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Shein a trouvé la parade : en France, la taxe sur les petits colis est déjà un fiasco

Entrée en vigueur le 1er mars dernier, la nouvelle taxe française de 2€ sur les petits colis en provenance de Chine devait freiner Shein, Temu et AliExpress. Raté. Les plateformes ont déjà trouvé la parade.

Il fallait une mesure forte. Depuis le 1er mars 2026, chaque article importé hors de l’Union européenne d’une valeur inférieure à 150€ est soumis à une taxe, votée dans le cadre du budget 2026. La cible était clairement identifiée, puisqu’elle visait Shein, Temu et AliExpress, mastodontes du e-commerce chinois accusés d’avoir inondé la France de petits colis à prix cassés. En 2025, les douanes françaises recensaient 826 millions d’articles importés via ces canaux, soit plusieurs dizaines d’avions cargo par jour dans les seuls aéroports français. La mesure devait rééquilibrer la compétition, générer 500 millions d’euros de recettes annuelles et accessoirement donner bonne conscience aux partisans du commerce local. Deux semaines plus tard, le bilan est amer.

Deux semaines pour trouver la parade

Pour qu’une taxe douanière s’applique, il faut que la marchandise arrive directement sur le sol français depuis un pays hors de l’Europe. Ce détail, apparemment mineur, est en réalité la faille béante dans laquelle Shein et ses concurrents se sont engouffrés. Les plateformes ont tout simplement dérouté leurs avions cargos. Plutôt que d’atterrir à Roissy, les appareils se posent désormais à Liège, en Belgique, ou à Budapest, en Hongrie. Depuis ces hubs européens plus cléments fiscalement, les marchandises sont rechargées sur des poids lourds et acheminées par route jusqu’aux consommateurs français. La taxe ne s’applique pas. La commande arrive. Tout le monde est content, sauf l’État.

Ce scénario n’est pas une surprise. L’Italie l’a vécu avant nous. Des dizaines d’appareils programmés pour Milan ont été détournés vers d’autres plateformes logistiques européennes plus accueillantes. Le même mécanisme se reproduit à l’identique en France.

Les plateformes ne s’en tiennent d’ailleurs pas à ce seul contournement, puisqu’elle pensent aussi à plus long terme. Shein vient d’inaugurer un gigantesque entrepôt de 740 000 m² en Pologne, soit l’équivalent de cent terrains de football. Une fois les marchandises stockées sur le sol européen et dédouanées à moindre coût à l’entrée dans l’Union, elles peuvent être expédiées vers la France sans déclencher la taxe franco-française.

Et après ?

Le gouvernement a bien du reconnaître son échec, mais il semble considérer cette mesure comme un premier pas vers une législation plus ferme. La taxe française de 2€ doit laisser la place, au 1er juillet 2026, à une taxe européenne harmonisée de 3€ par catégorie d’article. L’idée est d’éliminer cette faille logistique, en rendant la manœuvre de détournement inutile si toute l’Union applique les mêmes règles. Reste à savoir si Shein, qui a déjà un entrepôt de la taille d’une ville en Pologne, n’aura pas là encore une longueur d’avance.

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