On les appelle des “nudifiers”. Ces applications, souvent accessibles en quelques clics gratuitement, utilisent l’intelligence artificielle pour générer des images sexuellement explicites à partir de photos. Résultat : n’importe qui peut produire en quelques secondes un deepfake pornographique d’une personne sans son consentement. Des milliers de femmes en sont victimes chaque année, souvent des mineures, et le cadre légal pour les protéger reste encore largement lacunaire dans la plupart des pays européens.
C’est précisément ce vide que le Parlement européen a décidé de commencer à combler. Mercredi 18 mars 2026, les commissions du marché intérieur (IMCO) et des libertés civiles (LIBE) ont adopté une position commune sur la révision simplifiée de l’AI Act. Dans ce texte dense, consacré pour l’essentiel à des ajustements techniques sur les délais de conformité, les députés ont introduit un ajout qui détonne : l’interdiction explicite des systèmes d’IA permettant de produire des deepfakes sexuels.
Ce que la loi interdit vraiment
La formulation retenue par le Parlement est précise. Sont visés les systèmes capables de créer ou de manipuler des images à caractère sexuellement explicite ou intime représentant une personne réelle identifiable, sans son consentement. Seuls les systèmes dotés de mesures de sécurité efficaces qui empêchent techniquement la génération de ce type de contenu ne seraient pas concernés par l’interdiction. En pratique donc, la charge de la preuve reposera sur les développeurs : à eux de démontrer que leur outil ne peut pas être détourné.
Plusieurs pays ont déjà légiféré sur les deepfakes à caractère sexuel. Le Royaume-Uni a introduit une interdiction dans son Online Safety Act. Aux États-Unis, une poignée d’États ont adopté des lois spécifiques, et une loi fédérale est en discussion. Il était temps que l’Union européenne rattrape son retard. Car si le phénomène prend de l’ampleur ces dernières années, il est impossible à quantifier, en partie parce que les victimes ne signalent que rarement les faits, et en partie parce que les plateformes qui hébergent ces contenus ne communiquent pas de données.
Toujours plus accessibles
Les outils pour en créer, eux, n’ont jamais été aussi accessibles. Certains fonctionnent directement depuis un navigateur, d’autres circulent sur Telegram, de manière totalement automatisée. L’interdiction de ce type d’outils n’est d’ailleurs pas le seul sujet du texte adopté mercredi. Le document porte principalement sur un report des délais de conformité pour les systèmes d’IA à haut risque. Sujet sur lequel les deepfakes pornographiques sont particulièrement cités.
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