Faut-il interdire une pratique qui n’existe pas encore réellement ? C’est la question qu’on se pose après avoir vu passer cette actualité concernant le “House Bill 2303”. Introduit dans l’État de Washington aux États-Unis, il s’agit d’un texte visant à interdire aux employeurs d’implanter des micropuces sous la peau de leurs salariés.
Le texte est plutôt clair, un employeur ne pourrait ni “demander, ni exiger, ni contraindre” un salarié à se faire implanter une micropuce sous-cutanée, et ce “pour quelque raison que ce soit“. Il laisse néanmoins la porte ouverte à un consentement strictement volontaire, au moins en théorie. La loi précise qu’il s’agit bien de dispositifs implantés sous la peau (à la manière des puces pour animaux domestiques) et non de bracelets ou dispositifs portables.
À ce jour, aucune grande entreprise basée dans l’État, qu’il s’agisse d’Amazon, Microsoft, Starbucks ou Costco, n’a mis en place un tel dispositif. Pourtant, les législateurs ont choisi d’anticiper. Mais alors pourquoi légiférer sur une pratique qui n’est pas officiellement en cours ? La réponse est simple, parce qu’on le peut et que les technologies existent déjà.
Des micropuces pour tout… même la surveillance
Les micropuces RFID implantables sont une réalité depuis plusieurs années. Dans certains pays, des entreprises ont expérimenté ces implants pour ouvrir des portes, payer à la cafétéria ou se connecter à un ordinateur. Si ces initiatives sont restées isolées, elles ont démontré que la barrière technique n’existe quasi plus.
Le problème devient alors éthique. Dans un rapport employeur/employé marqué par un déséquilibre de pouvoir, peut-on réellement parler de volontariat ? Même sans obligation explicite, la pression implicite pourrait suffire. Refuser une implantation pourrait-il devenir un handicap professionnel ? La simple possibilité reste une question en suspens.
Les dérives potentielles sont nombreuses comme le suivi des déplacements en temps réel, le contrôle des horaires, la collecte de données biométriques ou même comportementales. À l’ère où la surveillance au travail progresse déjà via des logiciels et capteurs, ajouter une technologie implantée dans le corps des salariés franchirait un cap symbolique et juridique majeur.
Tout n’est pas strictement interdit
Ce débat rappelle celui des cartes bancaires à puce implantable, une idée sérieusement envisagée il y a quelques années avant d’être abandonnée face aux inquiétudes sur la vie privée et la sécurité. À l’époque déjà, la promesse était la simplification de pouvoir payer sans portefeuille, mais le coût en matière de contrôle des données personnelles était jugé trop élevé.
Le texte de Washington contient cependant une nuance importante. En effet, il exclut les dispositifs “temporairement attachés à la peau“, comme les bracelets. Or, Amazon détient un brevet pour un bracelet capable de suivre les mouvements des employés en entrepôt. Ce type de technologie resterait légal selon la définition actuelle du projet de loi ce qui montre que tout n’est pas gagné non plus.
En adoptant une approche préventive, Washington choisit de tracer une ligne rouge avant que la technologie ne s’impose par l’usage. Ce type de loi peut sembler excessif tant qu’aucune entreprise ne s’y aventure, mais l’histoire des technologies montre que ce qui paraît impensable un jour peut devenir totalement banalisé le lendemain.
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