Si vous lisez ces quelques lignes, vous avez probablement déjà les yeux rivés sur Las Vegas, là où le CES 2026 bat actuellement son plein. La grand’ messe annuelle où l’on présente à tour de bras des frigos connectés futuristes, des écrans OLED vendus comme révolutionnaires, des robots en pagaille (aspirateurs ou domestiques), mais également des bagues connectées et autres dispositifs de suivis de santé qui vous promettent monts et merveilles. Tout le secteur parade sous ses plus beaux atours, y compris celle de la Health Tech drapée dans sa cape de vertu ; comprenez-les, ces entreprises se soucient de votre bien-être physique et moral !
C’est beau, ça brille, c’est clinquant comme un casino du Strip, et c’est surtout une future catastrophe industrielle que personne n’a envie de voir sous les néons blafards des centres d’exposition. Le 31 décembre dernier, pendant que vous débouchiez le champagne, des chercheurs des universités Cornell et Chicago publiaient dans la revue Nature cette étude qui a jeteé un froid polaire sur le secteur de la tech. Si vous avez un penchant pour le masochisme et les projections apocalyptiques, tenez la rambarde : vous allez être servis !
Les wearables médicaux : la tumeur de la planète à votre poignet
D’ici 2050, la demande pour ce genre de gadgets (bagues ou bracelets connectés, écouteurs, capteurs divers et variés, etc.). pourrait atteindre 2 milliards d’unités par an. Un bond délirant, puisqu’on parle d’une augmentation qui représente environ 4 200 % par rapport au marché actuel. Une explosion industrielle qui fera de nos poignets les complices d’un désastre écologique : un million de tonnes de rebuts électroniques que les générations futures devront se coltiner. Sans oublier les 100 millions de tonnes de CO2 qui seront relâchées dans l’atmosphère pour que ces objets soient fabriqués et arrivent dans nos magasins.
Certains fabricants (suivez notre regard vers Cupertino) aiment mettre en avant le fait qu’ils proposent des alternatives au silicone du bracelet de leurs montres. Ils aiment aussi montrer patte blanche en jouant les minimalistes sur le packaging, pour montrer à quel point ils sont sur la bonne route qui trace vers le zéro carbone. Ce n’est qu’une belle diversion, mise en place pour tromper le consommateur et rassurer sa petite conscience écologique.
Le vrai coupable est le cerveau que partagent tous ces appareils connectés : leurs circuits imprimés (PCB). Selon cette étude, cette plaque de silicium et de métaux précieux concentre, en moyenne, 70 % de l’empreinte carbone totale de ces dispositifs.
Pour que nous puissions recevior une notification nous enjoignant de « bouger plus » ou de « faire le total de vos 10 000 pas quotidiens » il a fallu éventrer des montagnes à l’autre bout du monde, extraire de l’or, du tantale ou du cobalt, le tout dans un cycle de fabrication ultra-énergivore que l’industrie refuse de remettre en question.
Les chercheurs de Cornell et Chicago ont encore le courage de proposer des alternatives : remplacer les minéraux rares par du cuivre, rendre les appareils modulaires pour ne changer que la coque et garder l’électronique… Des idées relevant du bon sens qui sont bien évidemment incompatibles avec notre addiction collective au jetable et l’obsolescence programmée qui sert de business model à quasiment tous ces géants. Alors, on fait quoi ? Peut-être est venu le temps d’assumer, puisqu’aucune de ces entreprises ne se pliera aux recommandations écologiques molles des gouvernements mondiaux. On continuera à porter notre montre ou bague connectée comme on porte une gourmette de plomb, en acceptant l’idée que notre bien-être individuel est le fossoyeur du bien commun de la partie la plus pauvre de l’humanité. L’industrie a sûrement gagné : elle nous a convaincus que notre santé valait bien plus quelques milliers tonnes de déchets toxiques lâchement abandonnés à l’autre bout du monde.
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