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Comment Blizzard a menacé de virer 1000 personnes d’un coup en faisant pression sur le créateur d’Overwatch

Une anecdote de plus dans le monde impitoyable de l’industrie du jeu vidéo, avec Blizzard qui a menacé de licencier 1000 personnes d’un coup.

Ces dernières années, on ne compte plus le nombre d’histoires glaçantes et abominables dans les coulisses de l’industrie du jeu vidéo. Entre harcèlement, pression morale, licenciement abusifs et, ces dernières années, les multiples annulations de jeux avec des fermetures de studios, il est certain que l’industrie du jeu vidéo n’est clairement pas le milieu le plus sein en ce moment.

Nouvelle histoire aujourd’hui, concernant Blizzard. Nous la devons à Jeff Kaplan, le créateur d’Overwatch, qui s’est récemment confié sur la toxicité extrême de l’entreprise lorsqu’il travaillait pour cette dernière.

Menacer de virer 1000 personnes, c’est la solution de Blizzard

Jeff Kaplan Overwatch
© Blizzard

En 2002, Jeff Kaplan rejoint les rangs de Blizzard Entertainment pour travailler sur la future licence phare du MMORPG : World Of Warcraft. Après de nombreuses années à œuvrer pour cette dernière, Kaplan a l’opportunité d’être à la tête de son propre jeu, avec le Projet Titan, qui deviendra Overwatch. Hélas, cette belle histoire ne connaîtra pas que de bons moments.

Dans une récente interview accordée à Lex Fridman, l’homme revient sur ces années chez Blizzard (entreprise qu’il a quittée en avril 2021). Il explique à quel point l’éditeur était obsédé par la réussite du jeu sur le plan de l’Esport.

« Le problème, c’est que l’engouement autour de l’Overwatch League était excessif. On a surmédiatisé le concept auprès des acheteurs d’équipes. Ils ont organisé une tournée promotionnelle avec des présentoirs – et on peut y mettre n’importe quoi, et vendre n’importe quoi – et ils vendaient quasiment n’importe quoi, comme si l’Overwatch League allait surpasser la NFL».

À cela s’ajoutait la pression des investisseurs qui avaient de très grosses attentes. Très vite, tout est devenu complètement invivable. Plusieurs fois, les investisseurs sont même allés jusqu’à empiéter sur le développement du jeu. 

« Du coup, tous vos plans [pour le contenu d’Overwatch] tombent à l’eau. Vous ne travaillez plus sur de nouveaux événements mondiaux, vous ne vous concentrez plus sur Overwatch 2, vous faites juste du surplace. Je ne sais pas comment le formuler sans être trop critique, mais on s’est trop concentré sur le fait de “gagner beaucoup d’argent très vite” et beaucoup de gens se sont laissés entraîner dans cette spirale. À l’origine, le modèle économique de l’Overwatch League reposait sur des événements en présentiel, avec une forte vente de billets, de produits dérivés, etc. Mais très vite, on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas organiser d’événements en jeu avec une équipe à Londres et une autre à Shanghai… Comment était-ce possible ? Le projet a donc rapidement capoté. Les produits dérivés étaient bien, mais on n’allait pas atteindre les sommes astronomiques de la NFL, aussi farfelues que certaines personnes l’imaginaient. Du coup, tout le monde [les investisseurs] est vite revenu à la charge : « Overwatch n’a-t-il pas rapporté 500 millions de dollars rien qu’avec le jeu en ligne l’année dernière ? Qu’est-ce qu’on peut vendre, et qu’est-ce que vous pouvez nous offrir ? » Cette pression retombe sur l’équipe [de développement], et [à cela s’ajoute] la pression de sortir Overwatch 2, sans parler de tout le soin et l’amour que nous avions investis dans le jeu en ligne et le service – comme la création d’événements, de nouveaux héros, de nouvelles cartes – et nous perdons toutes ces ressources ».

Comme beaucoup trop souvent dans l’industrie du jeu vidéo et notamment les jeux en ligne, c’est une nouvelle fois l’appât du gain qui est venu gâcher le véritable potentiel du titre. Kaplan confirme que c’est bien tout cela qui l’a poussé à quitter l’entreprise et son projet. Bien qu’il y ait eu un dernier événement, assez grave, qui a définitivement scellé l’avenir de Kaplan dans son entreprise de cœur.  

« Ce qui a finalement mis fin à ma carrière chez Blizzard, c’est que j’ai été convoqué dans le bureau du directeur financier. Il m’a fait asseoir et il m’a donné une date, qui était à l’époque 2020 et qui allait être repoussée à 2021, mais à ce moment-là, c’était 2020. Et il a dit : “Overwatch doit générer [montant masqué] $ en 2020. Et ensuite, chaque année, il doit assurer un revenu récurrent de [montant masqué] $”. Puis il a enchaîné en disant : “Si le jeu ne génère pas [montant masqué] $, nous allons licencier 1 000 personnes, et ce sera de ta faute”.
C’était tout simplement le moment le plus humiliant de ma carrière. C’était surréaliste d’être dans cet état. Quand on a travaillé sur beaucoup de jeux, qu’on en a créé beaucoup, on se retrouve dans des réunions où ils disent : “Fortnite a 1 400 personnes qui travaillent dessus, si vous embauchez 1 400 personnes et que vous le rendez gratuit, on gagnera de l’argent, pas vrai ?”.
J’étais persuadé que je ne travaillerais jamais ailleurs que chez Blizzard. J’adorais cette entreprise. Elle faisait partie intégrante de moi, je me sentais pleinement intégré. Je pensais vraiment y prendre ma retraite, je n’aurais jamais cru que ce jour arriverait. Et puis voilà, je me suis dit : “C’est fini entre nous”. Heureusement pour Blizzard, ce directeur financier n’y travaille plus ».

Une situation et une histoire désastreuses qui montrent, encore une fois, que l’envers du décor est très loin d’être un conte de fées. Finalement, en octobre 2022, Blizzard sortira Overwatch 2 dans un gigantesque fiasco. Après plusieurs mois de mises à jour, le jeu était enfin jouable, bien qu’assez décevant. Finalement, le mois dernier, la décision a été prise de retirer le «2 » pour revenir à simplement «Overwatch» en annonçant pas mal de nouveaux changements pour définitivement redresser le tir. 

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