Beaucoup de cancers cérébraux, notamment les glioblastomes (des cancers très agressifs), sont qualifiés aujourd’hui comme étant inopérables, car les outils dont disposent les neurochirurgiens ne peuvent accéder qu’à ce qui se trouve en ligne droite depuis le point d’entrée dans le crâne. Le cerveau étant un véritable labyrinthe de circonvolutions et de replis, il est donc, dans certains cas, impossible de procéder à l’ablation des tissus malins sans causer des lésions collatérales dues à la rigidité des instruments chirurgicaux.
Dans de tels cas, la main de l’homme est déjà suppléée par des robots aux instruments flexibles, qui peuvent suivre les courbes naturelles des sillons cérébraux. De nombreuses entreprises, particulièrement aux USA, travaillent sur la navigation intelligente et la robotique souple pour pallier ce problème, comme Intuitive Surgical, Medtronic ou Galen Robotics.
Toutefois, c’est Robeauté, une start-up parisienne qui a certainement le plus la cote en ce moment sur le sujet. Cofondée par Bertrand Duplat, un vétéran de la robotique qui vu sa mère atteinte d’un glioblastome contre lequel les médecins n’ont rien pu faire, la pépite française attire désormais le regard des plus grands investisseurs de la HealthTech mondiale. Encore plus depuis qu’ils ont présenté, au mois de janvier de cette année, son nouveau dispositif : un robot autonome d’à peine 1,8 mm, capable de se faufiler en trajectoires courbes au cœur des tissus cérébraux.
Un grain de riz dans le labyrinthe
Ce petit robot est conçu pour être introduit dans le cerveau et progresser seul, sans qu’un chirurgien ait à le pousser ou le guider manuellement. Il est entièrement auto-propulsé, ce qui lui permet d’adapter sa trajectoire aux structures qu’il rencontre sur son chemin plutôt que de forcer sur les tissus. Sa conception modulaire lui permet par ailleurs d’être configuré différemment selon la tâche qu’on lui a confiée.
Sa première application visée est la biopsie : le prélèvement d’un fragment de tissu tumoral pour analyse en laboratoire, qui est le point de départ de nombreux diagnostics de cancer. C’est une étape, dans certains cas, inaccessible aux techniques conventionnelles de chirurgie, car certaines lésions sont trop profondément enfouies dans le cerveau.
Dans un second temps, Robeauté prévoit de donner des missions plus complexes à son robot : délivrer un traitement localement, au plus près des cellules malades, ou implanter des électrodes dans des zones du cerveau trop risquées à atteindre avec des instruments chirurgicaux classiques.
Pour l’instant, il a été testé, avec succès, uniquement sur des animaux, mais Robeauté vise des premiers essais sur l’humain d’ici la fin de l’année 2026. Une étape décisive qui viendra confirmer si les neuf ans de développement n’ont pas été menés dans le vide, et conditionnera la suite : une éventuelle mise sur le marché autour de 2028. Pour franchir ce cap, Robeauté a déjà sa bourse bien remplie, puisqu’elle a levé 27,5 millions d’euros en Série A en janvier 2025, avec à la table des investisseurs européens et américains, dont Brainlab, l’un des titans mondiaux de la chirurgie assistée par ordinateur. On lui souhaite de réussir, car le plus dur est maintenant devant elle : le passage du préclinique au clinique, là où la plupart des innovations médicales finissent au cimetière.
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