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Directive 8020 : le jeu d’horreur spatial de trop ?

Que vaut le dernier jeu Dark Pictures qui se déroule dans l’espace ? Réponse dans ce test de Directive 8020.

Depuis plusieurs années, l’horreur spatiale s’est imposée comme un genre très apprécié, mais bien exploité par peu de studios. Il y a deux ou trois ans, l’industrie du jeu vidéo s’est soudainement souvenue d’à quel point un couloir métallique plongé dans le silence et l’obscurité pouvait être plus angoissant qu’une maison hantée remplie de jumpscares.

Entre le remake de Dead Space, The Callisto Protocol, ou encore le retour constant de l’influence d’Alien dans la pop culture, le survival horror spatial est redevenu une tendance forte. Au Summer Game Fest 2022, les itérations du genre affluaient de tous les côtés, au point de provoquer une certaine lassitude. Après tout, combien de vaisseaux abandonnés, de créatures gluantes et de salles de contrôle sombres peut-on encore explorer avant d’avoir l’impression de revoir toujours le même jeu ?

C’est précisément la question qui accompagne l’arrivée de Directive 8020. Sur le papier, le nouveau titre de Supermassive Games ressemble presque à une checklist du genre. On suit l’histoire d’un équipage isolé dans l’espace, qui se voit importuné par une forme de vie extraterrestre capable d’imiter les humains. Leur mission tourne donc rapidement au cauchemar.

Et pourtant, Directive 8020 parvient justement à éviter ce piège. Pas parce qu’il réinvente totalement le genre, mais parce qu’il comprend que l’horreur ne vient pas uniquement des monstres et de la tension liée à la survie. Elle vient aussi du doute, de la mise en scène et surtout de cette sensation très particulière d’être acteur d’un film catastrophe dont on ne maîtrise jamais totalement les conséquences.

Un petit pas pour Directive 8020, un pas de géant pour Supermassive

Depuis Until Dawn, Supermassive s’est forgé sa réputation dans une formule hybride à mi-chemin entre le jeu vidéo et le cinéma interactif. Avec The Dark Pictures Anthology, le studio avait commencé à montrer quelques signes d’essoufflement, notamment à cause d’un rythme de sortie trop soutenu et d’une structure devenue prévisible. Il faut dire que, malgré leurs univers distincts, les jeux perdaient peu à peu de leur identité au fil des ans. Il fallait donc au studio une bonne dose de changement. En ce sens, Directive 8020 ressemble à une tentative de renaissance, et ce changement de décor fait énormément de bien à la licence.

Cassio Screenshot Cassiopeia
© Supermassive Games

Le jeu nous embarque à bord du Cassiopeia, un vaisseau colonial envoyé vers Tau Ceti f alors que la Terre est en train de mourir (coucou Projet Dernière Chance). Alors qu’une forme de vie inconnue infiltre l’équipage, capable de copier l’apparence et le comportement des humains, tout le monde se met à douter des intentions des uns et des autres, y compris le joueur qui pourtant semble avoir de plus amples informations sur la situation.

Toute la narration repose sur cette paranoïa permanente. Qui dit vrai ? Qui ment ? Qui est encore humain ? Directive 8020 joue constamment avec les temporalités, alternant présent, flashbacks et visions futures afin de volontairement brouiller la lecture des événements. Une scène apparemment anodine peut soudain prendre un tout autre sens quelques minutes plus tard. Ce personnage que l’on comprend être un alien dans une scène présente était-il encore lui même dans la scène suivante qui se tient dans le passé ?

Supermassive utilise cette confusion comme moteur narratif, et ça fonctionne étonnamment bien. Mais même avec cette ambition de départ, on en peut s’empêcher de relever plusieurs situations où les chutes sont prévisibles. Supermassive n’abandonne pas son attachement aux ressorts narratifs classiques ce qui dessert parfois l’embranchement plus audacieux du reste de l’histoire.

Directive 8020 Screenshot Preview Growth
© Supermassive Games

Ce changement de décor permet surtout au studio de sortir d’une certaine routine qui commençait à s’installer dans The Dark Pictures. Jusqu’ici, la série s’appuyait majoritairement sur des lieux réalistes et familiers. Avec Directive 8020, le studio peut enfin se permettre quelque chose de beaucoup plus libre et spectaculaire. Le Cassiopeia devient un terrain de jeu pour expérimenter visuellement avec des couloirs éclairés par des néons froids, des interfaces holographiques, des anomalies organiques, des textures et des technologies qu’il n’est pas possible d’intégrer aux jeux classiques de la licence. Même la mise en scène semble plus ambitieuse, plus cinématographique, presque plus blockbuster dans sa manière de jouer avec le contraste entre l’immensité du vide spatial et la vulnérabilité humaine.

Mais surtout, la science-fiction permet d’explorer une autre forme d’horreur. Là où les précédents Dark Pictures reposaient souvent sur des peurs très concrètes, Directive 8020 joue davantage avec la paranoïa, l’isolement et la perte de repères. L’ennemi n’est pas seulement une menace physique, c’est aussi l’incertitude permanente. Le huis clos spatial amplifie naturellement cette sensation, parce qu’il n’existe littéralement aucune échappatoire, encore moins en dehors du vaisseau là où on peut naturellement s’enfuir d’une maison ou d’un hôtel. De fait, même si on pouvait initialement se demander si cette orientation science-fiction avait réellement sa place dans The Dark Pictures, le jeu finit justement par prouver l’inverse.

