Le bras de fer s’intensifie entre Uber et l’URSSAF Île-de-France. L’organisme a lancé son offensive contre le géant du VTC fin 2024, en ciblant 71 000 chauffeurs actifs entre 2019 et 2022, présentés comme de simples indépendants, alors même qu’ils exerçaient ce qui s’apparente à une activité salariée. Selon les estimations, l’entreprise aurait “économisé” environ 1,2 milliard d’euros en cotisations sociales. Un chiffre auquel s’ajoute désormais 512 millions d’euros de majorations pour retard.
Du travail dissimulé chez les opérateurs VTC
La filiale néerlandaise d’Uber est notamment accusée d’avoir maquillé une relation employeur en simple plateforme de mise en relation. Derrière l’apparence d’une centrale de réservation, l’organisme de contrôle dénonce un lien de subordination clair : pouvoir de direction sur les courses attribuées, contrôle algorithmique de notation, sanctions par désactivation de comptes en cas de fautes… Ce n’est pas la première fois qu’Uber est dans le viseur des autorités. Dès 2015, l’entreprise était soupçonnée de travail dissimulé, procédure qui avait abouti à un redressement de plusieurs millions d’euros. En 2020, la Cour de cassation avait requalifié un chauffeur en salarié, jugeant son indépendance “fictive” en raison d’un pouvoir de contrôle similaire.
Uber conteste les accusations. Dans ses comptes 2024, la plateforme française mentionne des échanges “collaboratifs et transparents” avec l’URSSAF, alors que le modèle économique des plateformes numériques repose justement sur ce statut hybride. Les chauffeurs et chauffeuses VTC paient leurs cotisations via une auto-entreprise, évitant à Uber charges patronales et responsabilités sociales. Mais la jurisprudence évolue, plutôt en faveur des travailleurs.
Uber va devoir payer (très cher)
Avec 71 000 chauffeurs rien qu’en Île-de-France, une requalification généralisée des collaborateurs Uber sonnerait comme une explosion des coûts pour l’entreprise, avec des salaires minimums, des congés payés, et des droits sociaux. D’autant plus que l’affaire dépasse le simple cas Uber. Bolt, Heetch ou Deliveroo font face à des requalifications similaires en Europe. En Espagne, un jugement de 2024 a forcé Uber à salarier 5 000 chauffeurs.
Pour l’entreprise, la prochaine étape s’annonce tendue. Uber peut contester la décision de l’URSSAF devant le tribunal des affaires de sécurité sociale, mais la jurisprudence penche plutôt en sa défaveur. En attendant les taxis volants, Uber va devoir répondre de ses actes sur le sol français, et s’expliquer sur une situation qui crispe les pouvoirs publics depuis son implantation dans le pays. Rappelons aussi que pour les chauffeurs et les chauffeuses, principaux concernés par cette éventuelle mesure, la décision de l’URSSAF ne jouera pas forcément en leur faveur : s’ils gagnent des droits sociaux, la “paie” pourrait chuter à la fin du mois.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.