en 2008. Moins de vingt ans plus tard, elle affirme maîtriser la T1200. Selon les données citées par l’industrie chinoise des composites, le Japon aurait mis plus de quarante ans pour atteindre ce niveau technologique.

Si la fibre de carbone fascine autant les industriels, c’est parce qu’elle combine légèreté et résistance extrême. Ces matériaux sont déjà utilisés dans les avions de chasse, les missiles ou les satellites. Avec la T1200, les industriels espèrent alléger encore davantage les structures tout en augmentant leur robustesse. L’aviation civile surveille aussi ces avancées de près. Des appareils comme le Boeing 787 ou l’Airbus A350 utilisent déjà massivement des composites.

Le marché reste dominé par les acteurs historiques, notamment le japonais Toray Industries, leader mondial du secteur. La Chine regarde déjà plus loin : drones, réservoirs d’hydrogène, robots humanoïdes ou taxis aériens figurent parmi les usages possibles. La société spatiale chinoise Welight Technology exploiterait même une fusée composée à environ 90 % de composites en fibre de carbone, avec un gain de poids pouvant atteindre 30 % face à des structures métalliques classiques.

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