Un satellite, un faisceau laser et beaucoup d’ambition. Le 25 février, à Nicosie, l’opérateur Hellas Sat, le CNES, Thales Alenia Space et Safran ont officialisé un partenariat autour d’un système de communications optiques embarqué sur le futur satellite géostationnaire Hellas Sat 5. L’idée est simple sur le papier : transmettre des données non plus par ondes radio classiques, mais par laser, à travers l’espace et l’atmosphère. Une technologie dite « en espace libre » (FSO), capable d’offrir des performances très supérieures aux systèmes satellitaires actuels.
Le térabit par seconde depuis l’orbite
Au cœur du projet, le système SOLiS — pour « Service Optique de Liaisons Spatiales Sécurisées » — développé sous l’égide du CNES dans le cadre de France 2030. L’objectif affiché ne manque pas d’ambition : atteindre des débits « proches de 1 térabit par seconde ». Pour donner un ordre d’idée, les satellites de télécommunications traditionnels se situent aujourd’hui à quelques dizaines de gigabits par seconde. Le saut est donc conséquent. « En associant plusieurs longueurs d’onde, le système Solis permettra d’atteindre une performance inégalée », assure Alcino de Sousa, vice-président Télécommunications chez Thales Alenia Space.
Dans le détail, Thales Alenia Space fournira la charge utile optique embarquée sur Hellas Sat 5 ainsi que le système SOLiS. Safran, de son côté, développera une station sol pilote installée sur le téléport chypriote de l’opérateur. Cette station communiquera notamment avec FROGS, déjà exploitée par le CNES à l’Observatoire de la Côte d’Azur. Pour Lionel Suchet, directeur général délégué du CNES, faire voler et exploiter SOLiS avec Hellas Sat constitue « une étape majeure vers l’adoption des communications optiques pour des liaisons sol-espace à très haut débit ». Il ne s’agit plus seulement de recherche, mais de préparer de vraies applications.
Si l’on s’intéresse autant à ces faisceaux lumineux, ce n’est pas uniquement pour battre des records de vitesse. Le contexte géopolitique joue un rôle clé. Les câbles sous-marins et la fibre terrestre, piliers des échanges numériques intercontinentaux, sont régulièrement fragilisés, voire visés par des actes de sabotage.
Les partenaires du projet estiment que les liaisons optiques depuis l’orbite géostationnaire permettront de renforcer la résilience des réseaux. En cas d’incident sur les infrastructures terrestres ou océaniques, le satellite pourrait servir de relais sécurisé pour des transferts massifs de données sensibles : communications gouvernementales, liaisons vers des centres de données, ou encore solution de secours en situation de crise.
Autre bénéfice mis en avant : en augmentant fortement la capacité de transmission par satellite, cette technologie pourrait réduire le nombre d’engins nécessaires en orbite pour un même volume de données. Moins de satellites, c’est aussi un ciel un peu moins encombré.
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