Pendant des années, ces objets intrigants observés en orbite basse ont alimenté les analyses des spécialistes. Désormais, pour Washington, le doute n’est plus vraiment permis : la Russie aurait transformé ses essais en déploiement opérationnel. Le programme en question, baptisé « Nivelir », repose sur une idée simple mais efficace : envoyer un satellite capable d’en libérer d’autres, plus petits, une fois en orbite. D’où le surnom qui lui colle à la peau côté américain : des « poupées russes ».
Des satellites qui en cachent d’autres
Ces satellites ne restent pas immobiles. Ils peuvent manœuvrer à proximité d’autres engins, notamment des satellites espions américains du National Reconnaissance Office. L’un d’eux a même effectué un test en 2020 en projetant un objet à grande vitesse, une manœuvre interprétée comme une démonstration de capacité offensive.
Le dernier lancement suspect, il y a un an, a particulièrement fait parler de lui. Il a été calé avec précision pour rejoindre le plan orbital d’un satellite espion américain. Un détail technique, mais qui change tout : cela permettrait, en théorie, de s’en approcher rapidement. « Il est évident que la Russie déployait une arme spatiale », a résumé le général Stephen Whiting, chef du commandement spatial américain, repris par ArsTechnica. Pour lui, ces systèmes ne sont plus en simple phase de test.
Pourquoi investir dans ce type d’outils ? Côté américain, la réponse est assez directe : la Russie chercherait à compenser ses limites dans les armements classiques. Plutôt que de rivaliser frontalement, Moscou miserait sur des leviers plus ciblés, comme le cyber ou l’espace. « Ils cherchent de nouvelles manières d’équilibrer les forces », explique Stephen Whiting.
Le raisonnement tient en quelques mots : toucher les satellites, c’est toucher une bonne partie des capacités militaires modernes. Navigation GPS, communications, surveillance… difficile aujourd’hui d’imaginer une opération sans ces briques. Dans ce domaine, la Russie n’est pas seule. La Chine avance aussi ses pions, mais avec une stratégie différente, plus proche de celle des États-Unis : multiplier les satellites, améliorer le renseignement, et développer des technologies capables, potentiellement, d’aller plus loin.
Reste un point commun à tous ces systèmes : leur utilisation comporte des risques. Détruire un satellite en orbite, c’est créer des débris ou des perturbations qui peuvent affecter tout le monde. L’espace n’a pas de frontières, et les conséquences non plus. Pour l’instant, les satellites russes concernés ne se sont pas approchés à moins de quelques dizaines de kilomètres de leurs homologues américains. Mais leur position n’est pas anodine : ils sont placés de manière à pouvoir réduire cette distance rapidement.
D’où une surveillance renforcée. Les États-Unis suivent ces objets grâce à des réseaux de radars et de télescopes capables de repérer la moindre manœuvre. « Nous maintenons une vigilance constante », martèle le général Whiting.
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