La narration oui, mais plus seulement

Là où beaucoup de jeux d’horreur spatiale cherchent avant tout à faire peur par l’agression permanente, Directive 8020 préfère installer une tension psychologique. On passe finalement moins de temps à combattre qu’à observer, douter et essayer de comprendre ce qui se passe réellement autour de nous. C’est probablement ce qui le distingue le plus des autres productions récentes du genre.

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© Supermassive Games

Surtout, le studio semble enfin avoir compris que sa formule avait besoin d’évoluer. Pendant longtemps, les jeux Supermassive donnaient parfois l’impression d’être des films entrecoupés de QTE. Directive 8020 reste évidemment très narratif, mais il ajoute une dimension beaucoup plus active. Les phases d’infiltration occupent désormais une place importante dans l’aventure. Il faut se cacher, éviter les antagonistes, surveiller ses déplacements dans des couloirs étroits ou encore détourner l’attention des ennemis à l’aide d’outils électroniques.

Ce n’est pas encore du survival horror pur et dur, et certaines mécaniques restent assez rudimentaires. Les séquences de cache-cache reposent parfois sur des routines un peu trop prévisibles, avec des ennemis effectuant des trajets scriptés faciles à lire après quelques minutes. Mais même imparfaites, ces phases apportent enfin ce qui manquait souvent aux précédents Dark Pictures : la sensation de réellement participer à l’action au lieu de simplement la regarder.

Cette mécanique amplifie nettement le sentiment d’urgence et de danger. Les choix que l’on fait en tant que joueur ne sont plus la seule possibilité de mourir. Certaines séquences avec des interactions actives peuvent totalement vous précipiter vers votre mort si jamais vous n’êtes pas assez réactifs ou que vous avez décidé auparavant de ne pas vous munir d’une arme (par exemple).

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© Supermassive Games

Cette évolution fonctionne d’autant mieux que le jeu conserve ce que Supermassive maîtrise le mieux. Directive 8020 multiplie les possibilités de morts brutales, parfois dans des situations totalement inattendues. Une mauvaise décision, une hésitation ou un QTE raté peuvent immédiatement condamner un personnage. Et comme toujours chez le studio, certaines conséquences ne se révèlent que plusieurs chapitres plus tard.

Ceci dit, le nouveau système de rewind risque d’ailleurs de gâcher ce plaisir. Sur le papier, l’idée de pouvoir revenir en arrière après certaines décisions est excellente pour encourager l’exploration des embranchements narratifs. Mais il retire aussi une partie du poids émotionnel des erreurs. Les jeux Supermassive ont toujours été meilleurs quand ils forçaient le joueur à assumer ses choix, même catastrophiques. Heureusement, cette fonctionnalité reste totalement optionnelle.

L’immersion au cœur de l’horreur

L’autre vraie réussite de Directive 8020, c’est son ambiance. Visuellement, le passage à l’Unreal Engine 5 permet au studio de franchir un cap technique. Les éclairages dynamiques, les environnements métalliques du Cassiopeia et les animations faciales donnent au jeu une identité encore plus cinématographique que les précédents épisodes de The Dark Pictures. Tout n’est pas parfait, comme certaines transitions qui restent abruptes et quelques animations qui manquent de naturel, mais la montée en gamme saute immédiatement aux yeux.

La bande-son mérite également une mention spéciale. Supermassive comprend avec Directive 8020 que le silence peut parfois être plus angoissant qu’une musique omniprésente. Les bruits au loin, les alarmes étouffées, les voix qu’on croit reconnaître sans être certain qu’elles soient humaines, c’est tout le travail sonore qui participe à cette tension constante.

Le plus intéressant dans Directive 8020, finalement, c’est qu’il ne cherche jamais vraiment à rivaliser frontalement avec un Dead Space ou un Alien, du moins sur le terrain du gameplay. Là où ces jeux misent avant tout sur la survie, l’action ou le body horror, Supermassive reste fidèle à sa spécialité narrative et tente de créer une expérience cinématographique interactive où le joueur devient complice de la tension dramatique. C’est précisément ce qui empêche le jeu d’être “le jeu d’horreur spatial de trop“.

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Notre avis

Directive 8020 ne révolutionne pas l’horreur spatiale, mais le jeu rappelle surtout que Supermassive Games sait encore surprendre quand le studio accepte de faire évoluer sa formule. Encore plus cinématographique et surtout bien plus oppressant que les précédents Dark Pictures, le titre transforme la paranoïa en moteur narratif. Malgré quelques mécaniques encore trop scriptées, l’expérience reste constamment immersive grâce à une mise en scène et une ambiance sonore remarquables. Là où beaucoup de survival horror spatiaux misent sur l’action et les monstres, Directive 8020 préfère jouer avec le doute, la tension psychologique et la peur de ne plus savoir à qui faire confiance. Une renaissance bienvenue pour Supermassive qui signe un de ses épisodes les plus solides depuis Man of Medan.
Note : 8  /  10

Les plus

  • La narration avec plusieurs timelines
  • Les choix et leurs conséquences
  • La tension autour des mimiques
  • Les phases d'action et de choix rapides
  • La qualité visuelle
  • l'immersion sonore

Les moins

  • Les transitions gameplay / cinématiques
  • Ressorts narratifs parfois prévisibles

Mode