Le produit avait été annoncé en fanfare, vendu comme une révolution industrielle nationale, et précommandé par environ 600 000 personnes. Puis la date de livraison annoncée avait été repoussée non pas une, ni deux, mais quatre fois. Les fiches techniques affichées sur le site officiel ont dû être corrigées, le drapeau américain présent sur l’emballage du smartphone a été moqué à cause d’une erreur grossière, et quelques jours à peine après les premières livraisons, les données personnelles de 30 000 clients se retrouvent exposées sur Internet.
Sans aucun doute, le lancement du Trump Mobile T1 restera probablement l’un des plus chaotiques de l’histoire de l’industrie du smartphone.
« Made in USA », mais pas vraiment
Donald Trump Jr. et Eric Trump avaient présenté le T1 en juin 2025, depuis la Trump Tower de New York, avec un argument marketing simple et efficace : un smartphone « Made in USA », vendu 499 $, pour les Américains qui refusent de dépendre des géants technologiques étrangers. La formule a immédiatement séduit. Près de 590 000 personnes auraient versé un acompte de précommande, pour un total estimé à environ 59 millions de dollars.
La promesse n’aura finalement tenu dix jours. La mention « Made in USA » a disparu du site officiel, remplacée par un slogan flou « American Proud Design », puis, par la formulation « Proudly Assembled in the USA ». Sous le capot, la base matérielle du T1 emprunte au HTC U24 Pro, un smartphone conçu par le constructeur taïwanais HTC, sorti en 2024 et vendu environ 550 € en Europe. La contribution de Trump Mobile se résume à une peinture dorée, un logo gravé à l’arrière et l’installation de Truth Social en application préchargée. Il faut dire que construire un smartphone dont les composants seraient entièrement américains reste aujourd’hui techniquement impossible.
Un faux drapeau et des données volées
Le T1 a finalement commencé à être livré en mai 2026, soit plus de neuf mois après la date annoncée. Mais un détail a fait tâche pour un produit qui fait du patriotisme son unique argument de vente : le drapeau américain gravé sur la coque ne comporte que onze bandes horizontales au lieu des treize réglementaires.
Sous le capot, le T1 embarque un processeur Snapdragon 7 Gen 3, un écran OLED de 6,8 pouces et un triple capteur photo : une configuration honnête pour du milieu de gamme, mais qui fait pâle figure face à ce que proposent Apple, Samsung ou Google au même tarif. Le forfait associé, baptisé « 47 Plan » (47,45 dollars par mois pour 20 Go de données, en référence aux mandats présidentiels 45 et 47 de Donald Trump), positionne l’ensemble à un niveau de prix supérieur aux offres comparables des opérateurs traditionnels. Trump Mobile n’opère d’ailleurs aucune infrastructure propre : l’entreprise est un opérateur virtuel qui s’appuie sur les réseaux de T-Mobile, Verizon et AT&T.
Le coup de grâce est arrivé quelques jours après les premières livraisons, après que les données personnelles d’environ 30 000 clients se soient retrouvées exposées en ligne, incluant noms complets, adresses postales, emails et numéros de téléphone. Trump Mobile a reconnu l’incident, rejeté la responsabilité sur un prestataire tiers dont le nom reste confidentiel, et assuré qu’aucune donnée bancaire n’avait fuité.
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