C’est tout un pan de l’histoire du e-commerce français qui risque de s’effondrer. La direction l’a confirmé à l’AFP le 4 mai, Rakuten France cherche un repreneur. Le projet a en réalité été présenté aux représentants du personnel dès le 7 avril dernier : soit quelqu’un rachète, soit on ferme à partir du troisième trimestre 2026. 180 salariés sont directement concernés.
Une décennie de descente aux enfers
Pour comprendre où en est Rakuten France aujourd’hui, il faut remonter un peu en arrière. PriceMinister, c’est une création française de l’an 2000, fondée par Pierre Kosciusko-Morizet. Le site cartonne, au point de détrôner eBay sur le marché français pendant quelques années. En 2010, le groupe japonais Rakuten flaire le bon plan et rachète la boîte pour 200 millions d’euros, avec l’ambition affichée de devenir le principal concurrent d’Amazon en Europe. Joli programme sur le papier.
Sauf que ça n’a pas vraiment marché. En 2016, la valeur de la filiale française avait déjà été revue à la baisse à 65 millions d’euros, soit un tiers du prix d’achat. En 2018, la marque PriceMinister disparaît totalement au profit de Rakuten. Le groupe japonais a bien tenté de réagir avec le lancement du programme de cashback Club R, la seconde main, le développement de solutions logistiques pour les marchands, l’intégration de l’IA… Mais rien n’a suffi.
En dix ans, le nombre de clients actifs a chuté de 33 % et le trafic s’est effondré de 42 %. Au troisième trimestre 2025, Rakuten France attirait en moyenne 9,5 millions de visiteurs uniques par mois. Ce n’est pas négligeable en soi, mais Amazon tourne à 38,8 millions sur la même période et Cdiscount à 15,5 millions.
Qui pourrait racheter Rakuten France ?
La banque d’affaires Carlsquare a été mandatée pour gérer le processus de cession et aurait déjà reçu plusieurs marques d’intérêt. Des noms comme Fnac-Darty, Leclerc, Auchan ou encore Cdiscount circulent comme repreneurs potentiels, ainsi que des fonds d’investissement spécialisés dans le numérique. L’équation n’est pas simple pour un acheteur éventuel : il faudra reprendre les 180 salariés, investir pour relancer la machine et se différencier dans un marché dominé par Amazon et des plateformes comme Vinted ou Leboncoin.
Du côté de Rakuten Group au Japon, la décision de se désengager de la marketplace française s’inscrit dans un recentrage stratégique plus large. Le groupe préfère désormais miser sur les télécoms avec Rakuten Symphony, les contenus numériques avec Rakuten Kobo, et la messagerie avec Rakuten Viber. Les autres entités françaises du groupe (Rakuten TV, Rakuten Advertising, le centre technologique parisien) survivront, elles.
Ce n’est d’ailleurs pas une première pour le groupe : depuis 2016, Rakuten a déjà fermé ses marketplaces en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Autriche, faute d’avoir atteint la taille critique. La France était la dernière à tenir.
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